lundi 23 novembre 2009 Dernière mise à jour 01h03


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Quelques taches dans un Tour plus propre

Portant le maillot jaune, l’Espagnol Carlos Sastre, vainqueur du Tour de France 2008, et son coéquipier Andy Schleck (maillot blanc), nommé «meilleur jeune» de ce Tour, lors de l’arrivée des coureurs sur les Champs-Élysées, hier, à Paris.
Photo : Agence France-Presse
Portant le maillot jaune, l’Espagnol Carlos Sastre, vainqueur du Tour de France 2008, et son coéquipier Andy Schleck (maillot blanc), nommé «meilleur jeune» de ce Tour, lors de l’arrivée des coureurs sur les Champs-Élysées, hier, à Paris.
Pas tout propre, mais moins rocambolesque. Le 95e Tour de France s'est achevé hier par la victoire de l'Espagnol Carlos Sastre, après trois semaines d'une course où le sport a repris ses droits... et cela, malgré trois évictions pour dopage à l'EPO et une pour usage d'un stimulant interdit.

Les loups de la petite reine sont entrés hier à Paris, dans le sillage du maillot jaune Sastre. Après tous ces cols, ces sprints et quelque 3000 kilomètres dans les mollets, le peloton arrive un brin décimé. Normal. Mais, contrairement à l'an dernier, il a tourné sur les Champs-Élysées sans avoir l'air d'un bouffon en perdition.

Bien sûr, l'ombre du dopage a plané sur ce Tour comme elle y plane chaque année depuis 1998. On se rappelle l'affaire Festina, Richard Virenque «dopé à l'insu de son plein gré», l'EPO dans chaque gourde d'eau. Mais le pathétique scénario de 2007 — où Michael Rasmussen, Cristian Moreni et Alexander Vinokourov avaient complètement plombé la course — s'est mué en un récit sportif plus crédible en 2008.

Au final — et sous réserve que d'autres «histoires» éclatent plus tard, comme ce fut le cas avec Floyd Landis en 2006 — trois coureurs ont été sortis de la course après avoir échoué à un des contrôles menés par l'Agence française de lutte contre le dopage (AFLD). Les Espagnols Manuel Beltran (Liquigas) et Moises Duenas (Barloworld) ainsi que l'Italien Riccardo Ricco, tous dopés à une nouvelle génération d'EPO.

Le dernier cas est survenu hier, alors qu'on a appris que le Kazakh Dimitri Fofonov (Crédit agricole) a été contrôlé positif à l'heptaminol, au terme de la 18e étape.

Mais c'est le «cobra» Ricco qui a le plus fait jaser. Grimpeur explosif, capable d'attaques foudroyantes et mortelles pour ses adversaires — d'où son surnom — Ricco avait remporté deux étapes de ce Tour. Dans les Pyrénées, ses démarrages en avaient laissé plusieurs pantois. Un coup de pédale assassin qui claquait comme un coup de feu. Mais ses victoires avaient aussi été accueillies dans un essaim de soupçons: le petit homme qui voulait tant ressembler à son idole Marco Pantani (vainqueur du Tour en 1998, déchu pour dopage ensuite) n'était pas l'un des plus probes coureurs.

Au tout début du Tour, Ricco avait en effet reçu, comme une dizaine d'autres cyclistes, une lettre de l'AFLD l'avertissant qu'ils seraient dans le collimateur de l'agence (dont c'était la première année à titre de responsable des contrôles) durant le Tour.

Raison? Les prélèvements sanguins pratiqués sur ces coureurs avant le départ présentaient des résultats anormaux. On ne pouvait les accuser de rien, mais tout portait à croire qu'ils roulaient autrement qu'à l'eau claire.

L'AFLD avait vu juste. Outre Ricco, elle a aussi pincé Beltran, qui faisait partie des coureurs à risque. C'est ainsi que les mauvaises nouvelles en sont devenues de bonnes. Les observateurs ont noté que les contrôles ciblés fonctionnaient. Que l'EPO incriminante n'était disponible sur le marché que depuis l'an dernier, ce qui n'a pas empêché sa détection. Que le passeport sanguin qui devrait être mis en place l'an prochain — il permettra de noter toute anomalie dans les prélèvements des coureurs et d'éviter les explications alambiquées des Floyd Landis dotés d'une incroyable réserve naturelle de testostérone — marquera une grande étape dans la lutte antidopage. Bref: que ça avance.

Hier, le directeur du Tour, Christian Prud'homme, ne cachait pas sa joie lors d'une entrevue accordée à l'Agence France-Presse: «Il y a eu beaucoup de choses bien dans ce Tour de France. La ferveur au bord des routes, l'enthousiasme, la foule partout. Ensuite, les visages de coureurs épuisés à l'arrivée, les bouches ouvertes [symbole, selon lui, d'une souffrance bien naturelle, pas comme ces bioniques qui montaient les cols sans frémir], un rythme différent dans les ascensions, les impressions, les sentiments. Le fait que la lutte antidopage ait fait des progrès immenses et que le différentiel entre ceux qui trichent et ceux qui les traquent se soit considérablement amenuisé.»

Reconnaissant que la lutte est loin d'être gagnée, Prud'homme notait néanmoins l'amélioration générale de l'ambiance où baigne le Tour, les excellentes cotes d'écoute, la satisfaction des commanditaires, le plaisir retrouvé des foules le long des routes. «On n'est pas béat, on n'est pas naïf, mais on est satisfait.»

Même constat chez Bernard Vallet, ancien coureur français (10 Tours entre 1975 et 1987) qui agit au Canal Évasion en tant qu'analyste des éditions actuelles. «C'est un Tour nettement moins rocambolesque que l'an dernier, disait-il au Devoir lors d'un entretien téléphonique jeudi. On sent vraiment une grosse volonté de régler ce problème du dopage.»

Vallet note que le divorce consommé entre le comité organisateur du Tour (la société ASO) et l'Union cycliste internationale (UCI) a eu du bon pour la santé de la course.

«Puisque l'ASO s'est retirée du Pro-Tour cette année [le circuit de courses placé sous l'égide de l'UCI], elle était le maître de l'organisation de A à Z, indique Vallet. Les commissaires sont français, ils font leur propre contrôle avec des labos français. La volonté d'en finir avec les scandales est là, très forte. On a vu dès le départ que l'ASO n'a pas hésité à sortir les histoires dès qu'elles survenaient, et ç'a réjouit tout le monde. On voit que de moins en moins de gens passent à travers les mailles et que les coureurs comprennent qu'on est passé à une autre époque.»

Doutes

En 2007, l'éviction de Michael Rasmussen s'était opérée au motif qu'il avait menti sur son lieu d'entraînement, et non parce qu'il avait échoué scientifiquement à un test antidopage. Pour Bernard Vallet, le fait que les coureurs expulsés en 2008 ont tous été pris concrètement aidera à rebâtir la confiance du public dans le Tour. «Il n'y a rien de pire que la suspicion», dit-il.

Mais, en matière de doutes, le Tour n'en est pas entièrement débarrassé. Difficile de croire de pleine foi dans un sport qui accumule les histoires louches depuis si longtemps — on pourrait remonter aux légendaires frères Pélissier, qui avaient ouvert en 1924 leur valise secrète devant l'écrivain Albert Londres: cocaïne, pommades et autres pilules de toutes sortes pour supporter une épreuve astronomiquement difficile.

D'autant plus difficile d'y croire quand on voit la liste des directeurs des équipes en course: ceux qui n'étaient pas en fonction durant les grandes heures de l'EPO étaient tout simplement en piste avec les autres coureurs. Bjarne Riis, patron de l'équipe gagnante CSC, a été déchu de son maillot jaune obtenu en 1996. Rolf Aldag (Columbia) et Christian Henn (Gerolsteiner) ont confessé s'être dopés quand ils roulaient pour Deutsche Telekom. Didier Rous (Bouygues Telecom) était membre de l'équipe Festina.

Cela dit, Bernard Vallet trouve «scandaleux» qu'on ne pointe systématiquement qu'un seul sport quand on parle de dopage. «Il est facile de stigmatiser un sport qui, finalement, est 10 ans en avance sur tout le monde, avertit-il. Les cyclistes subissent des contrôles constants [hors-saison comme en saison, à la maison ou en course]. On trouve des cas parce qu'on en cherche. Il ne faut pas rêver: s'ils étaient aussi sévères au football européen ou américain, il y aurait une hécatombe.»

Alors que le cyclisme, lui, fait sa purge au grand jour. «Et je crois qu'on s'en va vers une période où il retrouvera toute sa splendeur et qu'on pourra oublier tous ces doutes. On a eu un beau Tour cette année, ouvert, avec de belles échappées, où plusieurs avaient une vraie chance de gagner.»

Et surtout: une chance de victoire sans histoires louches en aparté.






Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Partager
Digg Facebook Twitter Delicious
 

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
Déjà inscrit? Ajoutez votre commentaire ci-dessous

    Connexion




Cet article vous intéresse?
0 réactions
0 votes
 
Pour en savoir plus
Dépêche
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel
Choisir mes
infolettres
Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

» En savoir plus
© Le Devoir 2002-2009