Sur la route de la troisième base
Photo : Agence France-Presse
Émilie Heymans (photo) et Éric Lamaze vainquent leurs démons en remportant chacun une médaille: l’argent pour la plongeuse et l’or pour le cavalier
Qu'est-ce qu'il disait, déjà, Abraracourcix, après avoir appris que son gaulois de village était en fait peuplé de Romains et qu'il pourrait donc envoyer une délégation aux Jeux olympiques? Voici, page 15: «Avec la potion magique qui nous rend invincibles, nous sommes sûrs de remporter la palme! C'est comme ça que je comprends le sport: pas d'incertitude!»
Deux millénaires plus tard, on pouvait raconter à peu près la même chose à propos de l'équipe américaine de softball, qui n'est en réalité pas de la vraie softball mais de la fastball puisque la lanceuse peut effectuer le moulinet, ce qui rend l'art de frapper la grosse balle jaune extraordinairement compliqué et favorise les clubs forts en bras. Pas de potion magique, certes (ou du moins pas qu'on sache), mais pas grande incertitude non plus. Médaille d'or les doigts dans le nez en 1996, médaille d'or en 2000, médaille d'or en 2004. À Athènes, les USA avaient globalement dominé la concurrence 51 à 1. À Pékin, les filles se présentaient hier en finale face au Japon avec une série de 22 victoires remontant à des temps immémoriaux et un parcours aux Jeux de 2008 ressemblant à ceci: 11-0, 3-0, 7-0, 8-1, 7-0, 8-0, 9-0, 4-1.
Ce qui fait 57 à 2 si j'ai bien compté, mais ne comptez pas là-dessus, le match commençait à 6h30 du matin. Bref, de quoi ronronner. On croirait assister à une course d'Usain Bolt.
Mais vous savez comment il est, le monde du sport? Si vous avez répondu «merveilleux», un point en prime pour vous, mais je vous accuse de plagiat. Il est en effet merveilleux, car même quand on est certain certain, on ne sait jamais.
Et de fait. Japon 3, États-Unis 1. Si vous cherchez une vraie de vraie surprise dans ces Jeux de la XXIXe olympiade d'été de l'ère moderne de Pékin en Chine 2008-O-Catarinetabellatchitchix, ne cherchez plus, elle est là, sur le carré dessiné par les dieux. Une détonation. C'est comme si un plongeur chinois faisait un bouillon.
Vous dire, à lire ce qui s'écrit aux États sur le sujet, on constate qu'ils trouvent là-bas que c'était bien mieux quand il y avait juste une équipe.
Et la défaite prend un goût d'autant plus sui generis qu'il n'y aura pas de possibilité de revanche. Comme le baseball masculin, la balle-molle ne figurera pas au programme des Jeux de Londres en 2012. Il y a trois ans, le Comité international olympique a décidé de débrancher le patient. La domination outrancière des Américaines et surtout le refus des dirigeants des ligues majeures de marquer une pause dans leur calendrier qui permettrait aux meilleurs pros de se rendre aux Jeux ont sans doute été à l'origine de la décision. En tout cas, si on enlevait l'un, il fallait enlever l'autre.
Les ligues majeures seraient cependant disposées à revoir leur position si les Jeux de 2016 sont accordés à Chicago ou à Tokyo, deux des candidats finalistes avec Rio de Janeiro et Madrid et deux grandes villes de balle dans deux grands pays de balle. Comme le disent régulièrement les journalistes qui veulent mettre fin à un entretien avec un interlocuteur qui s'éternise (c'est l'entretien qui s'éternise, pas l'interlocuteur, quoiqu'on éprouve parfois de la difficulté à faire la différence), c'est un dossier qu'on va suivre de très, très près.
***
Quoi que l'on pense du baseball et de ses dérivés, une chose demeure: il ne faut pas confier à n'importe qui le soin de rédiger des trucs à leur sujet. Pour vos archives et avec pas de paiement et pas d'intérêt avant 2020, voici un extrait du compte rendu de la finale de softball présenté sur le site officiel des Jeux.
«Après un démarrage mitigé, la formation américaine obtient la meilleure occasion de gagner son premier point tandis que leur cinquième frappeuse Kelly Kretschman se met à la batte. Cependant sa coéquipière Caitlin Lowe est mise en retraite par la receveuse japonaise sur la route de la troisième base. La même joueuse affronte la frappeuse suivante, Andrea Duran, dont une faute conduit les coéquipières sur les bases à être éliminées par retrait sur une balle.»
Heu... de qu'est-ce?
Où est Rodger quand on a besoin de lui?
***
Ainsi donc, selon Jacques Rogge, président du Comité international olympique élu au suffrage universel, Usain Bolt manque de respect envers ses adversaires. «Ce n'est pas l'idée qu'on se fait d'un champion», a-t-il déclaré à des reporters d'enquête triés sur le volet.
«Ça ne me gêne pas qu'il fasse le show», a dit M. Rogge. Mais «je pense qu'il devrait respecter davantage ses adversaires et serrer des mains, donner une tape sur l'épaule des autres immédiatement après l'arrivée et ne pas faire les gestes qu'il a faits pendant le 100 mètres. Il a peut-être interprété ça d'une autre façon, mais pour moi c'était "Attrape-moi si tu peux". Ça ne se fait pas. Mais il apprendra. C'est encore un jeune homme.»
M. Rogge n'a par ailleurs pas déclaré qu'il n'aurait jamais dit ça si Bolt avait été un Américain ou un Chinois qui ne tapote pas plus sur les épaules des autres.
M. Rogge a aussi fait un parallèle entre Bolt et Jesse Owens. «Bolt doit maintenant être considéré de la même façon qu'Owens l'était dans les années 1930. Bolt a une plus grande avance qu'Owens sur ses rivaux. Bien sûr, Owens avait aussi la longueur, donc on ne peut pas comparer.» En somme, si j'ai rien compris, on compare mais on ne peut pas comparer. C'est la même chose, sauf que c'est exactement le contraire.
D'autre part, on rappellera pour mémoire que M. Rogge avait prédit il y a quelques jours qu'une trentaine de cas de dopage allaient s'avérer au cours des Jeux. Or on est rendu à combien? Cinq, six? De toute évidence, M. Rogge sous-estime considérablement la probité de la jeunesse de toutes les nations que l'olympisme réunit aussi bellement dans un cadre enchanteur.
Si vous voulez l'avis d'un seul homme, ce n'est pas l'idée qu'on se fait d'un président d'organisme international aristocratique.
***
Confidence: le chouchou de la rubrique Hors-Jeux pendant cette quinzaine olympique est l'équipe de handball d'Islande. L'Islande, 300 000 habitants et pas mal de moutons, a accédé au carré d'as du tournoi de handball, s'offrant en chemin des victoires contre la Russie, l'Allemagne et la Pologne. L'Islande qu'on a vue à la télé un grand total d'à peu près 15 secondes, mais bon, quand on a une vie intérieure intense, on arrive à imaginer le reste.
Ce matin, à compter de 8h15, on pourra voir l'Islande affronter l'Espagne en demi-finale. En fait, non, on ne pourra pas la voir parce qu'à ce moment il y aura du volleyball de plage. Ou s'il n'y a pas de volleyball de plage, de la gymnastique rythmique. Vous, préférez-vous le cerceau, le ruban ou le ballon? Moi, ce sont les costumes. Le même designer daltonien qu'à la nage synchronisée. La même maquilleuse rémunérée à la quantité de mascara aussi.
Mais soyez-en certains, les joueurs islandais de handball ont de très beaux sourires.
Deux millénaires plus tard, on pouvait raconter à peu près la même chose à propos de l'équipe américaine de softball, qui n'est en réalité pas de la vraie softball mais de la fastball puisque la lanceuse peut effectuer le moulinet, ce qui rend l'art de frapper la grosse balle jaune extraordinairement compliqué et favorise les clubs forts en bras. Pas de potion magique, certes (ou du moins pas qu'on sache), mais pas grande incertitude non plus. Médaille d'or les doigts dans le nez en 1996, médaille d'or en 2000, médaille d'or en 2004. À Athènes, les USA avaient globalement dominé la concurrence 51 à 1. À Pékin, les filles se présentaient hier en finale face au Japon avec une série de 22 victoires remontant à des temps immémoriaux et un parcours aux Jeux de 2008 ressemblant à ceci: 11-0, 3-0, 7-0, 8-1, 7-0, 8-0, 9-0, 4-1.
Ce qui fait 57 à 2 si j'ai bien compté, mais ne comptez pas là-dessus, le match commençait à 6h30 du matin. Bref, de quoi ronronner. On croirait assister à une course d'Usain Bolt.
Mais vous savez comment il est, le monde du sport? Si vous avez répondu «merveilleux», un point en prime pour vous, mais je vous accuse de plagiat. Il est en effet merveilleux, car même quand on est certain certain, on ne sait jamais.
Et de fait. Japon 3, États-Unis 1. Si vous cherchez une vraie de vraie surprise dans ces Jeux de la XXIXe olympiade d'été de l'ère moderne de Pékin en Chine 2008-O-Catarinetabellatchitchix, ne cherchez plus, elle est là, sur le carré dessiné par les dieux. Une détonation. C'est comme si un plongeur chinois faisait un bouillon.
Vous dire, à lire ce qui s'écrit aux États sur le sujet, on constate qu'ils trouvent là-bas que c'était bien mieux quand il y avait juste une équipe.
Et la défaite prend un goût d'autant plus sui generis qu'il n'y aura pas de possibilité de revanche. Comme le baseball masculin, la balle-molle ne figurera pas au programme des Jeux de Londres en 2012. Il y a trois ans, le Comité international olympique a décidé de débrancher le patient. La domination outrancière des Américaines et surtout le refus des dirigeants des ligues majeures de marquer une pause dans leur calendrier qui permettrait aux meilleurs pros de se rendre aux Jeux ont sans doute été à l'origine de la décision. En tout cas, si on enlevait l'un, il fallait enlever l'autre.
Les ligues majeures seraient cependant disposées à revoir leur position si les Jeux de 2016 sont accordés à Chicago ou à Tokyo, deux des candidats finalistes avec Rio de Janeiro et Madrid et deux grandes villes de balle dans deux grands pays de balle. Comme le disent régulièrement les journalistes qui veulent mettre fin à un entretien avec un interlocuteur qui s'éternise (c'est l'entretien qui s'éternise, pas l'interlocuteur, quoiqu'on éprouve parfois de la difficulté à faire la différence), c'est un dossier qu'on va suivre de très, très près.
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Quoi que l'on pense du baseball et de ses dérivés, une chose demeure: il ne faut pas confier à n'importe qui le soin de rédiger des trucs à leur sujet. Pour vos archives et avec pas de paiement et pas d'intérêt avant 2020, voici un extrait du compte rendu de la finale de softball présenté sur le site officiel des Jeux.
«Après un démarrage mitigé, la formation américaine obtient la meilleure occasion de gagner son premier point tandis que leur cinquième frappeuse Kelly Kretschman se met à la batte. Cependant sa coéquipière Caitlin Lowe est mise en retraite par la receveuse japonaise sur la route de la troisième base. La même joueuse affronte la frappeuse suivante, Andrea Duran, dont une faute conduit les coéquipières sur les bases à être éliminées par retrait sur une balle.»
Heu... de qu'est-ce?
Où est Rodger quand on a besoin de lui?
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Ainsi donc, selon Jacques Rogge, président du Comité international olympique élu au suffrage universel, Usain Bolt manque de respect envers ses adversaires. «Ce n'est pas l'idée qu'on se fait d'un champion», a-t-il déclaré à des reporters d'enquête triés sur le volet.
«Ça ne me gêne pas qu'il fasse le show», a dit M. Rogge. Mais «je pense qu'il devrait respecter davantage ses adversaires et serrer des mains, donner une tape sur l'épaule des autres immédiatement après l'arrivée et ne pas faire les gestes qu'il a faits pendant le 100 mètres. Il a peut-être interprété ça d'une autre façon, mais pour moi c'était "Attrape-moi si tu peux". Ça ne se fait pas. Mais il apprendra. C'est encore un jeune homme.»
M. Rogge n'a par ailleurs pas déclaré qu'il n'aurait jamais dit ça si Bolt avait été un Américain ou un Chinois qui ne tapote pas plus sur les épaules des autres.
M. Rogge a aussi fait un parallèle entre Bolt et Jesse Owens. «Bolt doit maintenant être considéré de la même façon qu'Owens l'était dans les années 1930. Bolt a une plus grande avance qu'Owens sur ses rivaux. Bien sûr, Owens avait aussi la longueur, donc on ne peut pas comparer.» En somme, si j'ai rien compris, on compare mais on ne peut pas comparer. C'est la même chose, sauf que c'est exactement le contraire.
D'autre part, on rappellera pour mémoire que M. Rogge avait prédit il y a quelques jours qu'une trentaine de cas de dopage allaient s'avérer au cours des Jeux. Or on est rendu à combien? Cinq, six? De toute évidence, M. Rogge sous-estime considérablement la probité de la jeunesse de toutes les nations que l'olympisme réunit aussi bellement dans un cadre enchanteur.
Si vous voulez l'avis d'un seul homme, ce n'est pas l'idée qu'on se fait d'un président d'organisme international aristocratique.
***
Confidence: le chouchou de la rubrique Hors-Jeux pendant cette quinzaine olympique est l'équipe de handball d'Islande. L'Islande, 300 000 habitants et pas mal de moutons, a accédé au carré d'as du tournoi de handball, s'offrant en chemin des victoires contre la Russie, l'Allemagne et la Pologne. L'Islande qu'on a vue à la télé un grand total d'à peu près 15 secondes, mais bon, quand on a une vie intérieure intense, on arrive à imaginer le reste.
Ce matin, à compter de 8h15, on pourra voir l'Islande affronter l'Espagne en demi-finale. En fait, non, on ne pourra pas la voir parce qu'à ce moment il y aura du volleyball de plage. Ou s'il n'y a pas de volleyball de plage, de la gymnastique rythmique. Vous, préférez-vous le cerceau, le ruban ou le ballon? Moi, ce sont les costumes. Le même designer daltonien qu'à la nage synchronisée. La même maquilleuse rémunérée à la quantité de mascara aussi.
Mais soyez-en certains, les joueurs islandais de handball ont de très beaux sourires.
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