JO 2010: les frais de sécurité explosent
Ottawa — Les coûts pour assurer la sécurité des Jeux olympiques de Vancouver en 2010 explosent. Le gouvernement fédéral et celui de la Colombie-Britannique annonceront d'ici quelques semaines, probablement avant Noël, que la facture oscille maintenant autour de 500 millions de dollars, a appris Le Devoir. Un montant trois fois plus élevé que les 175 millions planifiés lors de l'obtention des Jeux, en 2003.
Le Groupe intégré de sécurité — une unité qui rassemble la Gendarmerie royale du Canada (GRC), les Forces canadiennes, le SCRS et la police provinciale — a remis le printemps dernier un nouveau plan de protection des Jeux de Vancouver aux deux autorités qui doivent se partager la facture, soit le gouvernement fédéral et le gouvernement de la Colombie-Britannique.
Ce plan devait être approuvé en novembre, mais la campagne électorale a retardé les décisions. La GRC, qui dirige le Groupe intégré de sécurité, estime toutefois pouvoir faire une annonce sous peu. «On s'attend encore à une réponse des deux gouvernements cet automne, d'ici la fin de 2008», explique Bertrand Paquet, porte-parole du Groupe intégré de sécurité et membre de la GRC en Colombie-Britannique.
La GRC refuse toutefois de dire à combien se chiffre le nouveau plan de sécurité. «On peut s'attendre à une facture plus élevée que les 175 millions déjà annoncés, mais je ne peux pas donner plus de détails», dit Bertrand Paquet.
Plusieurs sources ont soutenu au Devoir dans les dernières semaines que la facture serait beaucoup plus élevée que prévu. Le chiffre qui circule oscille autour du demi-milliard de dollars, soit près de trois fois l'estimation de départ.
Lors de la dernière campagne électorale, l'ancien ministre de la Sécurité publique et député de la Colombie-Britannique, Stockwell Day, avait confié au journal Vancouver Sun que le montant de 175 millions était «dramatiquement bas» et que la facture réelle serait «beaucoup plus élevée». Il n'avait toutefois pas avancé de montant.
Le nouveau ministre de la Sécurité publique, Peter Van Loan, n'a toujours pas mis en place son équipe de communication, de sorte qu'il a été impossible d'avoir des commentaires de sa part. Au ministère de la Sécurité publique, on est avare de détails. «Le gouvernement du Canada et le gouvernement de la Colombie-Britannique examinent en ce moment les besoins financiers relatifs aux plans de sécurité révisés afin de décider des coûts et des activités qui seront partagés. Les chiffres exacts seront annoncés une fois cet examen terminé», a affirmé par courriel le porte-parole, David Charbonneau.
En fait, l'annonce serait retardée entre autres choses parce qu'Ottawa et Victoria ne s'entendent pas sur le partage de la facture. Normalement, les deux gouvernements doivent payer chacun 50 %, mais, devant les dépassements de coûts importants, la Colombie-Britannique voudrait que le fédéral assume une plus large part.
Sous-évalué dès le départ
Le 8 mars 2007, Le Devoir révélait que le Comité international olympique (CIO) avait prévenu dès le départ le comité organisateur de Vancouver 2010 (COVAN) que ses estimations budgétaires pour la sécurité de l'événement ne tenaient pas la route.
Selon des documents internes de la GRC obtenus en vertu de la Loi d'accès à l'information, le CIO estimait dès 2003 qu'il faudrait au moins 300 millions de dollars pour assurer la sécurité des Jeux de 2010, soit un montant similaire à celui des Jeux de Salt Lake City, en 2002.
Le 29 septembre 2007, il y a un peu plus d'un an, Le Devoir révélait cette fois que la sous-évaluation des coûts était entièrement attribuable au comité organisateur des Jeux de Vancouver, et non pas à la GRC. En fait, des documents internes montrent que le corps de police n'a pas été consulté lors de l'élaboration du budget de 175 millions. Ce montant aurait été fabriqué uniquement pour la candidature de Vancouver.
Dans une note interne datée du 5 septembre 2005, l'ancien officier de la GRC chargé de la planification de la sécurité des Jeux de Vancouver, Bob Harriman, écrit: «Le budget original de 175 millions, tel qu'il a été présenté au Comité international olympique lors de la candidature, a été élaboré sans la contribution [without input] de la GRC. Il y a plusieurs trous dans le budget original.»
Le Groupe intégré de sécurité a donc dû refaire entièrement la planification.
Une planification bancale
Dans un document confidentiel de 15 pages rédigé en septembre 2005 et intitulé Vancouver 2010 Integrated Security Unit, Financial Resource Gap, la GRC détaille certaines erreurs qui ont été commises dans la préparation du budget de 175 millions et qui occasionnent aujourd'hui les importants dépassements de coûts. Ce rapport a été obtenu en vertu de la Loi d'accès à l'information.
Premier problème: le comité organisateur des Jeux de Vancouver 2010 a basé ses calculs sur une menace qui serait «inexistante ou faible», selon un courriel envoyé en août 2006 par l'ancien responsable de la planification de la sécurité à la GRC, Bob Harriman. Pourtant, cette planification de 2003 a été faite moins de deux ans après les attentats du 11 septembre 2001...
La GRC souligne dans ses documents que les forces de l'ordre doivent au contraire se préparer à un déploiement important en raison des menaces. Pas moins de 12 350 personnes seront mobilisées, dont 5350 policiers, 3000 agents de sécurité privés, 2500 bénévoles spécialement formés et 1500 policiers auxiliaires bénévoles (une fonction qui n'existe pas au Québec et qui s'apparente aux réservistes de l'armée). Ces chiffres ne comprennent pas les soldats. La planification militaire n'est pas encore terminée, dit-on.
Les coûts de la sécurité explosent également en raison de plusieurs erreurs de planification élémentaires, révèle ce document de la GRC. Par exemple, aucun budget n'a été prévu pour la mise en place de deux centres de commandement, un à Vancouver et un à Whistler, ainsi qu'un endroit où l'équipe responsable de la logistique pourrait établir ses quartiers.
De plus, dans son budget de 175 millions, le comité organisateur avait calculé que 21 lieux devraient être protégés durant les Jeux. Non seulement s'agit-il plutôt de 81 lieux, mais pratiquement aucun budget n'a été alloué aux équipements nécessaires pour sécuriser ces endroits, notamment des détecteurs de métal, des barrières de contrôle, des tentes, etc.
Autre exemple: l'allocation pour les systèmes de communication était de 1,8 million, selon les documents de la GRC. Or le corps de police estime que cette facture est nettement sous-estimée, puisque «des fonds n'ont pas été alloués pour les ordinateurs, les logiciels et les infrastructures» de communication, peut-on lire.
Les vérifications de sécurité pour les 80 000 à 95 000 personnes qui seront accréditées pour pouvoir circuler sans entrave sur les lieux des compétitions, dont plusieurs fournisseurs, font aussi partie du problème. Les organisateurs ont prévu un budget de 1,44 million de dollars pour que la GRC s'assure que ces personnes ne représentent aucun danger, soit l'équivalent de 18 $ par personne. «Cette estimation des coûts est nettement insuffisante», écrit la GRC, puisque le corps de police doit interroger au moins quatre personnes autour de chaque individu qui désire recevoir une accréditation sécurisée, soit au minimum 320 000 personnes.
Les coûts de l'entraînement des 12 350 personnes — sans compter les militaires — qui seront mobilisées pour la sécurité ont aussi été mal évalués.
De plus, le budget de 175 millions ayant été élaboré en 2002, le comité organisateur avait omis de l'indexer de 2 % par année jusqu'en 2010, afin de suivre l'inflation.
Le Groupe intégré de sécurité — une unité qui rassemble la Gendarmerie royale du Canada (GRC), les Forces canadiennes, le SCRS et la police provinciale — a remis le printemps dernier un nouveau plan de protection des Jeux de Vancouver aux deux autorités qui doivent se partager la facture, soit le gouvernement fédéral et le gouvernement de la Colombie-Britannique.
Ce plan devait être approuvé en novembre, mais la campagne électorale a retardé les décisions. La GRC, qui dirige le Groupe intégré de sécurité, estime toutefois pouvoir faire une annonce sous peu. «On s'attend encore à une réponse des deux gouvernements cet automne, d'ici la fin de 2008», explique Bertrand Paquet, porte-parole du Groupe intégré de sécurité et membre de la GRC en Colombie-Britannique.
La GRC refuse toutefois de dire à combien se chiffre le nouveau plan de sécurité. «On peut s'attendre à une facture plus élevée que les 175 millions déjà annoncés, mais je ne peux pas donner plus de détails», dit Bertrand Paquet.
Plusieurs sources ont soutenu au Devoir dans les dernières semaines que la facture serait beaucoup plus élevée que prévu. Le chiffre qui circule oscille autour du demi-milliard de dollars, soit près de trois fois l'estimation de départ.
Lors de la dernière campagne électorale, l'ancien ministre de la Sécurité publique et député de la Colombie-Britannique, Stockwell Day, avait confié au journal Vancouver Sun que le montant de 175 millions était «dramatiquement bas» et que la facture réelle serait «beaucoup plus élevée». Il n'avait toutefois pas avancé de montant.
Le nouveau ministre de la Sécurité publique, Peter Van Loan, n'a toujours pas mis en place son équipe de communication, de sorte qu'il a été impossible d'avoir des commentaires de sa part. Au ministère de la Sécurité publique, on est avare de détails. «Le gouvernement du Canada et le gouvernement de la Colombie-Britannique examinent en ce moment les besoins financiers relatifs aux plans de sécurité révisés afin de décider des coûts et des activités qui seront partagés. Les chiffres exacts seront annoncés une fois cet examen terminé», a affirmé par courriel le porte-parole, David Charbonneau.
En fait, l'annonce serait retardée entre autres choses parce qu'Ottawa et Victoria ne s'entendent pas sur le partage de la facture. Normalement, les deux gouvernements doivent payer chacun 50 %, mais, devant les dépassements de coûts importants, la Colombie-Britannique voudrait que le fédéral assume une plus large part.
Sous-évalué dès le départ
Le 8 mars 2007, Le Devoir révélait que le Comité international olympique (CIO) avait prévenu dès le départ le comité organisateur de Vancouver 2010 (COVAN) que ses estimations budgétaires pour la sécurité de l'événement ne tenaient pas la route.
Selon des documents internes de la GRC obtenus en vertu de la Loi d'accès à l'information, le CIO estimait dès 2003 qu'il faudrait au moins 300 millions de dollars pour assurer la sécurité des Jeux de 2010, soit un montant similaire à celui des Jeux de Salt Lake City, en 2002.
Le 29 septembre 2007, il y a un peu plus d'un an, Le Devoir révélait cette fois que la sous-évaluation des coûts était entièrement attribuable au comité organisateur des Jeux de Vancouver, et non pas à la GRC. En fait, des documents internes montrent que le corps de police n'a pas été consulté lors de l'élaboration du budget de 175 millions. Ce montant aurait été fabriqué uniquement pour la candidature de Vancouver.
Dans une note interne datée du 5 septembre 2005, l'ancien officier de la GRC chargé de la planification de la sécurité des Jeux de Vancouver, Bob Harriman, écrit: «Le budget original de 175 millions, tel qu'il a été présenté au Comité international olympique lors de la candidature, a été élaboré sans la contribution [without input] de la GRC. Il y a plusieurs trous dans le budget original.»
Le Groupe intégré de sécurité a donc dû refaire entièrement la planification.
Une planification bancale
Dans un document confidentiel de 15 pages rédigé en septembre 2005 et intitulé Vancouver 2010 Integrated Security Unit, Financial Resource Gap, la GRC détaille certaines erreurs qui ont été commises dans la préparation du budget de 175 millions et qui occasionnent aujourd'hui les importants dépassements de coûts. Ce rapport a été obtenu en vertu de la Loi d'accès à l'information.
Premier problème: le comité organisateur des Jeux de Vancouver 2010 a basé ses calculs sur une menace qui serait «inexistante ou faible», selon un courriel envoyé en août 2006 par l'ancien responsable de la planification de la sécurité à la GRC, Bob Harriman. Pourtant, cette planification de 2003 a été faite moins de deux ans après les attentats du 11 septembre 2001...
La GRC souligne dans ses documents que les forces de l'ordre doivent au contraire se préparer à un déploiement important en raison des menaces. Pas moins de 12 350 personnes seront mobilisées, dont 5350 policiers, 3000 agents de sécurité privés, 2500 bénévoles spécialement formés et 1500 policiers auxiliaires bénévoles (une fonction qui n'existe pas au Québec et qui s'apparente aux réservistes de l'armée). Ces chiffres ne comprennent pas les soldats. La planification militaire n'est pas encore terminée, dit-on.
Les coûts de la sécurité explosent également en raison de plusieurs erreurs de planification élémentaires, révèle ce document de la GRC. Par exemple, aucun budget n'a été prévu pour la mise en place de deux centres de commandement, un à Vancouver et un à Whistler, ainsi qu'un endroit où l'équipe responsable de la logistique pourrait établir ses quartiers.
De plus, dans son budget de 175 millions, le comité organisateur avait calculé que 21 lieux devraient être protégés durant les Jeux. Non seulement s'agit-il plutôt de 81 lieux, mais pratiquement aucun budget n'a été alloué aux équipements nécessaires pour sécuriser ces endroits, notamment des détecteurs de métal, des barrières de contrôle, des tentes, etc.
Autre exemple: l'allocation pour les systèmes de communication était de 1,8 million, selon les documents de la GRC. Or le corps de police estime que cette facture est nettement sous-estimée, puisque «des fonds n'ont pas été alloués pour les ordinateurs, les logiciels et les infrastructures» de communication, peut-on lire.
Les vérifications de sécurité pour les 80 000 à 95 000 personnes qui seront accréditées pour pouvoir circuler sans entrave sur les lieux des compétitions, dont plusieurs fournisseurs, font aussi partie du problème. Les organisateurs ont prévu un budget de 1,44 million de dollars pour que la GRC s'assure que ces personnes ne représentent aucun danger, soit l'équivalent de 18 $ par personne. «Cette estimation des coûts est nettement insuffisante», écrit la GRC, puisque le corps de police doit interroger au moins quatre personnes autour de chaque individu qui désire recevoir une accréditation sécurisée, soit au minimum 320 000 personnes.
Les coûts de l'entraînement des 12 350 personnes — sans compter les militaires — qui seront mobilisées pour la sécurité ont aussi été mal évalués.
De plus, le budget de 175 millions ayant été élaboré en 2002, le comité organisateur avait omis de l'indexer de 2 % par année jusqu'en 2010, afin de suivre l'inflation.
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