Hors-Jeux: À nous la Belgique
Photo : Agence Reuters
Les plongeuses Émilie Heymans et Blythe Hartley ont remporté hier la première médaille canadienne des Jeux olympiques d’Athènes. Le total de 327,78 points qu’elles ont cumulés à l’épreuve du plongeon synchronisé à la tour de 10 m leur a v
Quel autre nom peut-on donner à un très séduisant nageur?, me demandait plaisamment l'autre jour quelqu'une qui apprécie le visionnement de belles jeunesses en maillot moulant qui fendent l'écume à la vitesse du barracuda qui a oublié quelque chose sur le feu. Un pétard mouillé. (Le calembour est la fiente de l'esprit qui vole, disait jadis Victor Hugo, et j'ajouterai: l'éclabou de celui qui nage. Mais cette fois-là, je me tins coi.)
M'étant remémoré que j'avais rigolé comme un bossu de Notre-Dame pendant trois bons quarts d'heure, je songeai hier qu'en fait de pétard mouillé, Michael Phelps était en train dans le grand connaissement olympique de la marchandise non livrée. Mais c'est tout à fait injuste. Ce sont les médias qu'il faut blâmer, eux et leur inflation insensée pour vendre de la copie. Vous savez comment ils sont, les médias: ils annoncent sans demander votre avis que vous allez gagner 87 médailles d'or, et si vous en gagnez 86 et une d'argent, ils disent circulez y a rien à voir, avoir su on serait resté chez nous à couvrir de l'actualité locale qui touche vraiment les gens.
C'est comme pour le Canada. Pendant trois ans, onze mois et deux semaines, on se fout éperdument des sports olympiques sauf la lutte, et encore faut-il qu'elle soit arrangée, puis on exige du résultat. Avant qu'Émilie Heymans et Blythe Hartley ne se procurent un bronze hier en plongeon simultané, le message de la télé d'État se déclinait à peu près comme suit: bonjour mesdames messieurs, en fait bonjour c'est beaucoup dire, les deux derniers jours ont été exécrablement mauvais, aucune médaille pour le Canada, singulière déception, 30 millions de Canadiens nous ont écrit pour dire à quel point ils sont déçus, alors on s'en va à la natation, où rappelons-le le Canada n'a pas gagné de médaille et n'en gagnera pas, c'est un époustouflant désastre, et après on va à l'haltérophilie synchronisée où le Canada n'a pas de médaille, quelle catastrophe, on n'a pas encore entendu retentir O Canada, je pense que demain je vais apporter le microsillon et vous le faire jouer avant que vous n'oubliiez carrément que la toune existe, désappointement, désenchantement, déconvenue, c'est TRAGIQUE, ne manquez pas notre entrevue présentée par la petite vache bleue avec un athlète canadien qui, je le souligne, n'a pas gagné de médaille.
Aussi, merci Émilie et Blythe, vous permettez au Canada de rejoindre le Zimbabwe et la Mongolie au classement. Maintenant, à nous la Belgique, qui a deux podiums.
Phelps, donc, malgré son envergure de 79 pouces alors que sa taille en fait 76, une différence énorme propice aux exploits natatoires, a terminé troisième derrière Ian Thorpe et Pieter van den Hoogenband au 200 m style libre, dans ce qui était surnommé «la course du siècle». (En effet, les zexperts en toutes choses aquatiques ont tenu un concile à bulles — admirez la force de l'image, Victor H. aurait été content — et ont conclu qu'aucune autre course ne serait aussi intéressante d'ici au 31 décembre 2100.) Remarquez, il ne battra ni n'égalera la marque de sept titres olympiques réalisée par Mark Spitz quand les nageurs ne se rasaient même pas la moustache, mais ça lui fait un or et deux bronze à ce jour. Trois médailles, c'est quand même trois de plus que vous et moi en remporteront jamais même si le paquet voleur est admis un jour au programme des Jeux.
Néanmoins, c'est un peu décevant, a analysé le monsieur du réseau NBC. Il faut dire qu'il n'est lui-même que le 137e meilleur analyste au monde, ce qui fait qu'on ne peut pas être déçu de sa performance.
***
Au moins, Phelps et van den Hoogenband nagent en bonne vieille bedaine, alors que Thorpe, lui, se vêt d'une combinaison en téflon avec des écailles de squale qui provoque des ballounes sous le plexus solaire et améliore la flottaison. C'est drôle pareil, le monde entier réprouve l'ingestion de substances qui augmentent le rendement, mais se pâme devant les avancées technologiques qui permettent exactement la même chose.
D'ailleurs, si la chose vous intéresse, mes sources dans le domaine de l'ichtyologie de pointe m'indiquent qu'un uniforme comme celui de Thorpe est disponible en plusieurs chatoyants coloris et en trois parfums: salade de thon, saumon Wellington et fish & chips.
***
Notre équipe des noms les plus enchanteurs des Jeux de la XXVIIIe olympiade d'été s'enrichit de nouveaux membres. Nous avions déjà Pieter van den Hoogenband et le cycliste danois Bo Hamburger, on ajoute aujourd'hui la nageuse malgache Aina Andriamanjatoarimanana. J'espère qu'elle n'a pas d'objection à ce qu'on l'appelle par son prénom.
***
Je suis très persuadé dans mon forum intérieur qu'il vous arrive d'être péniblement ulcéré par une discussion avec une vague connaissance qui dit un mot de travers et vous obstine jusqu'au dernier service qu'il a raison. Par exemple, il énonce «de la soupe wong tong» et vous observez que ce n'est pas exactement ça et il répond «y a pas plus chinois que Wong, alors ce ne peut être que Wong, champion». Idem pour «la gente féminine» et, au tir à l'arc mettons, un «bourzaille».
Personnellement, si vous permettez, c'est le badminton transformé en «bagminton», en «badmington» ou en «bagmington». Aussi la rubrique «S'instruire en s'amusant», qui compulse compulsivement le Dictionnaire historique de la langue française Robert entre deux capsules performance Volkswagen, tient-elle aujourd'hui à mettre ippon la méprise qui bout.
«BADMINTON n. m. est emprunté (1898) à l'anglais badminton (1874), nom d'un jeu de volant d'abord pratiqué en 1873 dans l'établissement de bains de Badminton House, siège du duché de Beaufort dans le Gloucestershire, parmi les officiers de l'armée anglaise des Indes, Le succès du jeu en France a été à la fois limité et tardif, mais le mot s'est un peu répandu avec le jeu après 1960.»
Vieux de 2217 ans, 11 mois, 20 jours, 15 heures, 43 minutes, 58 secondes et neuf centièmes, le jeu s'appelait auparavant poona, du nom de la ville de Pune, au sud-est de Bombay. Avant d'être récupéré par les Britanniques, il florissait surtout en Asie de l'est, motif pour lequel il est dominé par les Indonésiens, entre autres. Si les Danois y excellent, c'est parce que le Danemark était autrefois situé dans la mer d'Okhotsk avant de se faire ramasser une plaque tectonique et de dériver.
Par ailleurs, le moineau de notre tendre enfance vient du fait qu'en anglais, le volant est souvent appelé bird. Il ne faut donc pas dire «moineau», mais vous pouvez employer le vocable «pigeon d'argile» si vous jouez au badminton dans un stand de tir, ce qui est déconseillé par le CIO dont la première priorité est la santé.
***
Dans la série «Arrête-moi donc ça toi là là», le prix du geste du jour revient à un juge non identifié de plongeon synchronisé. Rappelons les faits: les Mexicaines viennent de faire le dernier plongeon de la compétition, et on attend leurs notes avec une fébrilité à faire décoller la tapisserie pour voir si, enfin, si le Canada, qui n'a pas encore gagné de, va enfin gagner une. On attend encore, et on attend encore un peu plus.
C'est que le système de notation par ordinateur a gelé. (Allez savoir pourquoi, «l'informatique marche pas», j'ai eu une pensée pour Michel Chartrand.) On distribue donc aux juges des cartons numérotés comme dans le bon vieux temps. Le juge en question, allumé, montre un 9. Puis il se rend compte, oups, excusez, c'est pas ça, il est à l'envers! C'est de leur faute, il n'y a pas de petite barre sous le 9 comme à la Quotidienne à quatre chiffres! Est bonne, non? C'est un 6! Je leur donne un 6! Ha! Je voulais juste détendre l'atmosphère qui est à couper au couteau ici, non mais relaxez un peu!
Imaginez, s'il ne s'était pas rendu compte de sa méprise, vous auriez eu droit à vingt reportages avec Sylvie Fréchette pour qu'elle nous dise comment on se sent dans ce temps-là.
On notera aussi une déclaration de Michael Phelps, à qui son commanditaire Speedo avait promis un million de beaux dollars de la Fed s'il égalait Spitz: «Ça aide à se lever le matin.»
Et vous qui pensiez que l'olympisme était gratuit, je veux dire, à part les 10 milliards d'euros que cette magique quinzaine aura coûté aux bonnes gens de la Grèce.
M'étant remémoré que j'avais rigolé comme un bossu de Notre-Dame pendant trois bons quarts d'heure, je songeai hier qu'en fait de pétard mouillé, Michael Phelps était en train dans le grand connaissement olympique de la marchandise non livrée. Mais c'est tout à fait injuste. Ce sont les médias qu'il faut blâmer, eux et leur inflation insensée pour vendre de la copie. Vous savez comment ils sont, les médias: ils annoncent sans demander votre avis que vous allez gagner 87 médailles d'or, et si vous en gagnez 86 et une d'argent, ils disent circulez y a rien à voir, avoir su on serait resté chez nous à couvrir de l'actualité locale qui touche vraiment les gens.
C'est comme pour le Canada. Pendant trois ans, onze mois et deux semaines, on se fout éperdument des sports olympiques sauf la lutte, et encore faut-il qu'elle soit arrangée, puis on exige du résultat. Avant qu'Émilie Heymans et Blythe Hartley ne se procurent un bronze hier en plongeon simultané, le message de la télé d'État se déclinait à peu près comme suit: bonjour mesdames messieurs, en fait bonjour c'est beaucoup dire, les deux derniers jours ont été exécrablement mauvais, aucune médaille pour le Canada, singulière déception, 30 millions de Canadiens nous ont écrit pour dire à quel point ils sont déçus, alors on s'en va à la natation, où rappelons-le le Canada n'a pas gagné de médaille et n'en gagnera pas, c'est un époustouflant désastre, et après on va à l'haltérophilie synchronisée où le Canada n'a pas de médaille, quelle catastrophe, on n'a pas encore entendu retentir O Canada, je pense que demain je vais apporter le microsillon et vous le faire jouer avant que vous n'oubliiez carrément que la toune existe, désappointement, désenchantement, déconvenue, c'est TRAGIQUE, ne manquez pas notre entrevue présentée par la petite vache bleue avec un athlète canadien qui, je le souligne, n'a pas gagné de médaille.
Aussi, merci Émilie et Blythe, vous permettez au Canada de rejoindre le Zimbabwe et la Mongolie au classement. Maintenant, à nous la Belgique, qui a deux podiums.
Phelps, donc, malgré son envergure de 79 pouces alors que sa taille en fait 76, une différence énorme propice aux exploits natatoires, a terminé troisième derrière Ian Thorpe et Pieter van den Hoogenband au 200 m style libre, dans ce qui était surnommé «la course du siècle». (En effet, les zexperts en toutes choses aquatiques ont tenu un concile à bulles — admirez la force de l'image, Victor H. aurait été content — et ont conclu qu'aucune autre course ne serait aussi intéressante d'ici au 31 décembre 2100.) Remarquez, il ne battra ni n'égalera la marque de sept titres olympiques réalisée par Mark Spitz quand les nageurs ne se rasaient même pas la moustache, mais ça lui fait un or et deux bronze à ce jour. Trois médailles, c'est quand même trois de plus que vous et moi en remporteront jamais même si le paquet voleur est admis un jour au programme des Jeux.
Néanmoins, c'est un peu décevant, a analysé le monsieur du réseau NBC. Il faut dire qu'il n'est lui-même que le 137e meilleur analyste au monde, ce qui fait qu'on ne peut pas être déçu de sa performance.
***
Au moins, Phelps et van den Hoogenband nagent en bonne vieille bedaine, alors que Thorpe, lui, se vêt d'une combinaison en téflon avec des écailles de squale qui provoque des ballounes sous le plexus solaire et améliore la flottaison. C'est drôle pareil, le monde entier réprouve l'ingestion de substances qui augmentent le rendement, mais se pâme devant les avancées technologiques qui permettent exactement la même chose.
D'ailleurs, si la chose vous intéresse, mes sources dans le domaine de l'ichtyologie de pointe m'indiquent qu'un uniforme comme celui de Thorpe est disponible en plusieurs chatoyants coloris et en trois parfums: salade de thon, saumon Wellington et fish & chips.
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Notre équipe des noms les plus enchanteurs des Jeux de la XXVIIIe olympiade d'été s'enrichit de nouveaux membres. Nous avions déjà Pieter van den Hoogenband et le cycliste danois Bo Hamburger, on ajoute aujourd'hui la nageuse malgache Aina Andriamanjatoarimanana. J'espère qu'elle n'a pas d'objection à ce qu'on l'appelle par son prénom.
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Je suis très persuadé dans mon forum intérieur qu'il vous arrive d'être péniblement ulcéré par une discussion avec une vague connaissance qui dit un mot de travers et vous obstine jusqu'au dernier service qu'il a raison. Par exemple, il énonce «de la soupe wong tong» et vous observez que ce n'est pas exactement ça et il répond «y a pas plus chinois que Wong, alors ce ne peut être que Wong, champion». Idem pour «la gente féminine» et, au tir à l'arc mettons, un «bourzaille».
Personnellement, si vous permettez, c'est le badminton transformé en «bagminton», en «badmington» ou en «bagmington». Aussi la rubrique «S'instruire en s'amusant», qui compulse compulsivement le Dictionnaire historique de la langue française Robert entre deux capsules performance Volkswagen, tient-elle aujourd'hui à mettre ippon la méprise qui bout.
«BADMINTON n. m. est emprunté (1898) à l'anglais badminton (1874), nom d'un jeu de volant d'abord pratiqué en 1873 dans l'établissement de bains de Badminton House, siège du duché de Beaufort dans le Gloucestershire, parmi les officiers de l'armée anglaise des Indes, Le succès du jeu en France a été à la fois limité et tardif, mais le mot s'est un peu répandu avec le jeu après 1960.»
Vieux de 2217 ans, 11 mois, 20 jours, 15 heures, 43 minutes, 58 secondes et neuf centièmes, le jeu s'appelait auparavant poona, du nom de la ville de Pune, au sud-est de Bombay. Avant d'être récupéré par les Britanniques, il florissait surtout en Asie de l'est, motif pour lequel il est dominé par les Indonésiens, entre autres. Si les Danois y excellent, c'est parce que le Danemark était autrefois situé dans la mer d'Okhotsk avant de se faire ramasser une plaque tectonique et de dériver.
Par ailleurs, le moineau de notre tendre enfance vient du fait qu'en anglais, le volant est souvent appelé bird. Il ne faut donc pas dire «moineau», mais vous pouvez employer le vocable «pigeon d'argile» si vous jouez au badminton dans un stand de tir, ce qui est déconseillé par le CIO dont la première priorité est la santé.
***
Dans la série «Arrête-moi donc ça toi là là», le prix du geste du jour revient à un juge non identifié de plongeon synchronisé. Rappelons les faits: les Mexicaines viennent de faire le dernier plongeon de la compétition, et on attend leurs notes avec une fébrilité à faire décoller la tapisserie pour voir si, enfin, si le Canada, qui n'a pas encore gagné de, va enfin gagner une. On attend encore, et on attend encore un peu plus.
C'est que le système de notation par ordinateur a gelé. (Allez savoir pourquoi, «l'informatique marche pas», j'ai eu une pensée pour Michel Chartrand.) On distribue donc aux juges des cartons numérotés comme dans le bon vieux temps. Le juge en question, allumé, montre un 9. Puis il se rend compte, oups, excusez, c'est pas ça, il est à l'envers! C'est de leur faute, il n'y a pas de petite barre sous le 9 comme à la Quotidienne à quatre chiffres! Est bonne, non? C'est un 6! Je leur donne un 6! Ha! Je voulais juste détendre l'atmosphère qui est à couper au couteau ici, non mais relaxez un peu!
Imaginez, s'il ne s'était pas rendu compte de sa méprise, vous auriez eu droit à vingt reportages avec Sylvie Fréchette pour qu'elle nous dise comment on se sent dans ce temps-là.
On notera aussi une déclaration de Michael Phelps, à qui son commanditaire Speedo avait promis un million de beaux dollars de la Fed s'il égalait Spitz: «Ça aide à se lever le matin.»
Et vous qui pensiez que l'olympisme était gratuit, je veux dire, à part les 10 milliards d'euros que cette magique quinzaine aura coûté aux bonnes gens de la Grèce.
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