Des recommandations concrètes pour le bâtiment durable

Pour les projets de 2000 mètres carrés ou de six étages et plus, la Ville devrait exiger une superficie minimale de toiture végétalisée, comme le fait déjà Toronto.
Photo: CEUM Pour les projets de 2000 mètres carrés ou de six étages et plus, la Ville devrait exiger une superficie minimale de toiture végétalisée, comme le fait déjà Toronto.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Multiplier les espaces verts, généraliser les méthodes de construction écologiques, encourager l’utilisation des transports durables. Des objectifs ambitieux que la Ville de Montréal s’est donnés, mais auxquels il manquait l’adoption de mesures concrètes, surtout en matière de bâtiment. C’est la mission dont a été chargée la Commission permanente sur l’eau, l’environnement, le développement durable et les grands parcs de la Ville de Montréal, qui a tenu, en novembre dernier, une consultation publique sur le bâtiment durable. Nombre d’organisations ont répondu à l’appel, et la quantité de mémoires déposés a été telle que la Commission a dû retarder le dépôt de ses recommandations au 29 mars dernier.

La Commission se retrouvait donc devant un mandat important, surtout considérant les objectifs que la Ville de Montréal s’est récemment donnés en matière d’environnement. En effet, Montréal a ratifié en 2015 la Déclaration de l’Hôtel de Ville de Paris lors de la 21e conférence des Nations unies sur les changements climatiques, s’engageant à réduire de 80 % ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050. Cet engagement de taille, ajouté au plan de développement durable adopté en 2016, a placé la barre haut.

Réviser les règlements

Montréal se distingue par l’âge de ses bâtiments, 55 % d’entre eux ayant été construits avant 1960. Cela complique la tâche à certains égards, mais cela peut aussi être vu comme une occasion, puisque les rénovations ne cessent d’augmenter et offrent la possibilité d’intégrer des exigences environnementales et des incitatifs plus forts. La Commission recommande aussi d’adopter des mesures incitatives pour encourager les initiatives écologiques. En effet, en ce moment, aucun incitatif de la Ville n’encourage à construire d’une façon durable, ce qui fait qu’elle s’en remet à la bonne volonté des propriétaires en matière de réduction de l’impact environnemental de leur bâtiment.

La Commission a donc voulu aller au-delà des bonnes intentions et propose des mesures très concrètes qui changeront les manières de construire à Montréal. Une des principales recommandations est d’ailleurs d’intégrer un objectif de développement durable dans le Règlement sur la construction et la transformation des bâtiments. Mais pour ce faire, il faut avant tout intégrer et encourager les initiatives de construction durable déjà existantes. Car comme l’ont relevé plusieurs intervenants, les règlements municipaux sont en ce moment parmi les principaux freins à l’innovation écologique.

Toitures vertes et matériaux recyclés

À l’instar de 33 villes nord-américaines, Montréal devrait se doter d’une politique de toiture végétalisée qui est parmi les mesures les plus efficaces pour lutter contre les îlots de chaleur, conseille la Commission. Ainsi, les constructions neuves se verraient exiger un indice de réflectance solaire pour les toits et un renforcement structural permettant l’implantation éventuelle d’une toiture verte. De plus, pour les projets de 2000 mètres carrés ou de six étages et plus, la Ville devrait exiger une superficie minimale de toiture végétalisée, comme le fait déjà Toronto.

La lutte contre les émissions de gaz à effet de serre doit quant à elle passer par la réduction au maximum du gaspillage d’énergie et l’usage de combustibles polluants. La Commission recommande d’envisager d’éliminer le chauffage au mazout, d’exiger des matériaux de construction ayant une haute performance énergétique, et d’encourager la conception bioclimatique pour la construction de nouveaux bâtiments.

Alors que Montréal a adopté les objectifs gouvernementaux de valorisation de 70 % des matières recyclables et de 60 % des matières organiques d’ici 2020, la collecte à trois voies (recyclage, compostage, ordures) devra être simplifiée, et les règlements municipaux devraient être plus cohérents, préconise la Commission. Et ajoute que la Ville devrait donner l’exemple en aménageant une collecte à trois voies dans ses bâtiments et sur le domaine public.

Prioriser la proximité

Mais les méthodes de construction durables ne suffisent pas, comme sont venus le rappeler plusieurs groupes environnementalistes lors de la consultation. Un bâtiment construit de manière écologique, mais situé loin de tout service, engendre au bout du compte autant, sinon plus de GES. Pour contrer l’étalement urbain, la Commission envisage de permettre de construire plus haut, tout en restant en cohérence avec le patrimoine montréalais.

Plusieurs recommandations cherchent ainsi à penser le bâtiment dans son contexte et à intégrer des habitudes de vie durables aux nouveaux bâtiments. Par exemple, les nouvelles constructions devraient avoir un espace de rangement pour le vélo, préconise la Commission. Elles devraient également inclure des espaces de stationnement en autopartage et des bornes électriques.

Plus largement, la qualité de vie dans l’environnement urbain passe aussi par un accès à l’extérieur : le règlement sur la construction devrait ainsi exiger un minimum d’espaces verts extérieurs pour les nouveaux bâtiments, surtout pour les constructions sans balcon. Par ailleurs, la Commission propose d’augmenter l’accessibilité, en allant au-delà des exigences du Code de construction.

Des recommandations bien accueillies

Si les recommandations finales de la Commission n’intègrent pas toujours les propositions les plus ambitieuses, elles reflètent cependant l’ensemble des préoccupations et des idées amenées par les différents acteurs. Ainsi, le Conseil régional de l’environnement de Montréal dit accueillir favorablement les recommandations, bien qu’il déplore que « les changements proposés aient une emprise seulement sur les projets de rénovations majeures et les nouvelles constructions ». Du côté de l’Ordre des architectes, Hélène Lefranc, agente de recherche, déclare : « On est déçu sur certaines choses, comme la question des gratte-ciel qui n’a pas été tranchée », mais se dit heureuse de voir que la Commission a élargi son cadre de réflexion initial pour inclure les questions de convivialité, de proximité et d’accessibilité.