Hors-jeux - Un vrai flou
Faut-il rappeler le slogan des Jeux de la XXIXe olympiade d'été de l'ère moderne de Pékin en Chine 2008? «Un monde, un rêve.» C'est déjà fait. Il y a un monde fou à Pékin, et le rêve est devenu réalité par les bons soins de ma carte Visa, à moins que ce ne soit la Royal Bank of Canada ou McDonald's, je ne sais plus trop. Penchons-nous donc plutôt sur les trois concepts majeurs que recèle le slogan: «JO verts, JO scientifiques, JO à caractère humain.» Pour ce qui est du vert, pas de doute possible: le village olympique vient de recevoir une médaille d'or de «Leadership en énergie et en design environnemental» du U.S. Green Building Council, et on n'a vu aucun athlète concourir avec son masque antipollution. Et le scientifique est désormais pleinement des nôtres.
Car oui, messieurs dames, il relève bel et bien de la science de truquer une cérémonie d'ouverture. Faire apparaître une fausse chanteuse parce que la vraie chanteuse n'a pas la dentition assez mondialement télégénique, ce n'est pas donné au premier venu qui ne bénéficie pas d'un solide bagage technologique, ni des appareils idoines, ni de l'autorisation du Bureau permanent du Comité central du Bureau politique du Parti communiste. Idem pour les fausses empreintes de pieds dans le ciel, le faux flou censé émaner du brouillard, les faux mouvements d'hélicoptère. Au lieu de se plaindre de supercherie, on devrait admirer la finesse du procédé. Et puis, n'essayez pas de me faire accroire que vous n'avez jamais photoshoppé un portrait de vous en position carpée pour avoir plus de chances de pogner dans l'album de l'agence de rencontres.
(Soit dit en passant, il s'agissait de la deuxième cérémonie d'ouverture consécutive à mettre en scène du lip synch. À Turin, en 2006, Luciano Pavarotti, endolori par un cancer et gêné par le froid, n'avait pu chanter en direct. Ne comptez cependant pas sur notre Canada pour poursuivre la séquence en 2010: tout ce que notre Canada fait est rigoureusement authentique, y compris sa récolte de médailles. À ce sujet, il paraît qu'il y a beaucoup de Canadiens Canadiennes ulcérés de voir que leur Canada a toujours le podiumètre à zéro, et le patron du Comité olympique canadien, Chris Rudge, a dit sur les ondes de CBC que ceux-ci devraient se calmer. Le meilleur est à venir, ne lançons pas l'éponge de suite, et de toute manière il y a aura après les Jeux une réunion de suivi des orientations pour faire la lumière sur tout ça.)
Tenez, puisqu'il est question de dentition, un furieux débat fait rage aux États-Unis. Objet: l'âge des gymnastes chinoises, qui ont remporté l'or du concours par équipes mardi soir, en réalité mercredi matin (voir plus bas). Rien qu'à voir, on voit bien que ce n'est pas très vieux, ces petites choses, et la suspicion règne (pour une galerie photo, http://tinyurl.com/6ltk3n). Il y a quelques jours, le New York Times avait déterré et croisé des documents montrant que certaines d'entre elles n'avaient pas 16 ans, l'âge minimal imposé par le règlement olympique. Ce à quoi les autorités chinoises ont répliqué en produisant un passeport et en disant: regardez, elle a 16 ans, c'est marqué dessus. Preuve irréfutable s'il en est, si vous voulez l'avis d'un seul homme pourtant sceptique de nature. Même si on fabrique du faux flou censé émaner du brouillard, cela ne signifie pas qu'on fabrique de faux papiers.
L'entraîneure de l'équipe américaine, Martha Karolyi — qui forme avec son époux, Bela, l'un des couples les plus charmants de l'histoire du sport et de l'histoire tout court —, a déclaré: «Je n'ai aucune idée si elles ont 16 ans. Je ne peux pas me prononcer. C'est peut-être vrai [que certaines n'ont pas l'âge requis]. J'en ai vu une à qui il manquait une dent.»
«Regardez dans leurs bouches, a ajouté Bela. Elles ont de toutes petites dents.» Selon lui, l'âge serait un facteur de tricherie plus grave que le dopage.
À moins que... À moins que le règlement ait été mal rédigé et que dans le concours par équipes, il suffise que l'âge total des concurrentes soit de 16 ans? Ça expliquerait bien des choses, même si je ne sais pas quoi au juste.
De toute manière, si vous êtes en mesure de prouver quoi que ce soit auprès de la bureaucratie chinoise, vous me ferez signe. Le plus marrant demeurant que, selon le site officiel des Jeux, l'une des gymnastes chinoises, Yang Yilin, serait née le 26 août 1992, ce qui lui donne, au terme d'un calcul complexe, 15 ans. Ça doit être une affaire de calendrier lunaire ou quelque chose dans le genre.
Où l'on constate que du brouillard peut aussi émaner un vrai flou.
***
Depuis qu'il était si jeune qu'il lui manquait encore des dents, l'humain a entretenu une obsession: soustraire du matériel à la gravitation universelle. Cela a successivement donné Icare, la catapulte, le monte-charge à vapeur, l'aviation civile internationale et l'haltérophilie olympique.
Et franchement, le tout est du plus haut spectaculaire. L'haltérophilie, je veux dire, quoique le monte-charge ne manque pas non plus d'un certain potentiel de séduction. Le téléspectateur, je le soupçonne, force d'ailleurs plus que l'haltérophile au moment de la levée. En tout cas, hier ou avant-hier, Liu Chunhong avait l'air tout à fait fraîche lorsque, elle qui pèse 68,87 kg, elle a expédié au plafond 158 kg. Juste comme ça. Elle fait 286 kg au total, 31 de plus que la médaillée d'argent.
Mais si l'haltérophilie est affaire de force, un gros musclé n'y excellerait pas nécessairement. Il faut aussi de la vitesse, de la flexibilité, de l'agilité, de la coordination. Casey Burgener, un Américain de la catégorie des 105 kg et plus, expliquait récemment à ESPN que dans les années 1960, des tests avaient été menés tentant de mesurer l'«explosivité» des haltérophiles, et il avait été démontré que ceux-ci décollaient de blocs de départ plus rapidement que les sprinters (ils se faisaient rejoindre un peu plus loin, mais bon).
De même, l'an dernier, le Comité olympique américain a tenu à titre expérimental un concours de sauts verticaux sans élan, et les haltérophiles féminines ont montré une plus grande impulsion que les joueuses de volleyball...
«Des scientifiques sportifs nous disent aussi que nous sommes presque aussi flexibles que les gymnastes, a ajouté Burgener. Je travaille beaucoup là-dessus. Mais je ne suis pas encore capable de faire le grand écart.»
***
Bon, on dit comme ça zéro médaille pour notre Canada, mais ce faisant, on court un grand risque. Il n'est en effet pas du tout impossible qu'entre le moment où ce Pulitzer est rédigé et celui où il sera publié, notre Canada fasse 63 podiums et qu'on ait l'air parfaitement idiot.
Ce sont les aléas du décalage horaire. Prenez par exemple une compétition qui a lieu le jeudi matin à Pékin. Elle est diffusée chez nous le mercredi soir. Mais le mercredi soir est passé l'heure de tombée du texte écrit mercredi pour le journal de jeudi. Il faut donc attendre au jeudi, où l'on écrit pour vendredi, alors qu'à Pékin il est peut-être déjà samedi si l'article est lu vendredi soir. Si donc il est écrit «hier», méfiez-vous. Ça pourrait être avant-hier, aujourd'hui, trois jours plus tard ou peut-être même la semaine prochaine.
Là-dessus, à demain, même si ça ne veut pas dire grand-chose au point où on est rendu. Un calendrier ne reste après tout qu'un grand carré aux dates.
Car oui, messieurs dames, il relève bel et bien de la science de truquer une cérémonie d'ouverture. Faire apparaître une fausse chanteuse parce que la vraie chanteuse n'a pas la dentition assez mondialement télégénique, ce n'est pas donné au premier venu qui ne bénéficie pas d'un solide bagage technologique, ni des appareils idoines, ni de l'autorisation du Bureau permanent du Comité central du Bureau politique du Parti communiste. Idem pour les fausses empreintes de pieds dans le ciel, le faux flou censé émaner du brouillard, les faux mouvements d'hélicoptère. Au lieu de se plaindre de supercherie, on devrait admirer la finesse du procédé. Et puis, n'essayez pas de me faire accroire que vous n'avez jamais photoshoppé un portrait de vous en position carpée pour avoir plus de chances de pogner dans l'album de l'agence de rencontres.
(Soit dit en passant, il s'agissait de la deuxième cérémonie d'ouverture consécutive à mettre en scène du lip synch. À Turin, en 2006, Luciano Pavarotti, endolori par un cancer et gêné par le froid, n'avait pu chanter en direct. Ne comptez cependant pas sur notre Canada pour poursuivre la séquence en 2010: tout ce que notre Canada fait est rigoureusement authentique, y compris sa récolte de médailles. À ce sujet, il paraît qu'il y a beaucoup de Canadiens Canadiennes ulcérés de voir que leur Canada a toujours le podiumètre à zéro, et le patron du Comité olympique canadien, Chris Rudge, a dit sur les ondes de CBC que ceux-ci devraient se calmer. Le meilleur est à venir, ne lançons pas l'éponge de suite, et de toute manière il y a aura après les Jeux une réunion de suivi des orientations pour faire la lumière sur tout ça.)
Tenez, puisqu'il est question de dentition, un furieux débat fait rage aux États-Unis. Objet: l'âge des gymnastes chinoises, qui ont remporté l'or du concours par équipes mardi soir, en réalité mercredi matin (voir plus bas). Rien qu'à voir, on voit bien que ce n'est pas très vieux, ces petites choses, et la suspicion règne (pour une galerie photo, http://tinyurl.com/6ltk3n). Il y a quelques jours, le New York Times avait déterré et croisé des documents montrant que certaines d'entre elles n'avaient pas 16 ans, l'âge minimal imposé par le règlement olympique. Ce à quoi les autorités chinoises ont répliqué en produisant un passeport et en disant: regardez, elle a 16 ans, c'est marqué dessus. Preuve irréfutable s'il en est, si vous voulez l'avis d'un seul homme pourtant sceptique de nature. Même si on fabrique du faux flou censé émaner du brouillard, cela ne signifie pas qu'on fabrique de faux papiers.
L'entraîneure de l'équipe américaine, Martha Karolyi — qui forme avec son époux, Bela, l'un des couples les plus charmants de l'histoire du sport et de l'histoire tout court —, a déclaré: «Je n'ai aucune idée si elles ont 16 ans. Je ne peux pas me prononcer. C'est peut-être vrai [que certaines n'ont pas l'âge requis]. J'en ai vu une à qui il manquait une dent.»
«Regardez dans leurs bouches, a ajouté Bela. Elles ont de toutes petites dents.» Selon lui, l'âge serait un facteur de tricherie plus grave que le dopage.
À moins que... À moins que le règlement ait été mal rédigé et que dans le concours par équipes, il suffise que l'âge total des concurrentes soit de 16 ans? Ça expliquerait bien des choses, même si je ne sais pas quoi au juste.
De toute manière, si vous êtes en mesure de prouver quoi que ce soit auprès de la bureaucratie chinoise, vous me ferez signe. Le plus marrant demeurant que, selon le site officiel des Jeux, l'une des gymnastes chinoises, Yang Yilin, serait née le 26 août 1992, ce qui lui donne, au terme d'un calcul complexe, 15 ans. Ça doit être une affaire de calendrier lunaire ou quelque chose dans le genre.
Où l'on constate que du brouillard peut aussi émaner un vrai flou.
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Depuis qu'il était si jeune qu'il lui manquait encore des dents, l'humain a entretenu une obsession: soustraire du matériel à la gravitation universelle. Cela a successivement donné Icare, la catapulte, le monte-charge à vapeur, l'aviation civile internationale et l'haltérophilie olympique.
Et franchement, le tout est du plus haut spectaculaire. L'haltérophilie, je veux dire, quoique le monte-charge ne manque pas non plus d'un certain potentiel de séduction. Le téléspectateur, je le soupçonne, force d'ailleurs plus que l'haltérophile au moment de la levée. En tout cas, hier ou avant-hier, Liu Chunhong avait l'air tout à fait fraîche lorsque, elle qui pèse 68,87 kg, elle a expédié au plafond 158 kg. Juste comme ça. Elle fait 286 kg au total, 31 de plus que la médaillée d'argent.
Mais si l'haltérophilie est affaire de force, un gros musclé n'y excellerait pas nécessairement. Il faut aussi de la vitesse, de la flexibilité, de l'agilité, de la coordination. Casey Burgener, un Américain de la catégorie des 105 kg et plus, expliquait récemment à ESPN que dans les années 1960, des tests avaient été menés tentant de mesurer l'«explosivité» des haltérophiles, et il avait été démontré que ceux-ci décollaient de blocs de départ plus rapidement que les sprinters (ils se faisaient rejoindre un peu plus loin, mais bon).
De même, l'an dernier, le Comité olympique américain a tenu à titre expérimental un concours de sauts verticaux sans élan, et les haltérophiles féminines ont montré une plus grande impulsion que les joueuses de volleyball...
«Des scientifiques sportifs nous disent aussi que nous sommes presque aussi flexibles que les gymnastes, a ajouté Burgener. Je travaille beaucoup là-dessus. Mais je ne suis pas encore capable de faire le grand écart.»
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Bon, on dit comme ça zéro médaille pour notre Canada, mais ce faisant, on court un grand risque. Il n'est en effet pas du tout impossible qu'entre le moment où ce Pulitzer est rédigé et celui où il sera publié, notre Canada fasse 63 podiums et qu'on ait l'air parfaitement idiot.
Ce sont les aléas du décalage horaire. Prenez par exemple une compétition qui a lieu le jeudi matin à Pékin. Elle est diffusée chez nous le mercredi soir. Mais le mercredi soir est passé l'heure de tombée du texte écrit mercredi pour le journal de jeudi. Il faut donc attendre au jeudi, où l'on écrit pour vendredi, alors qu'à Pékin il est peut-être déjà samedi si l'article est lu vendredi soir. Si donc il est écrit «hier», méfiez-vous. Ça pourrait être avant-hier, aujourd'hui, trois jours plus tard ou peut-être même la semaine prochaine.
Là-dessus, à demain, même si ça ne veut pas dire grand-chose au point où on est rendu. Un calendrier ne reste après tout qu'un grand carré aux dates.
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