Partant pour un porto?

Le fleuve Douro frayant son chemin dans les vignobles escarpés du Portugal
Photo: Jean Aubry Le fleuve Douro frayant son chemin dans les vignobles escarpés du Portugal

« Le porto est le remède pour toutes les maladies… sauf la mort ! » Bien que l’apothicaire en moi soit en tout point d’accord, reste que ma consommation personnelle — et la vôtre ! — est en chute libre depuis quelques années. Les chiffres fournis par la SAQ en témoignent et donnent le vertige puisque, tenez, au tournant du millénaire, ce sont près de 2,5 millions de bouteilles (57 millions de dollars) qui trouvaient preneur, comparativement à moins d’un million de cols aujourd’hui (pour 21 millions de dollars).

Pourquoi une telle désaffectation ? Votre cave en est pleine et a besoin de respirer, soit ; bon point. L’augmentation des prix ne saurait être considérée puisqu’elle demeure bien en deçà de ce que les bordelais, bourguignons, toscans, piémontais et californiens, pour ne nommer qu’eux, pratiquent, sans compter que le porto n’a jamais autant brillé sur le plan qualitatif et demeure, à l’image des xérès et des madères, encore nettement sous-évalué.

Exemple ? Un LBV (late-bottled vintage) vendu un peu moins de 20 $ en 2000 flirte à peine au-dessus de cette barre aujourd’hui. Quant aux millésimés (vintage), construits pour des décennies en bouteille, il n’apparaît nullement présomptueux d’affirmer qu’un Vintage 2000 de chez Dow format magnum à 165 $ est aujourd’hui — la comparaison étant ce qu’elle est — tout aussi jouissif qu’un Château Gruaud Larose 2000 vendu près de cinq fois plus cher dans le même format à… 799,25 beaux dollars.

Enfin, il semblera de plus paradoxal que, dans ce coin de pays où « neuf mois d’hiver précèdent trois mois d’enfer », ces grands mutés au moelleux profond et chaleureux offrent une image diamétralement opposée à l’extrême rigueur des lieux, mais surtout à l’excessive pénibilité du travail consenti sur le terrain pour en faire sourdre une sève aussi suave que séduisante. Les Amis du vin du Devoir se léchaient récemment les doigts avec quelques candidats. Bref passage en revue.

Cachucha Reserve White Port, Offley (20,65 $ – 582064) : On va loin avec un tel flacon ! Seul ou en cocktail allongé, voilà un blanc dont la douceur ne manque pas de vigueur et d’expression avec ses notes de pistache et ses saveurs bien plus que mi-figue mi-raisin. ★★★. Moyenne du groupe : ★★★

Graham’s Tawny 10 ans (30 $ – 12484436) : Un tawny puissant et un rien capiteux au goût de marrons chauds et de noix vertes, légèrement dissocié sur le plan de l’harmonie toutefois. ★★ 1/2. Moyenne du groupe : ★★

Barros Colheita 1989 (62,25 $ – 12243114) : Ce tawny millésimé avec ses 27 ans de fût, sa robe bistre et ses flaveurs de biscuit Graham prolonge une médiation aussi captivante qu’intrigante, le tout ponctué d’une longue finale où se jouent de brillants amers. ★★★★. Moyenne du groupe : ★★★★

Warre’s 1991 Vintage Port (n.d. – autour de 140 $ à New York) : Un quart de siècle de bouteille culminant ici à maturité. Avec sa robe éclaircie sur fond de cerise orangée, ce millésimé bien fondu demeure délicat et expressif, finement nuancé et parfaitement intégré. Rejoint l’esprit d’un tawny sans toutefois sa singulière majesté. L’important dépôt l’a pénalisé parmi l’assemblée. ★★★ 1/2. Moyenne du groupe : ★

Late Bottled Vintage 2004, Smith Woodhouse (37 $ – 743781) : Avec ses 10 ans de bouteille, ce LBV traditionnel a volé la vedette avec sa démarche fruitée et épicée en profondeur, sa sève capiteuse liée comme une écharpe de soie autour du cou d’une élégante. Quantités hélas en berne ! (5 +) ★★★★. Moyenne du groupe : ★★★ 1/2

Banyuls Reserva, Domaine La Tour Vieille, Roussillon, France (32 $ – 884916) : Le pirate du lot s’est glissé ici en offrant une version plus légère en alcool, doublée de saveurs suaves de cerise séchée et de raisins chauds et confits. Bien sec sur la finale. Chocolat ? (5 +) ★★★. Moyenne du groupe : ★★★

Late Bottled Vintage 2012, Taylor Fladgate (21,85 $ – 00046946) : Le style est moderne et d’un éclat fruité savoureux et percutant. Un sirop de cassis tonique, serrant, puissant, frais et de belle longueur. Gagnera même à vieillir. (5) ★★★. Moyenne du groupe : ★★★ 1/2

guideaubry@gmail.com

1 commentaire
  • Jean-Pierre Martel - Abonné 26 janvier 2018 09 h 34

    Effectivement, des vins à découvrir

    Mes vacances les plus récentes ont été prises à Porto. À cette occasion, j’ai testé différents portos dont un que je n’ai gouté qu’à mon retour à Montréal : le Colheita 2003 (embouteillé en 2017) de Kopke.

    Avec un vieux fromage à pâte ferme, ce porto procure rien de moins qu’un orgasme gustatif.

    Je ne connais pas le Colheita de Barros. Toutefois, je ne suis pas surpris qu’un tel porto se soit mérité la meilleure note dans votre groupe.