Rembobiner le fil alimentaire

2017 a été marquée par un engouement pour les légumes et pour toutes les étiquettes associées (flexitarien, végétalien, végane…), un nouveau vocable est apparu: végétal.
Photo: Archives Le Devoir 2017 a été marquée par un engouement pour les légumes et pour toutes les étiquettes associées (flexitarien, végétalien, végane…), un nouveau vocable est apparu: végétal.

La lettre V a quelque peu marqué l’année agroalimentaire qui se termine. Pas le V conquérant qui permet de crier victoire, mais un timide comme dans pratiques plus vertes, un embarrassant comme dans plafond de verre, et un grand comme dans végé. D’autres tiroirs alimentaires furent ouverts. Allez, petite rétrospective et boule de cristal.

Place aux femmes

Photo: Mal Fairclough Agence France-Presse La chef slovène Ana Roš

Pourquoi les femmes chefs sont-elles moins mises à l’avant que leurs confrères ? L’absence ou la sous-représentation des femmes chefs dans les médias ou dans le cadre de prestigieux concours comme participantes ou jurées furent plus d’une fois signalées en 2017 ; tout comme les comportements machistes qui perdurent dans le milieu de la cuisine. De ce fait, on s’est interrogé sur la graphie la plus pertinente pour signifier cette « invisibilité ». Faut-il encore écrire « chef » ou opter pour « cheffe » ? Du 5 au 8 février, dans le cadre de sa série d’événements socio-culinaires Women With Knives, dont une table ronde, le Centre Phi accueillera la chef slovène Ana Roš (élue meilleure femme chef au monde en 2017 par le palmarès The World’s 50 Best Restaurants) et la chef québécoise Colombe St-Pierre (du restaurant Chez St-Pierre, au Bic), la sociologue Deborah A. Harris et Mitchell Davis, vice-président de la James Beard Foundation. Les conversations sur cette place accordée aux femmes dans les grandes et petites cuisines de ce monde vont donc se poursuivre en 2018.

Semer de petits cailloux

Photo: Alex Loup Unsplash Un frappé aux fruits

La route vers la réduction de nos déchets s’annonce longue et sinueuse, mais des regroupements de citoyens, des organismes ou de jeunes entrepreneurs ont parsemé l’année de leurs initiatives en matière de sensibilisation au gaspillage alimentaire. Quant à la première édition du Festival zéro déchet de Montréal, elle a largement dépassé les attentes de ses organisateurs en chiffres de fréquentation. Hourra donc ! Il y eut aussi des guides remplis de conseils et d’astuces, quelques parutions de livres de recettes, beaucoup de blogues, plusieurs ouvertures d’épiceries en vrac et une poignée de gros épiciers qui ont décidé de s’y mettre un peu. Nous voilà donc bien disposés pour continuer à changer nos pratiques, et tout Montréalais devrait avoir son bac brun pour composter d’ici 2019. Toutefois, un travers nous guette. Celui de ne pas penser à la réduction des déchets en amont de la chaîne. Avec la petite boîte à compost non loin du comptoir de cuisine, nous avons tendance à jeter en nous déculpabilisant…

Les légumes s’assument

Jamais nous n’aurons vu et salivé devant autant de beaux et bons plats de légumes ! Des livres à la fois simples et créatifs comme Légumes, ils vont vous surprendre de Maïtena Biraben (chez Marabout) reste sur le comptoir de cuisine une fois qu’on a testé plusieurs recettes. Devant cet engouement pour les légumes et toutes les étiquettes associées (flexitarien, végétalien, végane…), un nouveau vocable est apparu : végétal. Oui, l’année 2017 fut végétale et la prochaine le sera sans doute aussi. D’autant plus que la filière viande québécoise éprouve certaines problématiques internes. Comme la fermeture de plusieurs abattoirs régionaux qui font que certaines de nos bêtes doivent parcourir des kilomètres. Ce qui n’est pas bon du tout pour leur bien-être…

Passé et modernité

La sensibilisation au gaspillage alimentaire nous a replongés dans les placards de papi et mamie. On redécouvre d’anciennes méthodes de conservation, on réactualise certains savoir-faire, on se dit que décidément, c’était plein de bon sens. Parallèlement, l’innovation se poursuit ; de nouveaux procédés sont mis au point pour prolonger la durée de certains aliments. Quant à la technologie blockchain, le protocole informatique utilisé pour le bitcoin (monnaie virtuelle), elle intéresse le secteur de l’agroalimentaire. Le fait que tous les acteurs d’une chaîne alimentaire puissent entrer leurs informations dans une immense base de données à la fois publique, sécurisée et infalsifiable (les blocs d’informations qui s’empilent chronologiquement ne sont pas centralisés) permettrait de suivre précisément chaque étape du parcours d’un aliment (production, transformation, transport, entreposage, etc.). Outre le concept de transparence mis en avant par les multinationales, cela permettrait de repérer les éventuelles failles dans le système (fraude, anomalie dans un produit, température d’entreposage inadéquate…).

Désucrer

Photo: Jeff Chiu Associated Press À Montréal, les boissons sucrées finissent l’année non pas en beauté, mais dans la ligne de mire de notre mairesse, Valérie Plante.

Depuis plusieurs années, l’Organisation mondiale de la santé somme les gouvernements de taxer davantage les boissons sucrées afin d’agir contre l’obésité, le diabète et la carie dentaire. À Montréal, les boissons sucrées finissent l’année non pas en beauté, mais dans la ligne de mire de notre nouvelle mairesse. Valérie Plante et son équipe ont en effet décidé de passer à l’« attaque ». Progressivement, puisque la Ville de Montréal entend éliminer dans un premier temps les boissons sucrées présentes dans les bâtiments publics municipaux tels que les arénas, bibliothèques, piscines…

La politique s’en mêle

Nous avons eu le droit cette année à plusieurs rencontres ou consultations en ligne nous demandant de partager nos attentes quant à ce que devraient contenir les deux futures politiques alimentaires : la politique alimentaire pour le Canada (le « porteur » de l’initiative étant Agriculture et Agroalimentaire Canada) et la politique bioalimentaire pour le Québec (ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec). L’année 2018 sera donc l’année des résultats ; du moins pour la future politique québécoise, dont le dépôt est attendu au printemps prochain. Par ailleurs, fin novembre, l’agglomération montréalaise s’est dotée d’un Conseil des politiques alimentaires. Il s’agit en fait de l’ancien SAM (Système alimentaire montréalais), un réseau de plus de 250 partenaires locaux et régionaux en alimentation qui a évolué en Conseil des politiques alimentaires montréalais. À travers cette nouvelle entité qui agira comme expert-conseil auprès des décideurs municipaux de l’agglomération montréalaise, on vise un système alimentaire plus équitable, durable et collaboratif.

Inspirants petits modèles

Les fermes qui prônent un autre modèle agricole — notamment celui de la diversification malgré leur petite taille, sans l’emploi de produits phytosanitaires ou le choix de cultures OGM — ont connu une année relativement riche en documentaires ou en bédéreportages. On a notamment pu voir ou entendre, dans ces traitements autres que textuels, les intéressés expliquer leur démarche, leur quotidien, malgré les aberrations de notre système agricole actuel et leur vision de la façon de nourrir la planète dans le futur. Les petits réseaux, les petites formules comme des services de livraison à domicile de paniers de fermiers, tous ces nouveaux circuits alimentaires qui prennent des raccourcis pour rejoindre directement leur public devraient se manifester encore plus en 2018.