«Sexy», le vin?

Évitons toute grivoiserie: un vin «sexy» n’est rien d’autre qu’un vin qui a un charme attirant et aguichant, qui a du «sex-appeal».
Photo: Mactrunk iStock Évitons toute grivoiserie: un vin «sexy» n’est rien d’autre qu’un vin qui a un charme attirant et aguichant, qui a du «sex-appeal».

Parce que nous sommes en 2018, est-il encore acceptable de parler de vins sexy ?

Vous comprendrez que j’ai tourné la langue sept fois dans ma bouche avant de vous livrer la toute première question de l’année, formulée par une lectrice qui voulait en avoir le coeur net.

Ce qui se conçoit bien…

Alors permettez, chère madame, que je cite d’abord le dictionnaire qui parle d’un vin « qui a un charme attirant et aguichant, qui a du sex-appeal ». Tout de même mieux qu’une brute de vin, à la fois grossier, répugnant et pas d’classe.

Soyons sérieux. Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement — et les mots pour le dire arrivent aisément. Je n’ai rien inventé. Votre conception du mot « sexy » rejoindra-t-elle celle de Boileau, encore qu’elle n’a sans doute rien à voir avec ce qu’il pouvait bien traduire au début du XVIIIe siècle.

Ces mots alors qui vous arrivent aisément se nourrissent-ils à la fontaine de l’analogie pour mieux évoquer une ambiance, un contexte, une atmosphère, sans la moindre arrière-pensée ?

Je me suis pour ma part amusé à dénicher six candidats qui affichent une touche de sex-appeal. Rassurez-vous, rien d’érotique ni de pornographique, encore que Sade ou Restif de la Bretonne ne s’y seraient sans doute pas opposés !

Jeunes vignes de Xinomavro 2015, Domaine Thymiopoulos, Grèce (17,65 $ – 12212220). Sexy, le mec ! Pas un gars de Harley, mais plutôt de Velo Solex, mais si charmant, svelte et rieur que l’on s’y acoquine illico. Servir frais, n’importe quand ! (5) ★★★

Soave Classico 2016, Inama, Italie (19,60 $ – 908004). Ça roucoule tant on a l’impression d’un complot ourdi pour se la couler douce, avec toute la suavité d’usage. Un blanc sec lumineux, au goût de melon et de poire, simplement irrésistible sur les antipasti. (5) ★★★

Marsannay Cuvée Saint-Urbain 2014, Jean Fournier, Bourgogne, France (37,25 $ – 11853412). La proposition fruitée est ici si déconcertante et naturelle que l’on tombe sous le charme sans lui demander de jouer les haltérophiles. Un pinot noir plus subliminal qu’animal ; surtout, un véritable régal. (5 +) ★★★ 1/2 ©

Cru Barréjats 2004, Sauternes, Bordeaux, France (51,75 $ –12958881). La texture lisse et sensuelle de cette perle sauternaise cède sous les avances fines et distinguées d’un fruité atteignant des sommets de luxure souveraine. Cire, miel et confiture d’abricot mûr étalés sur une part de pain d’épices. Vous êtes preneur ? (10 +) ★★★★

Champagne Pascal Doquet Premier Cru Extra-Brut 2005, Vertus, France (81,50 $ – 13142551). Sexy, il est vrai, mais aussi d’une profonde sensualité, de celle qui interpelle sans crier gare, qui vous manipule et vous fait faire des bêtises… Un chardonnay peu dosé, d’une tension fine et crémeuse, qui ouvre le palais avec amplitude et puis s’esquive subtilement, gracieusement. Belle affaire à ce prix ! (5) ★★★★

Extase X.O. Lejay-Lagoute, France (108 $ – 638528). La base de vieux cognacs fournit ici une rondeur et une impulsion aromatique qui anoblit les agrumes pour mieux en mordiller le charnu exotique… Vous avez dit extase ? ★★★★