Vins artisans ou commerciaux: est-ce que le courant passe?

Les différences de goût sont-elles à ce point évidentes entre un vin plus commercial et d’un gros volume et un autre plus ciblé et moins ambitieux côté production?
Photo: Jean Aubry Les différences de goût sont-elles à ce point évidentes entre un vin plus commercial et d’un gros volume et un autre plus ciblé et moins ambitieux côté production?

L’industrie agroalimentaire dont fait partie le monde du vin n’échappe pas aux extrêmes. D’une part, les gros joueurs abonnés aux produits phytosanitaires ; de l’autre, les petits, commis à une agriculture biologique saine ; et, entre les deux, une « classe moyenne » abonnée à la culture dite « raisonnée ». Le portrait est sans doute dessiné à gros traits, mais il participe tout de même à une certaine réalité actuelle.

Les artisans d’une part et les commerciaux de l’autre, donc. Les premiers ciblant un terroir spécifique pour en tirer la substantifique moelle et les seconds ciblant essentiellement un consommateur pour lui vendre le produit qu’il veut bien qu’on lui vende, un produit apatride sans dieux ni lieux. Une complémentarité nécessaire toutefois, qui interdit ici toute forme de jugement ou de discrimination, chacun de nous ayant le droit bien sûr de choisir et de boire ce qu’il veut, en fonction du contexte.

Cela étant, les différences de goût sont-elles à ce point évidentes entre un vin plus commercial et d’un gros volume et un autre plus ciblé et moins ambitieux côté production ? Difficile de trancher parfois, même pour un expert. Exemple ? Il faut être rudement futé pour faire la différence entre un vin dont on a réduit le volume en alcool par osmose inverse ou simple mouillage et un autre aromatisé aux copeaux de bois par rapport à d’autres vins qui n’ont subi aucune manipulation.

Ce qu’il faut tout de même retenir, au-delà d’un « gros » ou d’un « petit », d’une étiquette ou encore d’une réputation, c’est la question suivante : est-ce que le courant passe entre vous et le vin ? Si un vin d’épicerie à 15 $ vous titille, épatant ! Si un Léoville Barton 2015 à 175 $ vous branche, tout le plaisir est pour moi ! Si, par contre, vous êtes carrément électrocuté par un Montrachet 2014 de Remoissenet à 985 $, débranchez le courant ou inventez-vous un paratonnerre !

Mais je demeure, pour ma part, toujours dubitatif quand des palais qui se veulent éduqués (mais aussi prétentieux) crachent dans la soupe et regardent de haut, par exemple, les côtes-du-rhône régionaux, en blanc comme en rouge, de la maison familiale Guigal. Preuve s’il en faut que des vins de négoces aux volumes certes confortables peuvent, à moins de 20 $, pérenniser une qualité de bon niveau, et ce, depuis plusieurs décennies déjà. Sur ce, permettez quelques suggestions, histoire de voir si le courant passe entre le vin et vous.

Château de Gourgazaud Réserve 2015, Minervois La Livinière, France (18,70 $ – 972646). Le mourvèdre rend ces syrahs si heureuses qu’il m’arrive de penser que les bonnes manières existent au vignoble, alors qu’elles font souvent défaut en ville, entre les hommes et les femmes ! Bref, c’est coloré, net et bien mûr, avec de beaux tanins sphériques nacrés comme des perles. Pas facile de résister ! (5) ★★★

Cs 2015, Wine of Substance, Washington State, États-Unis (19,80 $ – 12670378). On a l’impression que le char de Massala fonce sur l’attelage de Ben-Hur tant la fougue des montures semble muscler le fruité au passage. Un « cab » bien en selle ! (5 +) © ★★★

Anjou Mosaïk 2015, Pithon-Paillé, Loire, France (27,85 $ – 11906457). Ça s’étoffe et se construit en bouche avec une impression d’ampleur et de solidité tout en versant rapidement vers une fraîcheur et une heureuse sapidité. Jolie soif ! (5 +) © ★★★

Godello 2016, Dominio de Tares, Espagne (28,05 $ – 11631852). Le cépage godello livre un blanc sec fort palpable sur le plan fruité, avec ce goût riche de poire pochée et d’épices qui lui assure caractère, crédibilité et longueur en bouche. Un amoureux des plats à base de safran. (5) © ★★★ 1/2

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