Les rurbains, ou comment réimaginer les frontières du paysage

Alexa Bush, architecte paysagiste et urbaniste principale au département d’aménagement de la Ville de Detroit, a illustré comment cette ville fait face à son importante décroissance.
Photo: Jean Landry Alexa Bush, architecte paysagiste et urbaniste principale au département d’aménagement de la Ville de Detroit, a illustré comment cette ville fait face à son importante décroissance.

Les architectes paysagistes du Québec se réunissaient le week-end dernier au marché Bonsecours de Montréal pour leur congrès annuel. La réflexion portait sur les frontières qui tendent à disparaître entre le monde urbain et le monde rural, à cause des transformations socioéconomiques liées de plus en plus à des systèmes mondialisés. Le terme « rurbain » est une contraction des mots « rural » et « urbain ».

Directeur associé de la firme Turenscape, le Chinois d’origine canadienne Stanley Lung a complètement soufflé l’auditoire avec sa présentation. L’approche innovante de l’entreprise, où la nature est au centre de toute la conception, est très inspirante.

Avec 16 villes chinoises, on a mis en place un concept nommé « Sponge City », qui vise la pleine valorisation de l’eau de pluie. Plusieurs exemples ont été présentés : Yanweizhou Park, Tanghe River Park, Houtan Park… Fascinant, on souhaiterait que Montréal emboîte le pas. Au final, la vision de la firme est de transposer un urbanisme écologique en politiques municipales afin d’offrir des services écosystémiques.

Quant à la disparition des frontières, l’aménagement du Shenyang Rice Campus le démontre bien avec ses grands champs de riz, d’ailleurs récoltés par les professeurs et les étudiants.

New York

Ellen Neises, professeure à l’École d’architecture de paysage et associée chez Range, une agence spécialisée dans les projets à grande échelle, a présenté le projet Hunts Point Life Line. Celui-ci a pour but de protéger le centre de distribution alimentaire de la Ville de New York, durement touché lors de l’ouragan Sandy, qui sert plus de 22 millions d’habitants et emploie 20 000 personnes.

L’objectif est de le rendre plus résilient aux changements climatiques. Mené par une équipe multidisciplinaire avec à sa tête une architecte paysagiste, le projet veut aussi valoriser et moderniser cette infrastructure, tout en réduisant sa précarité.

Plutôt rare pour un projet de cette dimension : de nombreuses consultations publiques ont eu lieu pour bien saisir les besoins du milieu. Afin de prévenir les inondations, différentes stratégies de protection, comme la végétalisation des rives, y ont été intégrées et de nouveaux paysages ouvrant sur l’eau seraient créés.

La présentation a également abordé l’interdépendance entre la production alimentaire rurale et les marchés urbains et l’importance de mieux les incorporer.

Ce projet unique par sa vision, sa démarche et son ampleur est le premier du genre à voir le jour aux États-Unis.

Detroit

Quant à Alexa Bush, architecte paysagiste et urbaniste principale au département d’aménagement de la Ville de Detroit, elle a illustré comment cette ville fait face à son importante décroissance.

À son apogée, elle avait une population semblable à celle de Montréal, soit 1 800 000 personnes, mais au cours des dernières décennies, elle en a perdu la moitié.

Elle s’est ainsi retrouvée avec plus de 80 000 terrains abandonnés.

Vu l’ampleur du problème, on a développé une stratégie à grande échelle plutôt que de traiter individuellement ces lots. Ici aussi, l’approche est multidisciplinaire et consiste à analyser, selon une perspective de paysage, des segments de 160 acres chacun.

Ainsi, la réflexion porte autant sur l’emploi que sur les énergies durables, l’agriculture urbaine, la gestion des eaux pluviales et le retour à l’état naturel de certaines zones.

Une approche paysagère pour les projets énergétiques

Le congrès a aussi fait place à une table ronde sur une approche paysagère pour les projets énergétiques, afin de modifier notre regard sur les paysages ruraux et la façon de faciliter de saines habitudes de vie par le paysage.

Au cours des deux jours du congrès, le rôle de l’architecte paysagiste a maintes fois été évoqué. Qui sont-ils ? Des designers, des visionnaires, des rassembleurs, des médiateurs, des leaders ?

Tout ça à la fois, selon Isabelle Giasson, présidente de l’Association des architectes paysagistes du Québec. « Et il est grand temps d’oser et de mieux se faire connaître. »