L'Euro commence aujourd'hui - Avec le souvenir de 2004...
Pour les connaisseurs, un simple coup d'oeil à la composition du groupe A de l'Euro 2004 suffisait à déclarer l'affaire entendue. Portugal, pays hôte et force montante; Espagne, sempiternelle déception en grands tournois mais trop bien nantie pour ne pas passer au moins le premier tour; Russie, formation qui n'a jamais su se trouver depuis le démantèlement de l'Union soviétique; et Grèce. Grèce? Une seule participation dans l'histoire du championnat d'Europe des nations, et une seule à la Coupe du monde, rendement global de cinq défaites et un match nul. De toute évidence, celle-ci s'en venait faire de la figuration, et la péninsule ibérique raflerait la mise. Les preneurs aux livres, à qui on en passe rarement, étaient tellement convaincus du dénouement qu'ils donnaient du 100 contre 1 sur une victoire ultime des Hellènes.
Or on sait ce qui est arrivé: pas loin d'un séisme dans l'univers hiérarchisé du soccer, où les favoris sont toujours les mêmes et cinq ou six sélections nationales détiennent 90 % des titres. Les Grecs ont déculotté leurs hôtes 2-1 dès le match inaugural, se sont faufilés hors de leur groupe à la faveur des buts marqués, puis sont allés cueillir la coupe à la faveur de 1-0 successifs face à la France, à la République tchèque, et encore au Portugal. Un jeu collectif (et défensif) de fer, le leadership du capitaine Theo Zagorakis, le génie tactique de l'entraîneur allemand Otto Rehhagel, consacré «roi» de Grèce, avaient eu raison de tout le talent de l'Europe devant des millions d'yeux éberlués.
Quatre ans plus tard, alors que s'ouvre aujourd'hui même à Basel et à Genève la 13e édition de l'Euro, 10 joueurs de la sélection championne sont de retour, mais Zagorakis a pris sa retraite. Rehhagel est toujours là, mais il aura la tâche délicate de prouver que la foudre peut s'abattre deux fois de suite au même endroit. Pas grand monde n'y croit. Ironie du sort, la Grèce retrouvera au tour préliminaire, dans le groupe D, l'Espagne et la Russie, qu'elle avait devancées la dernière fois. Mais elle ne fait plus figure de quantité négligeable, et elle devrait être attendue d'un pied pas mal plus ferme. «À chaque match, il nous faudra démontrer que nous méritons d'être appelés champions d'Europe», déclarait hier le défenseur Giourkas Seitaridis. «Nous aurons beaucoup de pression parce que nous devons montrer que ce qui s'est passé il y a quatre ans n'était pas un coup de chance.»
En tout, 16 équipes réparties dans quatre groupes sont en lice pour ce tournoi qui se déroule en Suisse et en Autriche et dont la grande finale aura lieu le 29 juin à Vienne. L'événement, souvent qualifié de «Coupe du monde moins le Brésil et l'Argentine», voit encore cette année les inévitables grosses pointures partir favorites dans l'évaluation des pronostiqueurs, Allemagne, Italie, France, serrées de plus en plus par des sélections moins couronnées historiquement, comme l'Espagne, le Portugal et les Pays-Bas, ou carrément en émergence, comme la Croatie. Mais l'exemple grec devrait servir, justement, d'exemple, et réfréner les certitudes apparentes.
À noter, dans cet éventail, un absent de taille: l'Angleterre. Il paraît d'ailleurs qu'ils ne s'en sont pas encore remis là-bas. Les Anglais n'ont raté leur qualification que par un point aux mains de la Russie, mais ils ont couru à leur propre perte en s'inclinant deux fois devant les Croates, dont une défaite finale de 3-2 à la maison. La déconvenue a conduit au congédiement du sélectionneur Steve McClaren, remplacé il y a quelques mois par un... Italien, Fabio Capello, devenu seulement le deuxième entraîneur-chef étranger dans le berceau du football.
Cette Russie, justement, apparaît pleine de potentiel, et si elle n'a pas fait preuve de cohésion par le passé, la touche manquante pourrait bien venir cette fois de son pilote Guus Hiddink, sinon de son attaquant prodige Andreï Arshavin. Si Otto Rehhagel est réputé avoir accompli un miracle il y a quatre ans, le Néerlandais Hiddink ne donne pas sa place au rayon des causes difficiles: une quatrième place à la tête de son pays à la Coupe du monde de 1998, une autre quatrième place aux commandes de la modeste Corée du Sud à la Coupe du monde de 2002, et un passage au deuxième tour avec l'Australie, qui n'avait pas participé à l'événement depuis 32 ans, en 2006.
Dans les premiers jours, il faudra cependant surveiller de près le groupe C, l'incontournable «Groupe de la mort» que le hasard fait en sorte de créer dans chaque tournoi. Cette fois, une affiche immensément relevée voit la France, l'Italie, les Pays-Bas et la Roumanie se colleter dès l'ouverture des hostilités, avec deux laissez-passer seulement disponibles pour le tour éliminatoire. Cette fois? Il faut dire que les transalpins et les cisalpins commencent à avoir l'habitude de se croiser: ils ont fait les frais de la finale de la dernière Coupe du monde — qui a oublié Materazzi, la soeur de Zidane et le dénouement en tirs de barrage? —, puis se sont retrouvés dans le même groupe de qualification en vue de l'Euro, où les Bleus ont devancé in extremis l'Écosse, et les voici dans le même groupe préliminaire. Fait à signaler: les deux capitaines sont sur le carreau. Fabio Cannavaro, opéré à la cheville, ratera l'ensemble du tournoi; Patrick Vieira, ennuyé par une blessure à une hanche, ne devrait pas jouer le premier match de son équipe, et son retour ultérieur demeure douteux. Il s'agira par ailleurs, pour la France, de son premier tournoi majeur sans Zinédine Zidane, dont la retraite déjà annoncée a sonné en 2006 sous la forme d'un coup de boule sur Marco Materrazzi.
De leur côté, les Oranje des Pays-Bas disposent d'une attaque explosive menée par Ruud van Nistelrooy (le plus beau nom de joueur de l'Euro après celui de son coéquipier Jan Vennegoor of Hesselink), et ils seront des proies coriaces, de même que les Roumains.
Et les pays hôtes? Si la Suisse a des chances légitimes de viser le deuxième tour, les Autrichiens ne sont pas au bout de leurs peines. À tel point que, l'automne dernier, Michael Kriess, le fils de l'ancien international autrichien Werner Kriess, a lancé une pétition auprès des fans de l'équipe nationale afin que celle-ci se désiste de l'Euro, question de «ne pas nous plonger nous-mêmes dans l'embarras». Kriess a récolté 10 000 signatures. «Il s'agit de la pire formation autrichienne de tous les temps», a ajouté Toni Polster, le meilleur buteur de l'histoire de l'Autriche en matchs internationaux et membre de l'équipe qui avait accédé à la Coupe du monde en 1998.
Par-delà toutes ces considérations, des noms surgiront. Cristiano Ronaldo emmènera-t-il le Portugal jusqu'au bout? Fernando Torres remplira-t-il le filet au nom de l'Espagne? L'Allemagne pourrait-elle être entre de meilleures mains que celles de son milieu de terrain Michael Ballack? Que feront Peter Cech, peut-être le meilleur gardien au monde, Franck Ribéry, Henrik Larsson, Luca Toni? En raison de la relative force de presque tous ses participants, l'Euro est toujours d'une difficulté inouïe à pronostiquer. À partir d'aujourd'hui, on verra s'il y a d'autres miracles en gestation, ceux qui contribuent à faire que le foot demeure The Beautiful Game.
Or on sait ce qui est arrivé: pas loin d'un séisme dans l'univers hiérarchisé du soccer, où les favoris sont toujours les mêmes et cinq ou six sélections nationales détiennent 90 % des titres. Les Grecs ont déculotté leurs hôtes 2-1 dès le match inaugural, se sont faufilés hors de leur groupe à la faveur des buts marqués, puis sont allés cueillir la coupe à la faveur de 1-0 successifs face à la France, à la République tchèque, et encore au Portugal. Un jeu collectif (et défensif) de fer, le leadership du capitaine Theo Zagorakis, le génie tactique de l'entraîneur allemand Otto Rehhagel, consacré «roi» de Grèce, avaient eu raison de tout le talent de l'Europe devant des millions d'yeux éberlués.
Quatre ans plus tard, alors que s'ouvre aujourd'hui même à Basel et à Genève la 13e édition de l'Euro, 10 joueurs de la sélection championne sont de retour, mais Zagorakis a pris sa retraite. Rehhagel est toujours là, mais il aura la tâche délicate de prouver que la foudre peut s'abattre deux fois de suite au même endroit. Pas grand monde n'y croit. Ironie du sort, la Grèce retrouvera au tour préliminaire, dans le groupe D, l'Espagne et la Russie, qu'elle avait devancées la dernière fois. Mais elle ne fait plus figure de quantité négligeable, et elle devrait être attendue d'un pied pas mal plus ferme. «À chaque match, il nous faudra démontrer que nous méritons d'être appelés champions d'Europe», déclarait hier le défenseur Giourkas Seitaridis. «Nous aurons beaucoup de pression parce que nous devons montrer que ce qui s'est passé il y a quatre ans n'était pas un coup de chance.»
En tout, 16 équipes réparties dans quatre groupes sont en lice pour ce tournoi qui se déroule en Suisse et en Autriche et dont la grande finale aura lieu le 29 juin à Vienne. L'événement, souvent qualifié de «Coupe du monde moins le Brésil et l'Argentine», voit encore cette année les inévitables grosses pointures partir favorites dans l'évaluation des pronostiqueurs, Allemagne, Italie, France, serrées de plus en plus par des sélections moins couronnées historiquement, comme l'Espagne, le Portugal et les Pays-Bas, ou carrément en émergence, comme la Croatie. Mais l'exemple grec devrait servir, justement, d'exemple, et réfréner les certitudes apparentes.
À noter, dans cet éventail, un absent de taille: l'Angleterre. Il paraît d'ailleurs qu'ils ne s'en sont pas encore remis là-bas. Les Anglais n'ont raté leur qualification que par un point aux mains de la Russie, mais ils ont couru à leur propre perte en s'inclinant deux fois devant les Croates, dont une défaite finale de 3-2 à la maison. La déconvenue a conduit au congédiement du sélectionneur Steve McClaren, remplacé il y a quelques mois par un... Italien, Fabio Capello, devenu seulement le deuxième entraîneur-chef étranger dans le berceau du football.
Cette Russie, justement, apparaît pleine de potentiel, et si elle n'a pas fait preuve de cohésion par le passé, la touche manquante pourrait bien venir cette fois de son pilote Guus Hiddink, sinon de son attaquant prodige Andreï Arshavin. Si Otto Rehhagel est réputé avoir accompli un miracle il y a quatre ans, le Néerlandais Hiddink ne donne pas sa place au rayon des causes difficiles: une quatrième place à la tête de son pays à la Coupe du monde de 1998, une autre quatrième place aux commandes de la modeste Corée du Sud à la Coupe du monde de 2002, et un passage au deuxième tour avec l'Australie, qui n'avait pas participé à l'événement depuis 32 ans, en 2006.
Dans les premiers jours, il faudra cependant surveiller de près le groupe C, l'incontournable «Groupe de la mort» que le hasard fait en sorte de créer dans chaque tournoi. Cette fois, une affiche immensément relevée voit la France, l'Italie, les Pays-Bas et la Roumanie se colleter dès l'ouverture des hostilités, avec deux laissez-passer seulement disponibles pour le tour éliminatoire. Cette fois? Il faut dire que les transalpins et les cisalpins commencent à avoir l'habitude de se croiser: ils ont fait les frais de la finale de la dernière Coupe du monde — qui a oublié Materazzi, la soeur de Zidane et le dénouement en tirs de barrage? —, puis se sont retrouvés dans le même groupe de qualification en vue de l'Euro, où les Bleus ont devancé in extremis l'Écosse, et les voici dans le même groupe préliminaire. Fait à signaler: les deux capitaines sont sur le carreau. Fabio Cannavaro, opéré à la cheville, ratera l'ensemble du tournoi; Patrick Vieira, ennuyé par une blessure à une hanche, ne devrait pas jouer le premier match de son équipe, et son retour ultérieur demeure douteux. Il s'agira par ailleurs, pour la France, de son premier tournoi majeur sans Zinédine Zidane, dont la retraite déjà annoncée a sonné en 2006 sous la forme d'un coup de boule sur Marco Materrazzi.
De leur côté, les Oranje des Pays-Bas disposent d'une attaque explosive menée par Ruud van Nistelrooy (le plus beau nom de joueur de l'Euro après celui de son coéquipier Jan Vennegoor of Hesselink), et ils seront des proies coriaces, de même que les Roumains.
Et les pays hôtes? Si la Suisse a des chances légitimes de viser le deuxième tour, les Autrichiens ne sont pas au bout de leurs peines. À tel point que, l'automne dernier, Michael Kriess, le fils de l'ancien international autrichien Werner Kriess, a lancé une pétition auprès des fans de l'équipe nationale afin que celle-ci se désiste de l'Euro, question de «ne pas nous plonger nous-mêmes dans l'embarras». Kriess a récolté 10 000 signatures. «Il s'agit de la pire formation autrichienne de tous les temps», a ajouté Toni Polster, le meilleur buteur de l'histoire de l'Autriche en matchs internationaux et membre de l'équipe qui avait accédé à la Coupe du monde en 1998.
Par-delà toutes ces considérations, des noms surgiront. Cristiano Ronaldo emmènera-t-il le Portugal jusqu'au bout? Fernando Torres remplira-t-il le filet au nom de l'Espagne? L'Allemagne pourrait-elle être entre de meilleures mains que celles de son milieu de terrain Michael Ballack? Que feront Peter Cech, peut-être le meilleur gardien au monde, Franck Ribéry, Henrik Larsson, Luca Toni? En raison de la relative force de presque tous ses participants, l'Euro est toujours d'une difficulté inouïe à pronostiquer. À partir d'aujourd'hui, on verra s'il y a d'autres miracles en gestation, ceux qui contribuent à faire que le foot demeure The Beautiful Game.
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