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Coupe du monde 2010 - L'Espagne a sa génération en or

12 juillet 2010 | Jean Dion | Soccer
La Furia Roja a eu raison des Pays-Bas par la marque de 1 à 0 en finale hier.<br />
Photo : Agence Reuters Dylan Martinez La Furia Roja a eu raison des Pays-Bas par la marque de 1 à 0 en finale hier.
Un houleux débat de société perdure quant à l'identité de celui qui a le premier eu l'idée d'appeler le soccer The Beautiful Game, mais ce dernier, s'il est toujours de ce monde, a eu 90 bonnes minutes, en ce dimanche de finale de la Coupe du monde, pour se demander s'il ne s'était pas un peu trompé. Du jeu intense, certes, mais bonté, quel carnage. Peut-être s'agissait-il d'une illusion imputable à une exposition pendant un mois au tintamarre de fond des vuvuzelas, mais il semblait qu'on voyait plus souvent le maillot bleu ciel de l'officiel Howard Webb qui fouillait dans sa poche à la recherche de jaune que les joueurs en orange ou en rouge (eux qui portaient d'ailleurs, sans doute par esprit de contradiction, un uniforme marine).

Heureusement, ça s'est amélioré en prolongation, mais histoire d'alimenter les discussions à l'infini, il aura fallu une erreur d'arbitrage, une autre dans un tournoi qui avait déjà souffert de plusieurs mauvaises décisions à des moments clés, pour susciter la controverse. Sur la séquence menant au but décisif d'Andres Iniesta à la 116e minute, le coup franc de Wesley Sneijder des Pays-Bas avait bel et bien touché un joueur espagnol dans le mur avant de rouler derrière la ligne de but. Ç'aurait dû être corner pour les Pays-Bas, mais M. Webb, dont paradoxalement l'Espagne redoutait la présence avant la rencontre parce que celui-ci avait fait l'objet de critiques après avoir dirigé la défaite de la Roja contre la Suisse en lever de rideau (0-1), ne l'a pas vu. Le défenseur Joris Mathijsen s'est d'ailleurs pris un carton jaune dès après le but tellement il était furax.

Voici donc les Espagnols abonnés au 1-0, score par lequel ils ont remporté toutes leurs joutes à élimination directe et sont devenus, avec huit buts en sept matchs, le champion du monde le moins prolifique de l'histoire. Là-dessus, on pourra observer que les Néerlandais ont un peu couru à leur propre perte, eux qui s'étaient mis dans de sales draps avec le deuxième jaune expulsant John Heitinga à la 109e et ont dû jouer les 10 minutes et des poussières restantes à court d'un homme.

Certains craignaient que la taille de l'enjeu et la présence de deux équipes qui n'avaient jamais accédé aux honneurs suprêmes ne fassent en sorte que l'on passe beaucoup de temps à s'étudier. La Roja a rapidement montré que cette tactique n'entrait pas dans ses intentions. Ils sont sortis fort, contrôlant le ballon comme c'est leur habitude. Dès la 5e minute, le gardien Maarten Stekelenburg devait se signaler sur un tir redirigé de la tête de Sergio Ramos. Un peu plus tard, Ramos et David Villa obtenaient aussi de bonnes chances, alors que l'adversaire paraissait débordé et se cantonnait dans la longue remise.

Puis les Néerlandais ont semblé se dire hé, ça va faire le niaisage, on ne va tout de même pas les laisser agir à leur guise, et la hargne s'est installée en milieu de terrain. Du sérieux à part ça. Cinq cartons jaunes en moins de 15 minutes, et on n'était pas encore au tiers du temps réglementaire que le carnet Webb (excusez-la) se trouvait déjà fort bien garni.

Il restait à Iker Casillas de plonger à sa gauche pour empêcher la frappe d'Arjen Robben de faire mouche dans les arrêts de jeu de la première demie pour qu'on rentre aux vestiaires sur un score vierge.

Robben voit rouge

Même défilé de jaunes en deuxième mi-temps, une période que préférera oublier l'attaquant Robben mais dont il se souviendra longtemps. Deux fois plutôt qu'une, de splendides balles lui sont expédiées, lui permettant de se trouver fin seul en possession du ballon derrière la défense adverse. Mais à chaque reprise, Casillas viendra se dresser devant lui, la première en tendant le pied in extremis. Villa disposera aussi d'un belle occasion à l'autre extrémité, mais son tir depuis l'embouchure sera dévié par un joueur allongé devant lui.

En prolongation, quatre autres cartons, pour un total de 14. Quatorze. Neuf contre les Pays-Bas, cinq contre l'Espagne. Mettons que les protège-tibias ont connu une grosse journée.

Quant à l'Espagne, la meilleure équipe au monde a réussi ce qu'elle avait fait auparavant: user son rival, et porter le coup de grâce tardivement. Contre le Portugal en huitièmes, c'était à la 63e minute; face au Paraguay en quarts, à la 83e; devant l'Allemagne en demies, à la 73e.

La Roja n'avait jamais fait mieux qu'une quatrième place en Coupe du monde, et encore était-ce à une époque aujourd'hui bien lointaine: 1950. Or voici sa génération en or détentrice du doublé, après avoir raflé l'Euro 2008. Seules l'Allemagne de l'Ouest (1972 et 1974) et la France (1998 et 2000) pouvaient jusque-là prétendre avoir été simultanément championnes d'Europe et du monde.

Les Pays-Bas, pour leur part, perdent une troisième finale, les deux premières ayant été aux mains du pays hôte, la RFA en 1974 et l'Argentine en 1978.

Et peu importe qui allait gagner cette joute, on savait déjà qu'il s'agirait de la première sélection européenne à mettre la main sur le titre mondial hors d'Europe.

Pour sa part, Paul la pieuvre, le pouple oracle de l'aquarium d'Oberhausen, en Allemagne, boucle son parcours Afrique du Sud 2010 avec un dossier parfait de huit prédictions exactes en huit tentatives.

Comme ils disent: Olé.
 
 
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