C'est du sport! - La paix de l'âme
Il y a des histoires, comme celle-ci, qui ne s'inventent juste pas.
Le 27 avril 1993, une tragédie a frappé la Zambie. Son équipe nationale de soccer devait se rendre au Sénégal pour y disputer un match de qualification en vue de la Coupe du monde présentée l'année suivante. L'avion qui transportait le club a fait escale à Libreville, au Gabon. Puis, au redécollage, problème de moteur, erreur de pilotage probablement due à la fatigue, l'appareil s'est écrasé dans l'océan. Tous les passagers, dont 18 joueurs, et les membres d'équipage sont morts, 30 personnes en tout.
Mais l'heure de Kalusha Bwalya, elle, n'était pas encore venue. Le capitaine et meilleur joueur des Chipolopolo — «balles de cuivre» —, alors âgé de 30 ans, jouait à ce moment pour le PSV Eindoven, aux Pays-Bas, et il avait reçu l'autorisation de prendre un autre vol pour gagner Dakar. Le destin.
Il n'y avait plus d'équipe. Bwalya a pris sur lui d'en reconstruire une nouvelle. Et il n'a pas raté son coup, si bien que, moins d'un an plus tard, la Zambie atteignait la grande finale de la Coupe d'Afrique des nations (CAN) de 1994, où elle s'inclinait 2-1 devant le Nigeria.
Bwalya occupe aujourd'hui la fonction de président de l'Association zambienne de football, et l'avènement de 2012 lui permettait d'espérer un rendez-vous bien particulier. Son équipe s'était qualifiée pour le tournoi final de la CAN au Gabon et en Guinée équatoriale, dont le match ultime se déroulerait au Stade de l'Amitié, à Libreville.
Après des années difficiles, les Chipolopolo tenaient mordicus à se rendre cette fois jusqu'au bout: question de fierté, bien entendu, mais aussi d'apaiser enfin les âmes des défunts de la génération perdue par-delà près de deux décennies.
Les Zambiens ont terminé au premier rang de leur groupe, puis ont battu le Soudan. Mercredi dernier, ils ont surpris le Ghana, quart-de-finaliste du Mondial il y a deux ans, au score de 1-0, obtenant leur ticket tant convoité pour Libreville.
À leur arrivée dans la capitale gabonaise, ils se sont rendus sur la plage près du lieu de l'écrasement de 1993 pour se recueillir et déposer des couronnes de fleurs.
Puis, dimanche soir, ils se sont retrouvés en finale face aux puissants Éléphants de la Côte-d'Ivoire. Ceux-ci, comptant sur une flopée de joueurs d'élite évoluant dans les grandes ligues européennes et menés par le grand Didier Drogba, étaient donnés largement favoris pour l'emporter. Jusque-là dans le tournoi, ils avaient gagné tous leurs matchs et n'avaient accordé aucun but.
Mais les Zambiens ont tenu leur bout et, grâce notamment à un penalty raté par Drogba en deuxième mi-temps, on en était toujours à 0-0 après 120 minutes. Direction les tirs de barrage.
Dur sur les nerfs, vous dites? Après les cinq premiers tirs de part et d'autre, c'était... 5-5. Après six, 6-6. Après sept, 7-7. Les joueurs sur la touche ne se pouvaient carrément plus et devaient avoir recours aux chants ou aux prières pour tenir le coup.
À la huitième reprise, coup de théâtre, Kolo Touré de Manchester City se fait bloquer par Kennedy Mweene. Mais Rainford Kalaba passe par-dessus la barre transversale. À la neuvième, Gervinho d'Arsenal est hors cadre sur la droite. Il reviendra à Stoppila Sunzu de trancher le débat. 8-7 au terme d'une séance de plus de 17 minutes!
Après le match, le sélectionneur français de la Zambie, Hervé Renard, a déclaré: «Je leur ai dit que si nous atteignions la finale, nous jouerions près de l'endroit où l'avion s'est écrasé. C'était spécial pour eux. Ils ont trouvé la force. Je ne sais pas où.»
Hier, les Chipolopolo, champions d'Afrique contre toute attente, sont rentrés à Lusaka en liesse. Les vivants, Kalusha Bwalya en tête, ont célébré, et les morts ont trouvé la paix. Il y a un film à faire avec ça.
Le 27 avril 1993, une tragédie a frappé la Zambie. Son équipe nationale de soccer devait se rendre au Sénégal pour y disputer un match de qualification en vue de la Coupe du monde présentée l'année suivante. L'avion qui transportait le club a fait escale à Libreville, au Gabon. Puis, au redécollage, problème de moteur, erreur de pilotage probablement due à la fatigue, l'appareil s'est écrasé dans l'océan. Tous les passagers, dont 18 joueurs, et les membres d'équipage sont morts, 30 personnes en tout.
Mais l'heure de Kalusha Bwalya, elle, n'était pas encore venue. Le capitaine et meilleur joueur des Chipolopolo — «balles de cuivre» —, alors âgé de 30 ans, jouait à ce moment pour le PSV Eindoven, aux Pays-Bas, et il avait reçu l'autorisation de prendre un autre vol pour gagner Dakar. Le destin.
Il n'y avait plus d'équipe. Bwalya a pris sur lui d'en reconstruire une nouvelle. Et il n'a pas raté son coup, si bien que, moins d'un an plus tard, la Zambie atteignait la grande finale de la Coupe d'Afrique des nations (CAN) de 1994, où elle s'inclinait 2-1 devant le Nigeria.
Bwalya occupe aujourd'hui la fonction de président de l'Association zambienne de football, et l'avènement de 2012 lui permettait d'espérer un rendez-vous bien particulier. Son équipe s'était qualifiée pour le tournoi final de la CAN au Gabon et en Guinée équatoriale, dont le match ultime se déroulerait au Stade de l'Amitié, à Libreville.
Après des années difficiles, les Chipolopolo tenaient mordicus à se rendre cette fois jusqu'au bout: question de fierté, bien entendu, mais aussi d'apaiser enfin les âmes des défunts de la génération perdue par-delà près de deux décennies.
Les Zambiens ont terminé au premier rang de leur groupe, puis ont battu le Soudan. Mercredi dernier, ils ont surpris le Ghana, quart-de-finaliste du Mondial il y a deux ans, au score de 1-0, obtenant leur ticket tant convoité pour Libreville.
À leur arrivée dans la capitale gabonaise, ils se sont rendus sur la plage près du lieu de l'écrasement de 1993 pour se recueillir et déposer des couronnes de fleurs.
Puis, dimanche soir, ils se sont retrouvés en finale face aux puissants Éléphants de la Côte-d'Ivoire. Ceux-ci, comptant sur une flopée de joueurs d'élite évoluant dans les grandes ligues européennes et menés par le grand Didier Drogba, étaient donnés largement favoris pour l'emporter. Jusque-là dans le tournoi, ils avaient gagné tous leurs matchs et n'avaient accordé aucun but.
Mais les Zambiens ont tenu leur bout et, grâce notamment à un penalty raté par Drogba en deuxième mi-temps, on en était toujours à 0-0 après 120 minutes. Direction les tirs de barrage.
Dur sur les nerfs, vous dites? Après les cinq premiers tirs de part et d'autre, c'était... 5-5. Après six, 6-6. Après sept, 7-7. Les joueurs sur la touche ne se pouvaient carrément plus et devaient avoir recours aux chants ou aux prières pour tenir le coup.
À la huitième reprise, coup de théâtre, Kolo Touré de Manchester City se fait bloquer par Kennedy Mweene. Mais Rainford Kalaba passe par-dessus la barre transversale. À la neuvième, Gervinho d'Arsenal est hors cadre sur la droite. Il reviendra à Stoppila Sunzu de trancher le débat. 8-7 au terme d'une séance de plus de 17 minutes!
Après le match, le sélectionneur français de la Zambie, Hervé Renard, a déclaré: «Je leur ai dit que si nous atteignions la finale, nous jouerions près de l'endroit où l'avion s'est écrasé. C'était spécial pour eux. Ils ont trouvé la force. Je ne sais pas où.»
Hier, les Chipolopolo, champions d'Afrique contre toute attente, sont rentrés à Lusaka en liesse. Les vivants, Kalusha Bwalya en tête, ont célébré, et les morts ont trouvé la paix. Il y a un film à faire avec ça.







