Le Québec au pas de course

L’automne s’évanouit peu à peu dans le froid et l’obscurité. C’est plus que jamais le temps d’aller jouer dehors, en découvrant la nature sous de nouveaux aspects.
Photo: Ian Bergeron L’automne s’évanouit peu à peu dans le froid et l’obscurité. C’est plus que jamais le temps d’aller jouer dehors, en découvrant la nature sous de nouveaux aspects.

L'automne s’évanouit peu à peu dans le froid et l’obscurité. Dans certaines régions du Québec, la neige est déjà là pour de bon. C’est le moment de l’année où la tentation de l’hibernation gagne de nombreux coureurs et marcheurs. Or, c’est plus que jamais le temps d’aller jouer dehors, en découvrant la nature sous de nouveaux aspects. Voici quelques bonnes idées de sorties de trail ainsi que des conseils pour émerger de la torpeur automnale.

Pour apprécier la nature lorsque la météo est moins clémente, il faut changer son état d’esprit et voir les choses autrement. « C’est beau toutes les saisons, dit Christiane Grégoire, enthousiaste. C’est vrai qu’il y a moins de feuilles sur les arbres, mais il y a en plus par terre, alors les sentiers sont complètement dorés. »

Christiane, 63 ans, souriante et active, fait ses sorties de course au moins trois fois par semaine au parc du Mont-Saint-Bruno, son terrain de jeu préféré.

J’aime courir au froid. Il n’y a rien que j’aime plus que d’aller faire ma sortie et de revenir à l’intérieur à la chaleur.

 

Dans le bois, on ressent moins le piquant du froid qu’en pleine rue, parce qu’il y a moins de vent, explique Christiane. Voilà un bon argument pour faire l’essai de la course en sentier à ce moment de l’année. « Du moment où on se met à bouger, on a l’impression qu’il fait 10 degrés de plus », souligne-t-elle.

Il est plus que temps d’aller explorer les « sentiers en or » du Mont-Saint-Bruno, un parc national géré par la SEPAQ, car ils vont bientôt se transformer en pistes de ski de fond. À partir du moment où il y a une couche de neige assez épaisse pour que les pistes soient tracées, les coureurs ne sont plus les bienvenus.

Rendez-vous à Bromont

Les options sont nombreuses dans la magnifique région des Cantons-de-l’Est. Audrey Larroquette nous invite à un arrêt à Bromont.

La copropriétaire de la boutique Course et Cie connaît tous les recoins de cette région, puisqu’elle est la présidente-fondatrice du Club de trail de Bromont. Chaque semaine, elle entraîne ses coureurs dans l’un ou l’autre des parcours des monts Oak, Gale ou Brome.

Pour Audrey, le temps frisquet n’est jamais un obstacle pour sortir de la maison. « Il faut se convaincre un peu, c’est certain. On doit se rappeler les fois où on est sorti par temps froid. Se souvenir de nos sensations, de notre fierté d’avoir bravé les éléments. »

Une bonne source de motivation, c’est le groupe. Rejoindre le club d’Audrey pour un essai en sentier, c’est une façon de découvrir les montagnes de Bromont, d’expérimenter le trail et de vivre des expériences intenses. Il y a quelques semaines, lors d’une sortie en soirée, dans l’obscurité, l’entraîneuse a demandé à tous les coureurs d’éteindre les lampes frontales, et d’observer les étoiles en silence. Un moment de pureté.

D’autres trésors

Photo: Ian Bergeron On peut se rabattre sur la boucle du mont Chauve, qui permet de faire une belle douzaine de kilomètres aller-retour en forêt jusqu’à la plateforme du sommet, où la splendide vue récompense l’effort.

À peu près toutes les montagnes de cette région sont à explorer dans le plaisir. Luc Hamel a quelques recommandations plus précises.

Syndicaliste dans le milieu de l’enseignement de jour, Luc se transforme en coureur le soir et la fin de semaine. Passionné de course en sentier, il est le président-fondateur de 5Peaks Québec, une série de trois courses de trail à Coaticook, à Sherbrooke et à Orford.

« J’aime beaucoup cette période de l’année, parce que c’est plus tranquille. En octobre, avec la saison des couleurs, il y a beaucoup d’affluence dans les sentiers. En novembre, il y a de la quiétude. »

L’endroit de prédilection de Luc, c’est le mont Bellevue, à Sherbrooke. « C’est la petite montagne qui se prend pour une grande », dit-il. Avec ses 30 km de sentiers, ce joli parc situé en plein coeur de la ville vaut en effet le détour.

À Baldwin Mills, le mont Pinacle est incontournable, dit Luc, qui y tient l’une de ses trois courses. Il apprécie la douzaine de kilomètres de sentiers bien tapés, avec des surfaces fermes. « C’est vallonné sur presque toute la longueur, mais quand tu attaques la finale, c’est un beau défi en pente. Au sommet, tu as une vue imprenable sur le Vermont et la région, c’est magnifique. »

Il ne faut pas oublier le parc national du Mont-Orford, où se tient la troisième course de la série 5Peaks. Le sentier des Crêtes, avec ses 7 km qui en valent le double tant ils sont difficiles, est un grand classique pour les amateurs de trail. À cette époque de l’année, il est recommandé de s’y aventurer seulement si la météo est bonne, parce que l’on se retrouve dans les hauteurs, exposé au vent. On peut se rabattre sur la boucle du mont Chauve, qui permet de faire une belle douzaine de kilomètres aller-retour en forêt jusqu’à la plateforme du sommet, où la splendide vue récompense l’effort.

Direction les Laurentides

Au royaume des montagnes, le coureur en sentier trouve son compte. Les Laurentides constituent un vaste terrain de jeu pour ceux qui veulent se dégourdir les jambes dans la nature. Maxime Beaudry en sait quelque chose.

L’organisateur de la course Ultranza Trail court un peu partout dans la région. Son coin préféré ? Le parc régional de Val-David Val-Morin, là où se tient son événement.

Avec ses 53 km de sentiers, ce parc est l’un des plus grands aménagés dans les Laurentides, explique Maxime. « Tu peux faire quatre sommets différents dans ta course de 20 km », dit-il, en vantant la beauté des points de vue. « Même s’il n’y a plus de feuilles, on est au haut des montagnes, alors on voit des lacs et des rivières, et d’autres montagnes au loin. C’est magnifique. »

« J’aime courir au froid. Il n’y a rien que j’aime plus que d’aller faire ma sortie et de revenir à l’intérieur à la chaleur », raconte Maxime Beaudry, qui recommande également les sentiers de vélo de montagne à Sainte-Adèle, sur le mont Chanteclerc, le parc des Falaises, à Prévost, et le mont Tremblant, bien sûr, car les sentiers y abondent.

Des classiques et autres

La grande région de Québec est un havre pour les coureurs en sentier. Les montagnes qui se déploient à l’horizon offrent tout ce dont ils ont besoin pour se sentir vivants.

Jean-Bernard Douville a quatre enfants et trois restaurants. Cela ne l’empêche pas, avec sa conjointe, de s’entraîner pour des ultra-marathons. « Quand les gens me disent qu’ils manquent de temps, je m’assois avec eux pour regarder ça, parce que ma blonde et moi, on ne peut pas dire qu’on a du temps de trop ! »

Pour atteindre ses objectifs, l’homme d’affaires profite de la station touristique Duchesnay, à Sainte-Catherine-de-la-Jacques-Cartier, tout près de chez lui. « Il n’y a pas énormément de dénivelés, mais tu as beaucoup de choix de sentiers. Tu peux faire beaucoup de kilomètres, ou juste 5 km. C’est beau, c’est vallonneux », dit Jean-Bernard. Pour ses sorties plus sérieuses, Jean-Bernard opte pour les classiques : les monts Sainte-Anne et Stoneham.

Dans la ville de Québec aussi…

Mylène Gauthier, une gestionnaire à la Ville de Québec, aime quant à elle la beauté des parcs municipaux, où elle peut courir avec son chien, Bartok. Elle se rend plusieurs fois par semaine à la base de plein air La Découverte à Val-Bélair, dans l’arrondissement de La Haute-Saint-Charles.

« Le fait qu’il n’y a plus de feuilles en ce moment, ça permet de voir loin dans la forêt. On redécouvre le paysage  », dit celle qui a grandi sur ces terres. « C’est un bijou de nature en pleine ville. » Les sentiers permettent de courir environ 11 km, une belle distance pour l’entraînement. Le parc est situé à 25 minutes du Vieux-Québec.

Mylène recommande aussi le sentier linéaire de la rivière Saint-Charles, un long ruban de 33 km qui longe la rivière. On peut y accéder par de nombreux points d’entrée et y faire la distance de son choix en aller-retour, sans s’ennuyer. « Quand on habite en ville, les sentiers urbains, c’est précieux », note Mylène.

Petite course dans Charlevoix

L’hiver s’installe plus vite dans Charlevoix, selon Ian Bergeron, un coureur de Saint-Irénée qui arpente tous les sentiers de la région depuis des années.

Pour la course de l’entre-saison, Ian recommande de se tenir loin des hauteurs soumises au vent, et de plutôt profiter des sentiers des Florent et des Pointes, qui commencent et se terminent à Saint-Urbain, au nord de Baie-Saint-Paul.

« Le dénivelé est accessible et le sentier est très beau. On est dans la forêt, mais il y a des endroits où on a une super belle vue sur Baie-Saint-Paul, dit Ian. C’est impressionnant avec le fleuve au loin. »

Peu importe la région du Québec, il y a des sentiers ouverts aux coureurs en tout temps. Savoir apprécier la beauté de la nature et le mordant du froid, c’est aussi se rappeler la chance d’avoir tous ces espaces à portée de la main.

Quelques conseils de nos coureurs

Comment s’équiper ?

Pour sortir en forêt et en montagne, les souliers de trail sont de mise. Munis de petits crampons, ils ont souvent une semelle plus robuste pour résister aux roches et aux racines. Ils sont aussi plus adhérents, ce qui permet d’éviter les dérapages. Pour affronter le temps frisquet, la classique méthode multicouche reste la plus sûre: un chandail de base, un autre en polaire et une coquille, que l’on peut retirer si on a chaud.

Attention : période de gel-dégel

Nous arrivons à ce moment de l’année où les degrés Celsius jouent au yoyo. Dans certaines régions, le sol gèle la nuit et dégèle le jour. Certains sentiers sont plus fragiles que d’autres. « Il faut laisser les sentiers se reposer, dit Luc Hamel. On les brise si on passe dedans, ça fait des trous. » Plusieurs organismes gestionnaires de parcs et sentiers publient des avertissements lors de périodes critiques.

La sécurité avant tout

Il faut toujours penser à sa sécurité lors d’une sortie en montagne, et encore plus à la fin de l’automne, rappelle Audrey Larroquette. Avoir un téléphone cellulaire est nécessaire. Il est fortement recommandé de courir à deux, car si l’un se blesse, l’autre pourra l’aider. En cas d’arrêt, on se refroidit rapidement, alors prévoir une couverture de survie n’est pas un luxe, ajoute Audrey, ainsi qu’une lampe frontale, si on se fait prendre par l’obscurité.