C'est du sport! - Ça ne s’arrêtera jamais
Remarquez, ce n’est pas entièrement sa faute, à l’arbitre. Il a un terrain gigantesque à couvrir, il court comme un malade et il a 22 joueurs en déplacement incessant à surveiller. Comparaison : au baseball, il y a un arbitre pour chaque but — et les buts sont immobiles —, et ils trouvent quand même le moyen de se tromper de temps à autre. Imaginez maintenant le pauvre gars à bout de souffle, de la sueur dans les yeux, avec la pression insoutenable de détenir l’autorité suprême, à 3000 pieds de l’action.
Mais le foot est comme ça, un peu coincé dans ses traditions. Lorsque l’arbitre décerne un carton, il le note dans un petit calepin avec un crayon à mine. À la fin des demies, on ajoute du temps à la mitaine, et on ne sait jamais quand exactement le sifflet retentira. Et il n’y a toujours qu’un seul officiel à l’intérieur du terrain à une époque où les caméras de télévision saisissent le moindre détail et ont de plus en plus d’occasions de le faire mal paraître (l’arbitre, pas le détail).
Selon Platini, s’il y a davantage de buts avec un arbitrage à cinq — les deux arbitres supplémentaires sont postés derrière les filets —, c’est que les infractions, notamment l’accrochage de maillot dans la zone de réparation, sont réduites. Il appelle cela « la peur du gendarme ».
Mais comme tous ces arbitres sont des humains par essence faillibles — on l’a encore vu hier pendant Angleterre-Ukraine, but refusé à tort —, pourquoi, ont suggéré plusieurs, ne pas avoir recours à la technique qui fait tant par ailleurs pour ensoleiller nos vies de tous les jours, de la brosse à dents électrique à la station spatiale internationale, de la déchiqueteuse de documents confidentiels à la Zamboni ? Il existe, après tout, une machine capable de détecter si le ballon a bel et bien franchi la ligue des buts, à défaut de pouvoir déterminer si ce dernier joueur qui vient de plonger et qui se trouve à l’article de la mort mais qui se relèvera frais comme un poussin du printemps dans quelques instants lorsqu’il constatera que l’arbitre est prêt à le laisser crever sans même dire à l’adversaire d’y aller mollo.
Cette technologie, du reste, devrait bientôt recevoir l’aval de la FIFA (principale objection : tous les pays n’ont pas les moyens de se l’offrir et il ne faudrait pas que les matchs disputés sous l’égide de la Fédération le soient avec deux sortes de règlements). Mais Platini ne l’aime pas, pas pour elle-même mais pour ce qu’elle pourrait entraîner : « La technologie sur la ligne de but, ce n’est pas le problème. Le problème, c’est l’arrivée de la technologie car après, il faudra de la technologie sur main ou pas main, et puis sur le hors-jeu qui aurait pu se produire, etc. Ce sera comme ça sans fin, ça ne s’arrêtera jamais, c’est ça mon problème. »
Sauf que bien sûr, dans plusieurs autres sports on a recours à la technique tout en la limitant à certains aspects du jeu bien particuliers. On n’en est pas précisément rendu aux robots qui arbitrent les matchs, quiqu’on puisse se demander si ce ne serait pas une maudite bonne affaire, comme ce serait une bonne affaire si nous avions des robots pour repasser nos débarbouillettes et poser nos châssis doubles et tout faire à notre place pour que nous entrions enfin dans cette foutue société des loisirs sans plans d’austérité ni loi 78 ni obligation d’apporter un correctif parce que j’ai écrit hier que le quart de finale Allemagne-Grèce avait lieu jeudi alors que c’est bel et bien vendredi ni rien.
En attendant, l’équipe de France doit cependant retrouver son aplomb après cette dégelée de 0-2 hier. C’est du moins ce que des sources d’origine hexagonale qui ont passé une sale journée soutiennent.







