Silence Internet à Pékin
Depuis lundi, de nombreux sites Internet de médias étrangers et d'organisations de défense des droits de l'homme ne sont plus accessibles en Chine, où le gouvernement avait pourtant promis d'être plus libéral en cette matière au moment de se voir confier l'organisation des Jeux olympiques il y a sept ans.
La mesure a mis le Comité olympique international (CIO) dans l'embarras, celui-ci se voyant obligé hier d'admettre qu'il avait déjà été averti, au moins de façon vague, que Pékin allait agir de la sorte.
Lundi, les journalistes étrangers déjà en poste au centre de presse du village olympique dans la capitale chinoise ont constaté que les sites en mandarin et en cantonnais de la BBC (la télévision publique britannique), les sites de la chaîne allemande Deutsche Welle et de Radio Free Asia, de même que celui de l'organisation de défense des droits de l'homme Amnesty International et ceux liés à des associations d'exilés tibétains ou à des adeptes de la philosophie et des techniques de méditation Falun Gong ne pouvaient plus être consultés.
Les sites de quelques journaux de Hong Kong et de Taïwan ont également été bloqués, de même que des pages «sensibles» d'autres médias.
Plusieurs journalistes se sont en outre plaints de difficultés à naviguer sur la Toile ou à envoyer des textes et des photos, apparemment parce que les mécanismes de surveillance réduisent la capacité du réseau et ralentissent les connexions.
Le président de la commission des médias du CIO a confirmé la fermeture de sites. «Il y aura un accès plein ouvert et libre à Internet durant les Jeux afin de permettre aux journalistes de couvrir les Olympiques, a dit Kevan Gosper dans une entrevue publiée hier dans le quotidien South China Morning Post. Mais j'ai aussi été informé que certains responsables du CIO ont négocié avec les Chinois le blocage de certains sites sensibles.»
«Si vous avez été induits en erreur par ce que je vous ai dit concernant un accès libre à Internet, alors je vous présente mes excuses», a-t-il ajouté en promettant de soulever la question auprès des autorités chinoises.
Lors d'un entretien avec l'Agence France-Presse il y a deux semaines, le président du CIO, Jacques Rogue, s'était pourtant félicité de la liberté accordée par les autorités chinoises à la presse étrangère.
Les responsables chinois «ont toujours fait clairement savoir que l'accès à certains sites posait problème et nous travaillons avec eux pour nous assurer que les médias aient le moins de restrictions possible», a expliqué Giselle Davies, la porte-parole du CIO, manifestement embarrassée. «Il serait incorrect de dire que nous savions à l'avance que la Chine allait restreindre l'accès à certains sites, et nous poussons pour que ces restrictions soient levées», s'est-elle cependant défendue. Elle a ensuite déclaré que le CIO avait cru que Pékin parlait seulement de sites pornographiques ou pouvant porter atteinte à la sécurité nationale.
La Société Radio-Canada, qui n'est pas actuellement visée par les mesures restrictives, avait connu des problèmes de censure il y a quelques mois. Le site Radio-Canada.ca avait été rendu inaccessible dans l'empire du Milieu entre août 2007 et avril 2008 et son pendant anglophone CBC.ca, entre janvier et avril 2008. La mesure a été levée pour les deux sites le 11 avril, quelques jours après que le président de la SRC eut envoyé une lettre aux autorités chinoises, a indiqué hier Marie Tétrault, porte-parole du service des nouveaux médias à la société d'État. La chaîne francophone comptera 107 employés à Pékin pendant les Jeux et l'anglophone, 132.
Un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères a confirmé mardi en conférence de presse que les sites Internet associés à la «secte» Falun Gong avaient été bloqués «conformément à la loi», rapportait hier le quotidien britannique The Guardian. Le fonctionnaire a toutefois assuré que les journalistes étrangers auraient «un accès régulier à l'information en Chine durant les Jeux olympiques».
«Notre promesse était que les journalistes pourraient se servir d'Internet pour leur travail pendant les Jeux olympiques. Et nous leur avons donné suffisamment d'accès pour cela», a par ailleurs dit un responsable du comité organisateur des Jeux, Sun Weid.
Amnesty International a publié lundi un rapport très critique à l'égard de Pékin, accusant les «autorités d'utiliser les Jeux olympiques comme un prétexte visant à perpétrer, et dans certains cas à intensifier, les politiques et les pratiques en vigueur conduisant à de sérieuses violations des droits de l'homme». Le lendemain, le ministère chinois des Affaires étrangères rejetait ce rapport, le jugeant «tendancieux».
«Les Chinois bloquent régulièrement des sites Internet. Je ne vois pas pourquoi ils auraient jugé prudent de rendre tous les sites accessibles à ce moment-ci. Ils sont préoccupés par leur image et tiennent à contrôler l'information», croit Kimberly Manning, professeure de science politique à l'université Concordia.
«Ils ont surtout peur que la politique ne détourne l'attention accordée aux activités sportives. Ils prennent le risque de provoquer une réaction momentanée, misant sur le fait que la mémoire est courte, poursuit la sinologue. Même si je n'approuve pas cette tactique, je crois que le risque est calculé. Bien des choses vont se produire d'ici la fin des Jeux et les autorités chinoises font tout pour empêcher les manifestations. Si elles n'y parviennent pas et que les journalistes étrangers sont empêchés de couvrir les événements, l'image du pays à l'étranger pourrait cependant souffrir à long terme.»
Les autorités chinoises s'étaient montrées très transparentes dans la foulée du récent tremblement de terre au Sichuan. Cela ne les a pas empêchées de serrer la vis à de nombreux contestataires.
À ce sujet, Amnesty International signale notamment des arrestations d'activistes qui prennent la défense de Pékinois expulsés de leur logis dans le cadre de la modernisation des vieux quartiers de la capitale.
Afin de concrétiser ses promesses faites en 2001, le gouvernement chinois avait adopté une loi, début 2007, permettant aux journalistes étrangers de mener des enquêtes et des entrevues sans autorisation préalable, tout en précisant que les articles publiés ne devaient pas «menacer la sécurité nationale de la Chine, sa réputation, ses intérêts, et ne pas fragiliser la stabilité sociale».
Sur son site Internet, l'organisation Reporters sans frontières s'est dite «écoeurée par l'attitude du CIO» tout en dénonçant «le cynisme des autorités chinoises qui, une fois de plus, ont menti». RSF, qui dénonce régulièrement l'autocensure que doivent déjà pratiquer les quelque 17 millions de blogueurs chinois, suggère aux journalistes accrédités à Pékin d'utiliser «des moyens de contournement [de la censure] en ligne».
Le verrouillage de sites Internet en Chine a aussi suscité hier des réactions politiques aux États-Unis. La Maison-Blanche a estimé que «la Chine n'a rien à craindre d'un accès plus grand qui serait donné à Internet ou à la presse, ou de davantage de liberté religieuse et de liberté humaine et de davantage de droits de l'homme». Sans se référer explicitement aux derniers développements, les élus à la Chambre des représentants ont de leur côté adopté une résolution demandant à Pékin de cesser de violer les droits de l'homme et de retirer leur soutien aux gouvernements du Soudan et de la Birmanie, en accord avec «les traditions olympiques de liberté et d'espoir».
***
Avec l'Agence France-Presse, Reuters, Le Monde et Libération
La mesure a mis le Comité olympique international (CIO) dans l'embarras, celui-ci se voyant obligé hier d'admettre qu'il avait déjà été averti, au moins de façon vague, que Pékin allait agir de la sorte.
Lundi, les journalistes étrangers déjà en poste au centre de presse du village olympique dans la capitale chinoise ont constaté que les sites en mandarin et en cantonnais de la BBC (la télévision publique britannique), les sites de la chaîne allemande Deutsche Welle et de Radio Free Asia, de même que celui de l'organisation de défense des droits de l'homme Amnesty International et ceux liés à des associations d'exilés tibétains ou à des adeptes de la philosophie et des techniques de méditation Falun Gong ne pouvaient plus être consultés.
Les sites de quelques journaux de Hong Kong et de Taïwan ont également été bloqués, de même que des pages «sensibles» d'autres médias.
Plusieurs journalistes se sont en outre plaints de difficultés à naviguer sur la Toile ou à envoyer des textes et des photos, apparemment parce que les mécanismes de surveillance réduisent la capacité du réseau et ralentissent les connexions.
Le président de la commission des médias du CIO a confirmé la fermeture de sites. «Il y aura un accès plein ouvert et libre à Internet durant les Jeux afin de permettre aux journalistes de couvrir les Olympiques, a dit Kevan Gosper dans une entrevue publiée hier dans le quotidien South China Morning Post. Mais j'ai aussi été informé que certains responsables du CIO ont négocié avec les Chinois le blocage de certains sites sensibles.»
«Si vous avez été induits en erreur par ce que je vous ai dit concernant un accès libre à Internet, alors je vous présente mes excuses», a-t-il ajouté en promettant de soulever la question auprès des autorités chinoises.
Lors d'un entretien avec l'Agence France-Presse il y a deux semaines, le président du CIO, Jacques Rogue, s'était pourtant félicité de la liberté accordée par les autorités chinoises à la presse étrangère.
Les responsables chinois «ont toujours fait clairement savoir que l'accès à certains sites posait problème et nous travaillons avec eux pour nous assurer que les médias aient le moins de restrictions possible», a expliqué Giselle Davies, la porte-parole du CIO, manifestement embarrassée. «Il serait incorrect de dire que nous savions à l'avance que la Chine allait restreindre l'accès à certains sites, et nous poussons pour que ces restrictions soient levées», s'est-elle cependant défendue. Elle a ensuite déclaré que le CIO avait cru que Pékin parlait seulement de sites pornographiques ou pouvant porter atteinte à la sécurité nationale.
La Société Radio-Canada, qui n'est pas actuellement visée par les mesures restrictives, avait connu des problèmes de censure il y a quelques mois. Le site Radio-Canada.ca avait été rendu inaccessible dans l'empire du Milieu entre août 2007 et avril 2008 et son pendant anglophone CBC.ca, entre janvier et avril 2008. La mesure a été levée pour les deux sites le 11 avril, quelques jours après que le président de la SRC eut envoyé une lettre aux autorités chinoises, a indiqué hier Marie Tétrault, porte-parole du service des nouveaux médias à la société d'État. La chaîne francophone comptera 107 employés à Pékin pendant les Jeux et l'anglophone, 132.
Un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères a confirmé mardi en conférence de presse que les sites Internet associés à la «secte» Falun Gong avaient été bloqués «conformément à la loi», rapportait hier le quotidien britannique The Guardian. Le fonctionnaire a toutefois assuré que les journalistes étrangers auraient «un accès régulier à l'information en Chine durant les Jeux olympiques».
«Notre promesse était que les journalistes pourraient se servir d'Internet pour leur travail pendant les Jeux olympiques. Et nous leur avons donné suffisamment d'accès pour cela», a par ailleurs dit un responsable du comité organisateur des Jeux, Sun Weid.
Amnesty International a publié lundi un rapport très critique à l'égard de Pékin, accusant les «autorités d'utiliser les Jeux olympiques comme un prétexte visant à perpétrer, et dans certains cas à intensifier, les politiques et les pratiques en vigueur conduisant à de sérieuses violations des droits de l'homme». Le lendemain, le ministère chinois des Affaires étrangères rejetait ce rapport, le jugeant «tendancieux».
«Les Chinois bloquent régulièrement des sites Internet. Je ne vois pas pourquoi ils auraient jugé prudent de rendre tous les sites accessibles à ce moment-ci. Ils sont préoccupés par leur image et tiennent à contrôler l'information», croit Kimberly Manning, professeure de science politique à l'université Concordia.
«Ils ont surtout peur que la politique ne détourne l'attention accordée aux activités sportives. Ils prennent le risque de provoquer une réaction momentanée, misant sur le fait que la mémoire est courte, poursuit la sinologue. Même si je n'approuve pas cette tactique, je crois que le risque est calculé. Bien des choses vont se produire d'ici la fin des Jeux et les autorités chinoises font tout pour empêcher les manifestations. Si elles n'y parviennent pas et que les journalistes étrangers sont empêchés de couvrir les événements, l'image du pays à l'étranger pourrait cependant souffrir à long terme.»
Les autorités chinoises s'étaient montrées très transparentes dans la foulée du récent tremblement de terre au Sichuan. Cela ne les a pas empêchées de serrer la vis à de nombreux contestataires.
À ce sujet, Amnesty International signale notamment des arrestations d'activistes qui prennent la défense de Pékinois expulsés de leur logis dans le cadre de la modernisation des vieux quartiers de la capitale.
Afin de concrétiser ses promesses faites en 2001, le gouvernement chinois avait adopté une loi, début 2007, permettant aux journalistes étrangers de mener des enquêtes et des entrevues sans autorisation préalable, tout en précisant que les articles publiés ne devaient pas «menacer la sécurité nationale de la Chine, sa réputation, ses intérêts, et ne pas fragiliser la stabilité sociale».
Sur son site Internet, l'organisation Reporters sans frontières s'est dite «écoeurée par l'attitude du CIO» tout en dénonçant «le cynisme des autorités chinoises qui, une fois de plus, ont menti». RSF, qui dénonce régulièrement l'autocensure que doivent déjà pratiquer les quelque 17 millions de blogueurs chinois, suggère aux journalistes accrédités à Pékin d'utiliser «des moyens de contournement [de la censure] en ligne».
Le verrouillage de sites Internet en Chine a aussi suscité hier des réactions politiques aux États-Unis. La Maison-Blanche a estimé que «la Chine n'a rien à craindre d'un accès plus grand qui serait donné à Internet ou à la presse, ou de davantage de liberté religieuse et de liberté humaine et de davantage de droits de l'homme». Sans se référer explicitement aux derniers développements, les élus à la Chambre des représentants ont de leur côté adopté une résolution demandant à Pékin de cesser de violer les droits de l'homme et de retirer leur soutien aux gouvernements du Soudan et de la Birmanie, en accord avec «les traditions olympiques de liberté et d'espoir».
***
Avec l'Agence France-Presse, Reuters, Le Monde et Libération
Haut de la page

