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    Et puis euh - Petites bêtes

    13 juillet 2010 |Jean Dion | Soccer
    Même pas 24 heures que la Coupe du monde FIFA Afrique du Sud 2010 est terminée au moment d'écrire ces lignes, et on s'ennuie. Comme une sorte de vague sentiment de manque. Le fond de l'air est rempli de vide: on n'entend plus les vuvuzelas. C'est qu'on finit par s'attacher à ces petites bêtes-là, qui nous permettent d'oublier ce que Camus appelait «le silence déraisonnable du monde».

    Or, tenez, il ne peut s'agir d'une coïncidence, je reçois à l'instant un communiqué de Today Translations, une entreprise londonienne qui a mené une enquête auprès de 320 linguistes, stratégiquement postés dans une soixantaine de pays, sur les mots du Mondial.

    Et quel vocable retient la faveur de la majorité comme étant celui qui s'est le plus imposé au vocabulaire international, vous pensez? En plein cela: «vuvuzela», l'instrument dont la planète entière ou presque ignorait jusqu'à l'existence il y a un mois et demi. La trompette omniprésente a reçu 75 % des suffrages exprimés.

    «Quand les matchs et les buts seront depuis bien longtemps oubliés, on se souviendra de la "Coupe du monde vuvuzela"», a déclaré la directrice de Today Translations, Jurga Zilinskiene. «Grâce au Mondial, "vuvuzela" a fait son entrée dans le langage universel et fait maintenant partie des mots qui n'ont pas besoin de traduction.»

    On notera que l'étymologie du mot ne brille pas par sa limpidité. Des recherches en labo sous la surveillance d'observateurs externes concluent tantôt qu'il s'agit d'un mélange de «zela», «souffler» en langue zouloue, et de l'onomatopée «vu», rappelant le bourdonnement que produit le bidule, tantôt qu'il rend plutôt une expression zouloue signifiant à peu près «enterrer son voisin sous un vacarme de tous les diables jusqu'à ce qu'il demande pitié».

    «Waka», du titre de la toune-thème du tournoi interprétée par Shakira, Waka Waka, a pour sa part récolté 12 % des appuis. Selon des sources, il s'agirait d'un mot en dialecte camerounais fang signifiant «fais-le». Le tube a connu un grand succès et a atteint la première place des palmarès dans plusieurs pays.

    Suivent, avec 4 % des voix chacun, «jabulani», le ballon controversé qui a été utilisé pendant les joutes, terme zoulou équivalant à «être joyeux», «festoyer»; «Zakumi», le nom de la mascotte de la Coupe du monde, un léopard jaune aux cheveux verts, qui résulte de l'agglutination de «za», le code ISO 3166-1 alpha-2 — hé, est-ce qu'on en apprend des affaires grâce au merveilleux monde du sport™, oui ou oui? — de l'Afrique du Sud, et de «kumi», qui signifie «dix» dans plusieurs langues africaines; et «Bafana», «garçons» en zoulou, qui, redoublé, donne «Bafana Bafana», le surnom de la sélection sud-africaine, proposé dès 1992 par un journaliste de Soweto, Sbu Mseleku, pour désigner l'équipe très jeune qui s'intégrait à la scène internationale après la fin de l'apartheid.

    La prochaine fois, nous verrons que si vous émettez ces précieuses informations au moment opportun dans un 5 à 7 huppé, vous avez la certitude de n'en pas repartir seul(e).

    ***

    Puisqu'il est question de petites bêtes, penchons-nous une dernière fois sur le cas de Paul la pieuvre qui, lui, a fait son entrée par la grande porte dans le Who's Who du monde animal universel. Pour ceux et celles qui auraient été privés d'accession à une information de qualité et sérieuse, mentionnons que Paul, un poulpe en résidence à l'aquarium Sea Life d'Oberhausen, dans l'ouest de l'Allemagne, a prédit avec exactitude le résultat de huit matchs de la Coupe du monde, soit les sept de la Mannschaft (cinq victoires, deux défaites) et la grande finale Espagne-Pays-Bas.

    Pour connaître les choix de Paul, les employés faisaient descendre dans sa cuve deux boîtes, aux couleurs de chacune des équipes s'affrontant dans un match donné, contenant de la nourriture, en l'occurrence des moules. La première boîte qu'il ouvrait donnait l'identité du futur gagnant.

    Au fil des jours, Paul a hérité de multiples sobriquets: le poulpe oracle, le pronostiqueur à tentacules, le consultant sous-marin en football, le céphalopode extralucide, le mollusque devin, le vaticinateur octopode. Il est devenu une star internationale et, vendredi, quelque 600 chaînes de télévision ont diffusé ses prédictions.

    Il ne s'est pas fait que des amis, plusieurs supporteurs allemands, fâchés de ce qu'il ait anticipé la défaite de la Mannschaft face à l'Espagne en demi-finale, faisant circuler dans les Internets des recettes de pieuvre sur le barbecue, sautée à la poêle ou en salade. Des Espagnols lui ont offert l'asile politique au cas où il serait soumis à des persécutions dans son pays d'adoption, lui qui est né en Grande-Bretagne.

    Or, hier, Paul a annoncé qu'il prenait sa retraite. «Il a beaucoup aimé l'attention» qu'on lui a portée, a déclaré Tanja Munzig, porte-parole de l'aquarium, à l'Agence France-Presse. «Mais maintenant, il va reprendre son boulot d'avant, soit enthousiasmer de nombreux visiteurs et faire naître des sourires sur les visages des enfants.»

    Parlez-moi de ça, avoir le courage et la classe de partir en pleine gloire. De toute manière, Paul ne se rendra vraisemblablement pas jusqu'au prochain Euro. Il est âgé de deux ans et demi, et l'espérance de vie de ce type de pieuvre étant d'environ trois ans, il ne lui reste que quelques mois sur cette Terre.

    Mais il ne faudrait pas se surprendre qu'on lui consacre un film, dont le titre, même si ses prestations furent bien réelles, est tout trouvé: Poulpe Fiction. Scusez-la.
     
     
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