Les plantes ont-elles une intelligence?

Les plantes ont la capacité de se « reconnaître » les unes des autres grâce à leurs sécrétions chimiques spécifiques, nous enseigne la science. Chaque système racinaire tente d’occuper le meilleur espace.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Les plantes ont la capacité de se « reconnaître » les unes des autres grâce à leurs sécrétions chimiques spécifiques, nous enseigne la science. Chaque système racinaire tente d’occuper le meilleur espace.

Est-ce que les plantes ont la capacité de prendre des décisions ? Se reconnaissent-elles entre elles ? Ont-elles de la mémoire à court terme ou à long terme ? Peut-on dire que les plantes sont intelligentes ?

 

L’auteur du livre Alice in the Land of Plants. Biology of Plants and Their Importance for Planet Earth (Springer), Yiannis Manetas, tente de convaincre le lecteur qu’au contraire de la croyance populaire, les plantes sont des organismes intelligents qui ont des comportements spécifiques. Depuis 1978, M. Manetas a occupé plusieurs postes à l’Université de Patras, en Grèce, où il est actuellement professeur de physiologie des plantes au Département de biologie. Les informations qui suivent sont inspirées de son livre.

 

D’abord, on doit mettre en perspective le mot « intelligence » et le sortir de sa définition anthropocentrique basée sur des modèles psychologiques. L’origine latine du mot « intelligence » est inter legere, qui signifie « être capable de discernement ». Selon l’auteur, si l’intelligence signifie être capable d’adapter son comportement en fonction de ses besoins en tout temps et selon le type d’organisme, cela mesure le pouvoir de décision. Même si les plantes sont incapables de penser, elles ont l’intelligence nécessaire à leur survie, à leur reproduction et à leur expansion, ainsi qu’une capacité de « décision » selon une situation donnée. En voici quelques exemples.

  

Inutile, on élimine

 

Qu’arrive-t-il à une branche qui ne reçoit aucune lumière sur une longue période ? En termes économiques, elle est improductive car elle dépense plus d’énergie qu’elle en produit. Si cette situation perdure, la plante élimine la branche en bloquant les vaisseaux qui transportent la sève ; alors elle meurt, tombe et est remplacée par une autre à un endroit plus favorable.

 

Les mécanismes de ce phénomène ne sont pas encore bien compris, mais on peut assumer qu’ils ne peuvent se produire sans une perception spatiale détaillée, ainsi qu'un traitement de l’information et une prise de décision adéquats qui augmentent l’adaptabilité de l’organisme.

  

Choisir son hôte

 

La cuscute est une plante parasite, c’est-à-dire qu’elle dépend d’une autre pour sa survie. Avant de s’enraciner sur sa victime, elle s’assure que celle-ci contient de l’azote en quantité, un élément essentiel à sa croissance. Pourquoi choisirait-elle un hôte chétif ou malade ? Après tout, elle tient à s’installer au meilleur endroit possible afin de fleurir et de se reproduire.

 

Comme tout bon acheteur, elle s’assure de la qualité du produit avant d’investir. Quand un être humain agit de cette façon, il le fait intelligemment ; pourquoi ne pas penser de même pour une plante ?

  

Reconnaissance de l’autre

 

Dans le sol, la compétition pour obtenir l’eau et les éléments minéraux est importante au niveau des racines. Chaque système racinaire tente d’occuper le meilleur espace, mais que se passe-t-il lorsqu’une racine rencontre une rivale ? Elle change de trajectoire avant d’entrer en contact avec elle ! Le signal n’est pas tactile, mais plutôt chimique ; ce comportement est plus économique sur le plan de la dépense d’énergie pour la plante.

 

La racine détecte l’autre espèce par ses sécrétions chimiques spécifiques, qui sont différentes des siennes. Ainsi, on peut dire que la plante reconnaît ce qui lui appartient et est produit par ses propres gènes de ce qui est produit par une autre plante.

 

En pot, une plante ne réagira pas du tout de la même manière. Comme elle ne peut éviter l’autre, elle essaie alors d’occuper, de la façon la plus agressive possible, le volume de sol disponible afin de dominer l’espace.

  

Et la mémoire ?

 

Voici deux exemples, l’un de mémoire à court terme, chez les plantes grimpantes volubiles, et l’autre de mémoire à long terme, chez des arbres feuillus de climat nordique. Lorsque les plantes grimpantes volubiles rencontrent un point stable, elles ne s’enroulent pas immédiatement. Elles auront un deuxième et même un troisième contact avec le même point avant de passer à l’acte. Elles ne s’entortillent pas en vain sur un support instable. Le signal est tactile, sous forme de pression ; s’il n’y a pas de deuxième signal, le premier stimulus sera éliminé de la mémoire temporaire.

 

L’autre cas concerne l’attaque occasionnelle, mais intense, de certains arbres feuillus nordiques par des ravageurs. L’année suivant une attaque, les arbres augmentent dans leurs feuilles les composés phénoliques, qui sont des répulsifs à insectes. On pense qu’ils se souviennent de l’invasion et qu’ils se préparent à l’éventualité d’une autre agression.

 

« Aucune plante (et aucun animal) ne comprend la nature de l’homme ; par contre, l’homme a l’intelligence de comprendre la nature des plantes. Il serait malheureux de ne pas utiliser cette intelligence pour mieux comprendre le monde. » (Traduction libre)

  

Des arbres qui polluent

 

Avant d’entreprendre d’importantes plantations, les municipalités devront tenir compte d’un nouveau facteur : certains arbres polluent. Ceux-ci, en plus de produire de l’oxygène, génèrent des composés qui, en réaction avec l’air, forment de l’ozone, une molécule qui agresse le système respiratoire. Ce fut une surprise pour Galina Churkina, chercheuse principale à l’Institute for Advanced Sustainability Studies de Postdam, en Allemagne, qui étudie les émissions des arbres urbains.

 

Naturellement présent dans l’atmosphère terrestre, l’ozone forme dans la stratosphère une couche qui intercepte 97 % des rayons ultraviolets du soleil. Toutefois, il est un polluant au niveau du sol, causant de l’asthme, des bronchites et d’autres types de problèmes pulmonaires. Les arbres, comme les véhicules, dégagent des composés organiques volatils (COV) qui, en présence du soleil, réagissent avec les oxydes d’azote (NOx) pour créer de l’ozone.

 

Pourquoi émettent-ils des COV ? Pour éloigner les ravageurs et attirer leurs pollinisateurs. Certains en émettent peu, comme le bouleau, le tilleul et le tulipier, tandis que d’autres en dégagent une quantité appréciable, tels le peuplier, le chêne, le saule et le tupelo noir. La différence est telle que le niveau d’ozone peut être huit fois plus élevé que celui des arbres qui en libèrent moins. Parce que le soleil est nécessaire pour former l’ozone et que la réaction est plus puissante quand les températures sont élevées, les villes froides et nuageuses sont moins à risques.

 

Malgré cette découverte étonnante, il n’y a pas de raison de se lancer dans une campagne d’abattage, selon Mme Churkina. Même ceux qui diffusent le plus de COV ont peu d’impact s’ils sont épars dans une rue. Par contre, pour les décideurs, particulièrement en ces temps de grandes campagnes de plantation, il est intéressant de savoir qu’un tilleul est un meilleur choix qu’un peuplier pour capter le dioxyde de carbone, ralentir l’augmentation des températures et favoriser l’absorption d’eau. Heureux hasard : beaucoup de tilleuls sont plantés en milieu urbain au Québec et peu d’arbres dégagent un haut taux de COV.

 

Tiré de Scientific American (juin 2014).

Activités

Au Domaine Joly-De-Lotbinière

Ce week-end, c’est Tendances horticoles en fête 2014 au Domaine Joly-De-Lotbinière, un rendez-vous incontournable pour connaître les nouveautés et rencontrer les passionnés d’horticulture. Beau temps, mauvais temps, on pourra y discuter avec Daniel Fortin, Rock Giguère, Jean-Claude Vigor et bien d’autres. De plus, le site est tout simplement sublime. Pour l’horaire des conférences, visitez le site du Domaine

Le courrier

« J’ai planté des tomates Celebrity. Les plants sont séparés de 24 pouces. Les tomates ont tendance à pourrir à la base. Comment doit-on les traiter pour éviter cela ? »
— Germain Boivin

La pourriture apicale de la tomate est un problème physiologique dû au manque d’humidité dans le sol lié à un arrosage irrégulier. La solution : simplement, on maintient constante l’humidité du sol, particulièrement quand les tomates grossissent.

Dans la bibliothèque

S.O.S. plantes
Larousse, collection 100 % jardin
2014, 77 pages

S.O.S. plantes est un bon petit guide pour identifier les ravageurs et les maladies du potager et des plantes ornementales d’extérieur et d’intérieur. Il est largement illustré et facile à utiliser. Aussi, il propose différents traitements curatifs et préventifs. Toutefois, il s’agit d’une édition européenne et on ne rencontre pas exactement les mêmes problèmes ici.

Cela dit, en général, cela se ressemble. Il faut aussi savoir que les règlements pour l’utilisation des pesticides sont différents là-bas, ainsi que la disponibilité des produits, donc les solutions ne sont pas toujours adaptées à notre contexte. Ainsi, plus d’informations sur des produits à faible impact auraient été les bienvenues.