Une question de taille

Une taille respectueuse de l’architecture de l’arbre permettrait de conserver celui-ci en santé, il vivrait plus vieux et les coûts d’intervention seraient diminués.
Photo: Lise Gobeille Une taille respectueuse de l’architecture de l’arbre permettrait de conserver celui-ci en santé, il vivrait plus vieux et les coûts d’intervention seraient diminués.

Pour souligner la Journée nationale de l’arbre, le 24 septembre, voici une entrevue avec une femme qui les connaît bien, la docteure en biologie végétale Jeanne Millet, qui, pendant plus de 20 ans, a poursuivi avec passion des recherches dans un domaine méconnu, l’architecture des arbres.

 

Après un stage révélateur sur le sujet en Guyane française, elle réalise en rentrant au Québec que rien n’a été fait ici. Fascinée par le thème, elle entreprend plus tard un doctorat à l’Université de Montréal, en codirection avec l’Université de Montpellier, en France. Elle étudie alors l’architecture d’une dizaine d’espèces d’arbres des régions tempérées. Vient ensuite la réalisation de son premier livre, un outil de référence, L’architecture des arbres des régions tempérées. Son histoire, ses concepts, ses usages, publié aux éditions MultiMondes.

 

Une contribution majeure pour le domaine, car il est le premier, et encore le seul. Mais qu’est-ce que l’architecture des arbres ? Cette jeune science née dans les années 1960-1970 étudie la nature et l’agencement relatif de chacune des parties de l’arbre, à l’aide d’observations et de dessins réalisés sur le terrain. Les applications sont nombreuses, mais en arboriculture, en particulier, elle aide à faire un diagnostic d’intervention.

 

La situation

 

Selon Mme Millet, cette science démontre que l’arbre ne pousse pas de manière anarchique, qu’il se développe selon sa propre génétique et que sa croissance est ordonnée et organisée. Selon ses observations, certaines tailles peuvent provoquer sa désorganisation, surtout si on coupe des axes à forte croissance, comme une tête, ou encore de grosses branches.

 

De l’amidon s’accumulera au niveau de la coupe et, en réaction, l’arbre développera plusieurs têtes ou une grande quantité de nouvelles pousses ; et même si on les élimine, elles repoussent successivement. Un exemple probant : les arbres-têtards qu’on voit en Europe. Chaque année, l’ensemble des branches est éliminé pour repousser de plus belle l’année suivante, mais ici, le but est atteint, car on souhaite obtenir du petit bois.

 

Voici quelques conseils de Mme Millet pour la taille des arbres. D’abord, il est préférable de ne pas tailler, et ce, pour plusieurs raisons, la meilleure étant que les arbres n’en ont pas besoin. Par contre, s’il faut le faire, mieux vaut intervenir en douce, et graduellement, pendant leur développement. Aussi, afin de préserver l’organisation de l’arbre, mieux vaut en réorienter la tête mécaniquement plutôt que de la couper, et il en va de même pour les gros axes.

 

Puis, quand l’arbre est jeune, les branches horizontales du tronc servent à faire augmenter sa circonférence. Il est donc préférable de les conserver. Si nécessaire, on peut les réduire, puis les éliminer plus tard. Il vaut toujours mieux prévenir que d’agir quand survient un problème.

 

Un plan d’entretien évite les tailles drastiques qui favorisent la formation abondante de rejets, qui, eux, obligent à des interventions plus fréquentes et engendrent des coûts plus importants. En outre, les nouvelles pousses ont un point d’attache plus faible et rendent l’arbre plus fragile. Ainsi, celui-ci se vide inutilement de ses réserves, même que son vieillissement est parfois accéléré, car il y a un effet négatif au point de vue de son énergie.

 

Transmettre les connaissances

 

Même si les résultats des recherches sur les conséquences d’une taille inappropriée sont connus depuis 15 ans et ont d’ailleurs suscité beaucoup d’intérêt à l’époque, Jeanne Millet remarque que la manière de faire a peu changé. Elle croit notamment que, même en respectant les différentes contraintes de dégagement auxquelles font face les villes et Hydro-Québec, le travail pourrait être réalisé autrement.

 

La chercheuse souhaite donc, avec son prochain livre qui sortira en janvier 2015 (Le développement de l’arbre, publié aux éditions MultiMondes), rendre cette science plus accessible afin qu’elle puisse être enseignée, utilisée et diffusée. Selon Mme Millet, l’architecture des arbres y est expliquée en termes simples et concis, et les étapes pour son application sur le terrain y sont détaillées clairement.

 

Saviez-vous que l’ensemble des plantes pousse uniquement selon une vingtaine de modèles architecturaux ? Et que nos espèces tempérées étudiées en utilisent seulement 7 ? Surprenant, quand on sait qu’il y a approximativement 400 000 espèces végétales sur le globe.

 

Montréal est l’hôte, cette année, de l’événement principal de la Journée de l’arbre, qui s’est toujours déroulé à Ottawa. La métropole a été choisie dans le but de souligner le travail effectué pour combattre l’agrile du frêne et maintenir le couvert forestier. Cette journée, organisée par Arbres Canada, sert à prendre un temps d’arrêt pour réfléchir à l’importance de l’arbre dans nos villes et apprécier ses apports essentiels.

 

Le rendez-vous a lieu au monument à sir George-Étienne Cartier, sur le mont Royal, à 10 h. Des activités telles qu’un spectacle de magie, une chasse au trésor et une plantation d’arbres auront lieu, mais surtout, Arbres Canada souhaite battre le record Guinness du plus grand nombre de personnes qui étreignent un arbre lors d’un événement. Le record à battre est de 2000 personnes, en juin dernier, au Népal.

 

Les entreprises, les groupes scolaires et les individus peuvent s’inscrire sur le site de la Journée de l’arbre : journéedelarbre.ca. Cette journée est soutenue par Les amis de la montagne, Objectif forêts, Majesta et Telus. Il est aussi possible de consulter le site pour voir s’il y a des activités dans votre région.

 

La Journée de l’arbre de la santé

 

La Journée de l’arbre de la santé, qui a aussi lieu le 24 septembre, allie santé et environnement par la plantation d’arbres sur les terrains des établissements de santé ou autres. Lancé en 2007 par le Centre de santé et de services sociaux (CSSS) de Laval grâce à l’initiative du Dr François Reeves, cardiologue d’intervention à la Cité de la santé et au Centre hospitalier universitaire de Montréal, l’événement a fait boule de neige.

 

En 2014, plusieurs villes ont emboîté le pas afin de sensibiliser la population aux nombreux bienfaits de la nature. Plus de 300 arbres seront plantés chez les différents partenaires : la Cité de la santé de Laval, le Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke, l’hôpital du Sacré-Coeur, les CSSS Dorval-Lachine-LaSalle, Lucille-Teasdale, Saint-Léonard et Saint-Michel, Pierre-Boucher, Nord-de-Lanaudière et Vallée-de-l’Or.

 

Planter un arbre traduit une prise de conscience et un passage à l’acte découlant de la préoccupation du clinicien et de l’administrateur quant à la dégradation de l’environnement.

Au jardin cette semaine

Même si nous sommes en septembre, il ne faut pas négliger les arrosages. Les plantes en pot seront belles encore quelques semaines et celles dans les platebandes, qui se préparent pour l’hiver, ne doivent pas être délaissées.

Il est encore temps de planter des arbres, des arbustes et des vivaces. Le plus tôt est le mieux, mais vous avez quand même jusqu’aux premières gelées pour le faire.

Dans la bibliothèque

Le tour du monde des champignons en 60 tableaux
Jean Després
Les Presses de l’Université de Montréal, 2014, 123 pages

Cette petite plaquette explique en 60 tableaux indépendants les uns des autres le monde extraordinaire et complexe des champignons. Largement illustrés avec d’excellentes photos, des thèmes fondamentaux de ce monde méconnu et fascinant sont abordés?dans?un?langage spécialisé, mais clair et agréable à lire. Des thèmes aussi divers que surprenants sont développés de façon succincte : « Le mycélium, un intestin à l’envers », « Lueurs dans la nuit », « Comestibilité conditionnelle », « Anges de la mort », « Des robes couleur de champignons »… Excellent.