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    C’est du sport!

    À l’unisson

    Jean Dion
    21 juin 2016 |Jean Dion | Soccer | Chroniques

    Il se révèle radicalement difficile de regarder dans le blanc des yeux le présent Euro de foot et de ne pas s’amouracher de l’équipe d’Islande. Bien sûr, on a toujours un faible pour les négligés et, là, on en tient un vrai.

     

    Il y a aussi la musique des noms. Et l’Islande produit du joli son, littéralement. Examinez-moi un peu cet effectif du tonnerre de plusieurs dieux : Halldórsson, Saevarsson, Hauksson, Hermannsson, Ingason, Sigurdsson, Gudmundsson, Bjarnason, Magnússon, Sigurdsson, Finnbogason, Kristinsson, Jónsson, Árnason, Bödvarsson, Sigurjónsson, Gunnarsson, encore Bjarnason, encore Magnússon, Hallfredsson, Traustason, Skúlason.

     

    S’il n’y avait un égaré en Gudjohnsen — sans doute une erreur de transcription à la naissance — et si je cédais à mes vieux démons en sombrant dans l’enfer du calembour bas de gamme, je vous dirais que cette Islande joue à l’unisson. Dommage d’ailleurs qu’il n’y ait pas un quelconque milieu de terrain qui s’appelle Únisson.

     

    En outre, l’Islande a jusqu’à maintenant livré deux matchs nuls. En général, l’humanité réprouve les verdicts nuls parce qu’elle n’apprécie pas les zones de gris, mais le match nul est là pour rappeler à tout un chacun que la vie n’est pas ainsi faite, qu’il est parfaitement possible d’avoir passé les deux dernières heures à tenter quelque chose qui n’a finalement rien donné. C’est bien de valeur, mais ça arrive. Tenez, pas plus tard que l’autre jour, je me suis mis en frais de monter une pièce d’ameublement suédoise et je me suis ramassé peu après sur le divan, qui lui n’a pas été acheté en pièces détachées, de mon psy, qui a établi un diagnostic de frustration dans la région et m’a refilé une facture aussi salée qu’une assiettée d’anchois de la mer du Nord. Quant à la pièce d’ameublement, elle m’a inoculé un sentiment d’incomplétude surchoix.

     

    Ce fut donc 1-1 contre le Portugal et 1-1 contre la Hongrie. Et il faut le dire, je n’étais pas le seul à être fru : Cristiano Ronaldo l’était aussi, et peut-être plus. Après le match, il a dit que l’équipe islandaise entretenait de petites ambitions et appliquait un strict verrou défensif ennuyant à observer et pratiquement déloyal parce qu’elle n’aurait pas vraiment cherché à gagner. Ce qui a amené quelques esprits espiègles à dire qu’aux côtés du Brennivín, cette eau-de-vie de pomme de terre aromatisée au carvi, figurent désormais les larmes de Ronaldo à titre de boisson nationale.

     

    D’autres âmes calculatrices ont salué l’exploit en soulignant que l’Islande compte quelque 330 000 habitants alors que Ronaldo est suivi par 43,3 millions de personnes sur les Twitters et avait, à 18 h 11 lundi, 112 483 456 mentions « J’aime » sur les Facebooks. Son salaire annuel de base de 17 millions d’euros avec le Real Madrid fait par ailleurs en sorte qu’il touche chaque semaine à peu près autant d’euros qu’il y a d’Islandais.

     

    Mais ça ne va pas très bien pour Ronaldo dans le tournoi. Face à l’Autriche samedi, il a raté un penalty à la 78e minute en expédiant le ballon tout droit sur le poteau gauche du filet puis, peu après, un but qu’il venait apparemment de marquer a été annulé en raison d’un hors-jeu causé par personne d’autre que lui-même. Résultat : 0-0, et le Portugal ferait bien de s’imposer devant la Hongrie mercredi s’il ne veut pas quitter prématurément l’Hexagone alors qu’il était largement favori pour survoler le groupe F.

     

    Quant aux joueurs des Strákamir okkar (Nos garçons) et à leurs fervents partisans — il est estimé qu’ils sont environ 26 000, soit 8 % de la population totale du pays insulaire, à avoir fait le voyage en France pour assister au match —, ils tenteront de poursuivre leur improbable quête contre l’Autriche. Et s’ils y parviennent, nous pourrons nous offrir une solide lampée de Brennivín, et peut-être de nouvelles larmes du grand CR7.













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