Faire sauter le plafond de verre… de l’émotion

À chaque vin son verre et à chaque verre son vin
Photo: Daniel Zuchnik Getty Images Agence France-Presse À chaque vin son verre et à chaque verre son vin

À chaque vin son verre et à chaque verre son vin. Une température de service appropriée, mais aussi et surtout le bon choix en matière de verre sont des paramètres encore trop souvent négligés pour apprécier de façon optimale le vin livré par le vigneron. Simple question de respect pour ce dernier d’ailleurs. La forme d’un verre de vin peut avoir dans certains cas une importance telle qu’elle peut radicalement changer la perception que nous avons du vin qui y est logé.

 

Le dernier mythe actuel à déconstruire ? La flûte de champagne. De la coupe moulée à même le sein de Marie-Antoinette — plus utile aujourd’hui à nicher margaritas, piñas coladas et cerises au marasquin — à la flûte élancée qui décolle telle une fusée propulsée sous l’activation d’un chapelet de bulles sans fin, il faudrait en somme opter aujourd’hui pour l’entre-deux.

 

Élancé sur sa tige, le verre aura un calice plus généreux d’épaule ouvrant sur une paraison permettant un meilleur échange oxydatif sans toutefois trop refermer une cheminée elle-même dotée, vous l’aurez deviné, d’un buvant si fin qu’il donnera à vos lèvres l’impression de faire littéralement l’amour au verre en question. Je vous laisse imaginer ensuite l’impact du nectar champenois sur des adultes consentants !

 

Le test

 

Je demandais à Marc Gaudry, fondateur des boutiques Vinum Design, à Montréal et à Québec, et à quelques sbires sympathiques abonnés aux libations bachiques de tester quelques produits. Le protocole à vérifier ? S’assurer évidemment que le verre épaulera le vin sans lui nuire, mais aussi dégager les impacts à la fois mécaniques (la forme, l’épaisseur et la grosseur influencent-elles la perception aromatique et gustative ?), physiques (le « toucher de bouche » est-il complet ou partiel selon l’angle de réception du liquide sur la langue et le palais ?) et physiologiques (l’impression dégagée est-elle positive ou négative ?).

 

Si le Chardonnay 2016, Villa Blanche, Calmel Joseph, Pays d’oc, France (16,15 $ – 12257292 – (5) ★★) et L’Excellence de Château Capendu 2015, Corbières, France (18,95 $ – 12879180 – (5) ★★1/2) se sont faufilés sans trop souffrir dans les verres Schott Zwiesel, les Silex 2004 de Dagueneau, Mercurey vieilles vignes de Raquillet, Sociando Mallet 1991 et cabernet-sauvignon Napa Valley Réserve 1989 de Mondavi exigeaient en retour un écrin de verre plus sophistiqué pour se raconter au mieux.

 

Et s’il n’y avait qu’un verre, toutes catégories confondues ? Cet « Ouverture » de la maison autrichienne Riedel (12,45 $) conviendrait parfaitement. Un verre ludique, consensuel, multifonctions et performant, habile à se mouiller sur blancs, rouges, rosés, moelleux, effervescents et même spiritueux, bref, le couteau suisse des verres à vin.

 

Toujours chez Riedel, la série « Veritas » (42,45 $) permet des envolées aromatiques soutenues, surtout chez les pinots noirs, alors que les allemands Schott Zwiesel (15 $) et Spiegelau (Perfect Serve à 15,95 $) donnent l’heure juste, ciblant qualités mais aussi défauts avec une précision toute germanique.

 

Ma suggestion ? Passez voir le cordonnier en chef et son équipe (Boutiques Vinum Design à Montréal et à Québec) pour évaluer les pointures disponibles en fonction de vos pérégrinations vineuses. Mais attention de ne pas trébucher sur ces diaboliques Zalto autrichiens (77,50 $) : vous risquez de changer de métier en devenant vous-même… cordonnier !