«Hopkins»: trébucher à NDG

Le cadre est très réussi, mais le niveau sonore chez Hopkins relève de l’insupportable.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Le cadre est très réussi, mais le niveau sonore chez Hopkins relève de l’insupportable.

« Vous êtes en retard ! » Arrivés à 18 h 19, les amis ainsi bousculés sont un peu surpris, la réservation ayant été prise pour 18 h 15. Tout le séjour ce soir-là chez Hopkins aura d’ailleurs été une succession de surprises. La plupart désagréables, certaines insupportables, une ou deux plaisantes. La jeune femme au service aura été l’une des trop rares fleurs de la soirée ; le reste récolte des pots de tailles diverses.

Il m’arrive de trébucher dans mes recherches de tables recommandables d’où vous m’écririez plus tard pour me remercier. À l’automne, j’avais pris ici un excellent repas du midi, une entrée et un plat permettant de croire qu’il y avait un chef talentueux aux fourneaux. De plus, le cadre est très réussi, quelqu’un a une belle sensibilité et un sens artistique. J’aurais dû vous parler de Hopkins à ce moment-là. Cela m’aurait évité de vous en dire du mal, ce que je déteste faire, mes rares critiques vitrioliques me semblant sans autre intérêt que celui de vous éviter de gaspiller temps et argent.

Le niveau sonore chez Hopkins relève de l’insupportable. Dans la cacophonie ambiante, même le jeune homme à l’accueil est obligé de sortir pour répondre aux appels téléphoniques qui clignotent régulièrement au combiné.

La carte propose 11 plats avec, en préambule, les charcuteries du chef. Le tout est élégamment annoncé et assez invitant.

Comme ils doivent être pris par l’ensemble de la tablée et sont composés au seul choix du chef sans que l’on sache ce qui va nous arriver, les deux menus dégustation de trois ou cinq services sont éliminés d’emblée. À six personnes aux goûts éclectiques et à l’esprit ouvert, nous pensons pouvoir trouver le bonheur.

Hélas, sur les sept plats goûtés ce soir-là, pas un ne mérite d’éloges. On sent bien un désir de recherche dans le descriptif alléchant, mais il y a toujours quelque chose qui laisse penser que la recherche se fait les yeux bandés. Le client passe beaucoup trop de temps à s’interroger.

Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Pourquoi, d’un bout à l’autre du repas, toutes ces belles assiettes arrivent-elles froides, nuisant ainsi à ce qu’elles contiennent? On n’en retient que l’esthétique.

Par exemple, au milieu de ces charcuteries bien préparées — hormis les fines tranches de magret de canard excessivement salé —, que vient faire cet inopportun morceau de brillat-savarin ? Est-ce sa présence qui explique que l’assiette coûte 36 $ ?

Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir
 
Dans la description du « Jardin de légumes grillés » — un plat courageux au coeur de l’hiver —, devant la mention « préparations uniques », le client s’attend à quelque chose qui sort de l’ordinaire, pas à quelques mini-pâtissons, mini-courgettes, choux-fleurs et topinambours ou autres radis insignifiants et très al dente pour ces derniers.

Autres exemples de cafouillage incompréhensible : comment expliquer qu’une assiette de viande renvoyée en cuisine car contenant deux gros morceaux de pur gras sur les cinq bouchées offertes ne revienne que 19 (!) minutes plus tard, c’est-à-dire une fois que les cinq autres personnes ont fini les leurs ? Comment en tout premier lieu une telle assiette a-t-elle pu sortir de la cuisine ? Dans les deux cas, des réponses me viennent à l’esprit, mais la politesse m’empêche de préciser ma pensée.

Pourquoi, d’un bout à l’autre du repas, toutes ces belles assiettes arrivent-elles froides, nuisant ainsi à ce qu’elles contiennent ? On n’en retient que l’esthétique. Très insuffisant pour un restaurant.

La comédie d’erreurs se poursuit jusqu’aux trois desserts annoncés de vive voix par l’élégant jeune pressé de nous voir quitter les lieux. Des énoncés prometteurs, un peu alambiqués peut-être, mais de bon augure. La déception n’en sera que plus dure. Dans l’une des assiettes se trouve une sorte de guimauve ou de meringue colorée au bleuet. Réflexion de Madame Hélène : « C’est trop dur pour de la guimauve et trop mou pour de la meringue. » Conjecture de son époux : « Ce sont sans doute des “préparations uniques”, de la guiringue ou de la memauve. » Aucune assiette ne sera finie, signe certain de fiasco final.

À 20 h 40, je demande l’addition, ne voulant pas retarder l’installation des clients suivants, futures innocentes victimes.

Ma facture indique 20 h 54. Elle indique également, une fois le pourboire ajouté, 222,13 $ pour deux personnes avec une demi-bouteille d’un bourgogne de base. Le pourboire était amplement mérité par Carolyn. Pour le reste…

Ouvert le midi, du mardi au vendredi, et en soirée, du mardi au dimanche.

Légendes

★ Je regrette de devoir vous en parler
★★ Pas mauvais, mais on n’est pas obligés de s’y précipiter
★★★ Bonne adresse
★★★★ Très bonne adresse
★★★★★ Adresse exceptionnelle pour la cuisine, le service et le décor

$ Le bonheur pour une vingtaine
$$ Une quarantaine par personne
$$$ Un billet rouge par personne
$$$$ Un billet brun par personne
$$$$$ Le bonheur n’a pas de prix

Hopkins

★ 1/2

5626, avenue de Monkland, ☎ 514 379-1275, $$$$