Ron Rayside, l’architecte engagé

Les Habitations Sainte-Germaine-Cousin à Pointe-aux-Trembles
Photo: Saul Rosales Les Habitations Sainte-Germaine-Cousin à Pointe-aux-Trembles

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Le Centre-Sud, Ron Rayside connaît bien. Non seulement sa firme à vocation sociale a pignon sur rue dans ce quartier où il réside depuis 40 ans, mais l’architecte a contribué à le transformer au fil des années. En mieux. Et ses réalisations, qui placent la communauté au coeur de l’architecture, dépassent largement ce quartier. Rencontre.

Le pavillon de la mode de l’UQAM, le projet résidentiel Rubic, le Chat des artistes (ateliers d’artistes), l’organisme communautaire Cactus, le Refuge des jeunes de Montréal sont quelques-unes des réalisations de la firme d’architectes Rayside-Labossière dans le quartier Centre-Sud et sa périphérie. Dans leur immeuble écologique de la rue Ontario, Ron Rayside et son équipe de 30 employés (architectes, urbanistes et personnel de soutien) conçoivent des bâtiments, dont les plans se dessinent bien au-delà de la table à dessin. Ici, on a une vision citoyenne et concertée, une vue d’ensemble de la ville, des tas d’idées pour l’améliorer et une grande sensibilité aux organismes sociaux et communautaires.

 

En fait, pour Ron Rayside, il est impossible de dissocier l’architecture de l’engagement social. L’architecte, résolu à inscrire sa firme comme agent de changement, ne compte plus les heures de bénévolat que lui et ses employés ont fait pour soutenir des organismes communautaires désireux d’agrandir ou de rénover leurs espaces ou de construire un nouveau projet. Le bureau s’intéresse aussi aux espaces urbains dévitalisés ou en attente de développement. Lors de l’entrevue, M. Rayside m’amène d’ailleurs au deuxième étage de son bureau où on trouve, étalé sur plusieurs tablettes, dans une grande pièce, des tas de documents portant sur des propositions de réaménagement urbain, de construction de nouveaux édifices ou d’aménagement d’espaces. Souvent, ces documents ont été réalisés bénévolement.

 

C’est ainsi que l’architecte s’intéresse aux nombreux immeubles gouvernementaux excédentaires. Qu’on pense à l’ancien centre hospitalier Jacques Viger ou à l’ancien Institut des sourdes-muettes, rue Saint-Denis, entre les rues Cherrier et Roy. De grands bâtiments patrimoniaux dont on ne sait toujours pas quoi faire. Le bureau Rayside-Labossière a d’ailleurs produit un document qui donne une vue d’ensemble de ses édifices et de ce qui pourrait être fait pour les mettre en valeur. « On travaille trop souvent projet par projet alors qu’il est important de développer une vision d’ensemble pour développer une trame urbaine cohérente », soutient-il.

 

Travailler en concertation

 

L’architecte fait des propositions, mais il ne cherche jamais à imposer sa vision. Pour lui, il est très important de travailler avec des organismes et des citoyens déjà impliqués dans le milieu. Par exemple, Ron Rayside, en concertation avec la Corporation de développement communautaire de Côte-des-Neiges, a mis en place un forum citoyen afin de proposer des orientations de développement pour l’immense site de l’ancien hippodrome Blue Bonnet.

 

Autre exemple, l’Hôtel-Dieu. Préoccupé par le devenir de cet important ensemble (qui sera bientôt vacant), M. Rayside a réuni récemment une dizaine d’organismes communautaires et sociaux intéressés à la question. De cet exercice est ressorti un document intitulé « Projet de Communauté Saint-Urbain » où l’on propose de remplacer des dizaines de cases de stationnement par de la verdure, de construire des coopératives d’habitation, d’aménager des jardins communautaires et des espaces de jeu pour enfants. « Nous avons présenté le document au ministre de la Santé, Gaétan Barrette, et il a été impressionné et ravi », dit fièrement M. Rayside.

 

Ron Rayside connaît d’ailleurs bien le réseau de la santé puisqu’il a été pendant six ans président du conseil d’administration du défunt CSSS Jeanne-Mance (organisme remplacé en 2015 par une structure plus imposante appelée le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal). Il raconte que comme président, il a empêché la vente de l’ancien centre hospitalier Jacques Viger, un vaste ensemble patrimonial construit en 1852.

 

Faire des miracles avec peu

 

Travaillant souvent avec des organismes sociaux et communautaires disposant de peu de moyens, la firme de M. Rayside réussit à concevoir ou à rénover des bâtiments, ou encore à réaménager des espaces de façon originale. Les Habitations Sainte-Germaine-Cousin, à Pointe-aux-Trembles, en sont un exemple. Ce projet débute en 2005 avec l’obligation de fermer l’église Sainte-Germaine-Cousin pour cause de contamination à l’amiante. Dès lors, un projet d’habitation se met en branle, prévoyant la démolition de l’église. Un an plus tard, il doit être revu, car le Conseil du patrimoine de Montréal refuse la démolition considérant l’édifice, datant de la fin des années 1950, comme représentatif du renouveau architectural des églises du Québec. Un comité promoteur, composé de plusieurs organismes, dont le bureau de M. Rayside, est alors mis sur pied pour définir un projet réaliste. Après consultation, on décide de construire un OSBL pour retraités comptant 122 logements. « Pour parvenir à construire cet ensemble en respectant le budget, il fallait toutefois démolir tous les bâtiments du site sauf l’église », relate M. Rayside, qui mentionne que cette proposition, au départ contestée, a finalement été acceptée.

 

Plusieurs années, plus tard, en 2012, on procède donc à la construction d’un ensemble architectural de cinq étages en forme de S et à la mise en valeur de l’église. Aujourd’hui, M. Rayside est fier de mentionner qu’avec un budget limité, sa firme a réussi à créer un bel ensemble dans lequel l’église a été mise en valeur.

 

Des distinctions méritées

 

Après des années d’engagement dans le quartier Centre-Sud et à l’extérieur, le travail de M. Rayside a été reconnu par la Ville de Montréal qui lui a remis, en 2013, le prix Thérèse-Daviau. Ce prix récompense la personnalité citoyenne montréalaise de l’année. Dix ans plus tôt, il recevait le prix Hommage-bénévolat Québec, remis par le ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale du Québec.