Le tour du lac Saint-Jean en «fat bike»

Au club Tobo-Ski de Saint-Félicien, on trouve un réseau de 27 kilomètres réservés au vélo joufflu.
Photo: Maxime Bilodeau Au club Tobo-Ski de Saint-Félicien, on trouve un réseau de 27 kilomètres réservés au vélo joufflu.

David Lecointre est peut-être le plus atypique des Jeannois. Ce Belge d’origine arrive au Québec en 2000 et s’établit à Girardville, au nord du lac Saint-Jean, en pleine forêt boréale. Formation en tourisme en poche, il mise sur les promenades en traîneau à chiens plutôt que sur la motoneige comme gagne-pain. L’audace paie : en 2007, on lui offre la direction générale de la Véloroute des Bleuets, un circuit cyclable en boucle de 256 kilomètres qui attire chaque été plus de 250 000 cyclistes autour du lac Saint-Jean. Ce poste, il l’occupe toujours, malgré un bref intermède entre 2011 et 2015.

C’est justement pendant cette pause qu’il a accouché de son idée la plus givrée : la Traversée du lac Saint-Jean à vélo — d’hiver, il va sans dire. « Des nageurs traversent ses 32 kilomètres chaque année depuis 1955. Pourquoi pas des cyclistes ? » fait-il valoir en entrevue au Devoir, dans une cabane chauffée du Village sur glace de Roberval. Du 15 au 17 février prochain, c’est d’ici que s’élanceront vers Péribonka quelque 300 coureurs et aventuriers lors de la 5e édition de la Traversée, « the ultimate Canadian winter cycling adventure », dixit le magazine Canadian Cycling.

Tout un contraste avec la première édition de l’épreuve, à laquelle à peine 22 courageux ont participé en 2014. Au final, seule une poignée a rallié la ligne d’arrivée huit heures plus tard, le reste ayant abandonné pour cause de blizzard. « C’est vraiment la météo qui fait l’événement », explique David Lecointre, en référence à cette épopée d’anthologie (heureusement) immortalisée dans un court métrage d’une dizaine de minutes qu’on peut visionner en ligne. « Tu ne sais jamais à quoi t’attendre d’une année à l’autre », renchérit Clément Ferland, un vétéran de la première heure.
 

Visionnez un récapitulatif de la traversée du lac Saint-Jean à vélo de 2014

 

 

Ce matin-là de janvier, en reconnaissance sur le parcours balisé et entretenu de la Traversée, je comprends de quoi ils parlent. Le thermomètre, qui affiche –25 °C, commande de s’habiller comme un pêcheur sur glace. Il fait encore plus froid au guidon de mon vélo à pneus surdimensionnés (VPS), sur lequel je ne ménage pas les efforts, question de générer une précieuse chaleur. L’inconfort vaut la chandelle : autour de moi, un désert de glace s’étend à perte de vue. Seul le bruit de la traction de mes pneus brise la quiétude.

Tutoyer les anges

Photo: Maxime Bilodeau

Cette mise en bouche met la table pour la suite de « mon » tour hivernal du lac Saint-Jean. L’objectif : visiter chacune des adresses qui entretiennent méticuleusement des sentiers de bécane dodue. En tout, ce sont environ 80 kilomètres déneigés, compressés et raclés dans quatre centres répartis aux quatre coins de la région. Pour réaliser ce marathon sur deux roues, l’automobile est incontournable — on ne peut malheureusement suivre le circuit de la Véloroute des Bleuets, tantôt condamné par l’emprise ferroviaire du Canadien National, tantôt emprunté par des motoneiges pétaradantes.

Premier arrêt sur la route 169 : le club Tobo-Ski, à Saint-Félicien. Sur le territoire de ce domaine skiable, on trouve un réseau de 27 kilomètres réservé au vélo joufflu, « le plus complet au Lac », me jure la faune locale. Mon guide Nelson Leblanc, aussi responsable de l’entretien des sentiers, achève de me convaincre : « Il y en a vraiment pour tous les goûts au Tobo, c’est ce qui fait sa force. » Dès le départ dans le sentier du Sous-Bois, une boucle paisible de 4 kilomètres, le charme opère. Alors que nous filons en direction de la rivière de l’Ours, de timides rayons de soleil percent au travers des épinettes noires et des pins gigantesques. Dans la descente ponctuée de longs virages, nos gros vélos atteignent des vitesses impressionnantes.

Une fois le cours d’eau enjambé, nous tutoyons les anges dans la montée du même nom. Grimper une côte au guidon d’un vélo gras de plusieurs dizaines de kilogrammes n’est pas une sinécure. Il faut en conquérir chaque mètre à la seule puissance de ses jarrets, tout en s’assurant que ses pneus mous mordent suffisamment. Un moment d’inattention et on vire dans le beurre. Plus tard, lorsque nous repasserons dans les parages sur le chemin du retour, la difficulté sera tout autre : demeurer sur nos montures ! Sous peine d’effectuer un vol plané dans le décor — comme moi.

Charmes multiples

Photo: Nelson Leblanc

Le centre plein air Do-Mi-Ski, à Dolbeau-Mistassini, est d’une tout autre facture. Ici, les fatteux côtoient de près les amateurs de ski de fond sur les 21 kilomètres que compte le réseau. Comme le centre est à un jet de pierre du centre-ville, l’impression de s’enfoncer loin dans la nature est moindre. « Nous prévoyons d’aménager des singletracks dans les prochaines années, afin de corriger cela », indique cependant Dave Lamontagne, coordonnateur sportif. Reste que de pédaler sur les rives escarpées de la rivière aux Rats, propice à la pratique du rafting, a son charme.

Tout comme celui de visiter une microbrasserie au beau milieu d’une randonnée de fat bike. Depuis cet hiver, l’entreprise Équinox Aventure, à Alma, propose un forfait hivernal vélo et bière inspiré de ce qu’elle offre déjà durant la saison estivale. « L’activité d’une demi-journée emprunte un itinéraire de quelques kilomètres entre le centre de villégiature Dam-en-Terre et la microbrasserie de Riverbend, où une palette de dégustation attend les cyclistes », dit Hugue Ouellet, propriétaire d’Équinox Aventure. Une carte est remise aux participants, au cas où la boisson houblonnée ferait des ravages…

On boucle la boucle à la station de ski Mont Lac-Vert, à Hébertville. Là-bas, le responsable du développement de la montagne, Denis Dolbec, affiche l’air fatigué de celui qui est resté debout toute la nuit — ce qui est d’ailleurs le cas. « Nous travaillons d’arrache-pied depuis tôt ce matin afin que les 21 kilomètres de sentiers de VPS soient impeccables », nous confirme-t-il. Son standard de qualité ? « Qu’on retrouve l’apparence de velours cordé propre aux pistes de ski alpin partout dans le réseau », lance-t-il. La montée de plusieurs dizaines de minutes jusqu’en haut de la montagne le confirme : c’est mission accomplie.

Ce voyage a été effectué grâce à l’aide de Tourisme Saguenay–Lac-Saint-Jean.

Carnet d’adresses

Traversée du lac Saint-Jean à vélo : velosurlac.com

Club Tobo-Ski : ville.stfelicien.qc.ca/fr/citoyens/corporation-municipales/tobo-ski

Centre plein air Do-Mi-Ski : www.domiski.com

Équinox Aventure : http://equinoxaventure.ca/fr/index

Mont Lac-Vert : http://www.montlacvert.qc.ca/index

La location de fat bike est possible à chacune de ces adresses.