Observations de voyage

Avec ses branches qui doivent bien atteindre 12 mètres de haut par 8 mètres de large, l’érable « Crimson King » est magnifique.
Photo: Lise Gobeille Le Devoir Avec ses branches qui doivent bien atteindre 12 mètres de haut par 8 mètres de large, l’érable « Crimson King » est magnifique.

En sillonnant les routes à vélo dans le Maine, récemment, mon regard dérivait comme toujours vers les fossés, les sous-bois et les aménagements, au lieu de rester rivé sur la route, ce qui serait sûrement plus prudent. Voici donc quelques plantes qui ont attiré mon attention : un arbuste ornemental méconnu, une plante envahissante préoccupante et des érables à faire rêver.

La comptonie voyageuse

La comptonie (Comptonia peregrina), en plus d’avoir un joli nom vernaculaire, est un petit arbuste décoratif d’un mètre de haut par 1,5 mètre de large, qui forme des massifs le long des routes de l’État du Maine. Rapidement repérables en vélo, ses feuilles épaisses et brillantes, étroites, allongées et très découpées rappellent celles de certaines fougères.

Elle est fréquente le long de la côte, car elle croît dans les alluvions sablonneuses, mais sa répartition géographique est étendue et on la retrouve aussi au Québec. Le frère Marie-Victorin mentionne notamment dans sa Flore laurentienne qu’elle est présente dans la vallée de l’Ottawa, dans la région du lac Saint-Pierre et dans le nord du Québec, mais rare ailleurs.

L’arbuste dégage une odeur balsamique singulière et si son feuillage est froissé, il répand une senteur de miel. Par ailleurs, ce dernier était utilisé par les Amérindiens comme antalgique pour les chocs, les piqûres d’insectes et les maux de dents, ainsi que pour faire des boissons chaudes.

Les fleurs, sous forme de chatons, sont plutôt discrètes, tandis que les fruits, des nucules, une sorte de noix, sont particulièrement appréciés par la tourterelle triste. Pourvue de multiples qualités, elle résiste bien à la sécheresse et aux inondations, aux ravageurs, aux chevreuils, aux maladies, à la pollution et aux sels de déglaçage.

De plus, peu courantes sont les plantes pour les conditions suivantes : un sol pauvre et sableux, avec un pH acide. Si la comptonie est placée au soleil, le sol devra être humide, mais à l’ombre, il est préférable qu’il soit sec.

Très résistante au froid, elle peut être plantée jusqu’en zone 2a. Après cette énumération de qualités, elle a tout de même un défaut important, mais surmontable : sa transplantation est difficile. Pour la réussir, il ne faut surtout pas perturber ses racines et bien l’arroser la première année. Enfin, elle est facile à trouver dans les jardineries du Québec.

La renouée japonaise

En août et en septembre, les grappes de petites fleurs blanches des massifs de renouées japonaises rendent celles-ci bien apparentes le long des cours d’eau et des routes du Maine. Mais, aussi ornementale qu’elle puisse être, c’est une des plantes envahissantes les plus inquiétantes actuellement sur le globe. D’ailleurs, l’Union internationale pour la conservation de la nature, la plus grande et la plus ancienne des organisations environnementales au monde, a mis la renouée japonaise sur la liste des 100 espèces les plus préoccupantes de la planète.

Originaire de la Chine, de la Corée, du Japon et de la Sibérie, elle a été introduite en Europe et en Amérique à la fin du XIXe siècle comme plante ornementale. Toutefois, depuis, elle s’est naturalisée et son territoire s’agrandit constamment.

En Amérique du Nord, l’essentiel des populations est concentré dans le nord-est des États-Unis — nos voisins —, mais elle est présente aussi dans le sud-ouest, dans le Midwest et en bordure du Pacifique. Au Québec, même si sa présence est encore relativement discrète, elle est en pleine expansion (source : Outils pour évaluer les risques d’invasion biologique dans un contexte de changements climatiques, Sylvie de Blois, Université McGill, et associés).

D’ailleurs, le projet CC-BIO sur les effets des changements climatiques sur la biodiversité au Québec a étudié cette plante en particulier, et toutes ses observations ont démontré un risque accru d’invasion avec les changements climatiques. Le projet CC-BIO a été amorcé par les professeurs Sylvie de Blois, de l’Université McGill, et Dominique Berteaux, de l’Université de Rimouski.

Lors de cette recherche, on a aussi prouvé qu’elle se disséminait uniquement végétativement, car il n’y a qu’un seul génotype, mais qu’elle produit des graines viables jusque dans la région de Québec. Du reste, la renouée est une réelle menace pour la biodiversité et l’équilibre biologique des écosystèmes — surtout ceux des ruisseaux et des rivières, son habitat de prédilection —, car elle empêche les successions végétales naturelles en bloquant la multiplication des autres plantes.

En outre, sa présence a également un impact sur la biodiversité de la faune des habitats ripicoles, qui dépend directement ou indirectement des plantes indigènes pour se nourrir. Heureusement, peu de jardineries offrent la renouée japonaise au Québec et l’industrie horticole conseille à ses membres de la retirer de leur inventaire (Fédération interdisciplinaire de l’horticulture ornementale du Québec 2013).

Voici une brève description de la plante pour que vous puissiez la reconnaître et l’éliminer dès sa première apparition… Elle a des tiges rouges creuses érigées qui ressemblent aux cannes de bambou, d’un à trois mètres de haut. Vivace, elle repousse chaque printemps à partir des bourgeons sur ses rhizomes dans le sol, et ses feuilles, pouvant atteindre jusqu’à 15 ou 20 centimètres, sont ovales-triangulaires. Extrêmement difficile à éliminer, vous pourrez trouver quelques trucs dans l’une de mes chroniques de 2011. Puis, si vous avez trouvé des techniques pour l’éliminer qui ont fonctionné, faites-moi signe !

Érable de Norvège « Crimson King »

Loin d’être une nouveauté, l’érable de Norvège « Crimson King » est un arbre ornemental prisé en aménagement pour son feuillage rouge vin foncé, autant ici qu’aux États-Unis. Toutefois, certains arbres que j’ai vus lors de mon séjour méritent d’être mentionnés parce que leur maturité et leur beauté sont remarquables. Je n’ai jamais vu de spécimen semblable au Québec.

Leurs branches effleurent le sol et doivent bien atteindre 12 mètres de haut par 8 mètres de large : simplement magnifique. Une question de climat, mais aussi de maturité et d’espace pour son développement, en déduis-je.

Au jardin cette semaine

Si certaines plantes n’ont plus trop fière allure, ne vous gênez pas pour les tailler ou les éliminer. Il n’est pas nécessaire d’attendre l’automne. En même temps, afin que le jardin demeure agréable à l’œil, profitez-en pour éliminer les fleurs et les hampes séchées.

Puis, une tournée de désherbage n’est jamais une mauvaise idée, ainsi qu’un binage sur les sols non paillés.

Ensuite, si vous avez des problèmes de cochenilles à carapaces sur vos magnolias, vous avez jusqu’à la mi-septembre pour les vaporiser avec un savon insecticide. À cette période, l’insecte est au stade de nymphe, il est plus vulnérable, car il n’a pas de carapace.

Au potager, récoltez, récoltez et savourez !

Conférence sur les jardins à papillons

Ce dimanche 30 août, à midi, l’auteure de cette chronique présentera une conférence sur les jardins à papillons à la Maison Saint-Gabriel. J’aborderai les points importants pour la conception d'un tel jardin, le rôle des plantes nectarifères, celui des plantes hôtes, etc. 2146, place Dublin à Pointe-Saint- Charles.

Le point sur le longicorne asiatique

Le longicorne asiatique est un ravageur originaire de la Chine et de la Corée qui s’attaque aux érables, aux pommiers, aux saules et aux frênes, entre autres. Pour le moment, il n’y a pas de quoi s’inquiéter, car il n’est pas pré- sent au Québec. Toutefois, il a fait l’objet d’une lutte intense entre 2003 et 2007 par l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA), aux li- mites des villes de Vaughan et de Toronto, en Ontario. La lutte a été suivie de cinq ans de dépistage où aucun longicorne n’a été détecté dans la zone de quarantaine. L’Agence a donc déclaré avoir gagné la lutte en 2013. Néanmoins, la vigilance est de mise et des relevés sont effectués tous les ans depuis 2008 en Colombie-Britannique, en Ontario, au Québec et dans les Maritimes. À ce jour, aucune autre infestation de cet insecte n’a été découverte. Si vous croyez avoir aperçu ce coléoptère, vous êtres invité à téléphoner au 1 800 442-2342.