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30 ans de défis sur une piste temporaire

Jean Dion   6 juin 2008  Jeux olympiques
Ingénieurs et mécaniciens de l’écurie Ferrari ont travaillé hier à la préparation du bolide du champion du monde, Kimi Raikonnen.
Photo : Jacques Nadeau
Ingénieurs et mécaniciens de l’écurie Ferrari ont travaillé hier à la préparation du bolide du champion du monde, Kimi Raikonnen.
C'était le scénario rêvé. Depuis 1967, le Grand Prix du Canada de Formule 1 existait, mais il était couru à Mosport, près de Toronto, et deux fois au Mont-Tremblant. En 1978, il y a 30 ans, l'occasion se présente, à la faveur de la popularité croissante de Gilles Villeneuve, embauché l'année précédente dans les grandes ligues par McLaren puis par Ferrari: on déménage l'épreuve dans l'île Notre-Dame. On aménage un circuit à un endroit qui ne s'y prêtait peut-être pas à première vue — puits temporaires, manque de zones d'accélération —, mais qui permettra un assemblage de longues lignes droites et de virages serrés, sans parler de l'état changeant du bitume et de l'occasionnelle marmotte égarée, donnant lieu à des courses spectaculaires, exigeantes, et qui deviendra au fil du temps l'une des favorites des pilotes et du public.

Le scénario par excellence consistait évidemment en une victoire, pour le baptême de cette piste à laquelle on allait donner son nom quatre ans plus tard, peu après que le destin tragique eut frappé, de Villeneuve. Et c'est précisément ce qui s'est produit. Soutenue par 72 000 spectateurs frôlant le délire, la Ferrari numéro 12 distance de 13 secondes au fil la Wolf de Jody Scheckter. Villeneuve fait un tour d'honneur en brandissant le drapeau à damier et, lors de la cérémonie de présentation du podium, se débouche une bonne grosse Labatt 50, principal commanditaire de l'événement.

C'était il y a 30 ans. Parmi les écuries, on retrouvait des éternelles, Ferrari, McLaren, Renault, et d'autres qui n'ont pas survécu au passage du temps: Tyrrell, Brabham, Lotus, Arrows, Ligier, Shadow. Les pilotes de l'heure s'appelaient Mario Andretti, Ronnie Peterson, Carlos Reutemann, Niki Lauda. Le Grand Prix du Canada était une affaire automnale: Villeneuve a connu sa première victoire en carrière un 8 octobre.

Et il y avait des annonces de cigarettes partout.

Trente ans plus tard, le 30e Grand Prix de l'île Notre-Dame sera disputé dimanche (si les chiffres ne concordent pas, c'est que l'épreuve n'a pas eu lieu en 1987, une ténébreuse histoire de conflit dans les droits d'organisation). Et le classement n'aura probablement jamais été aussi serré* qu'il ne l'est au moment d'entrer dans le long week-end de la septième épreuve de la saison. Certes, ce sont toujours les deux mêmes équipes qui dominent, mais la lutte qu'elles se livrent se révèle tout à fait enlevante.

Six courses jusqu'à maintenant. Lewis Hamilton, le jeune prodige qui, comme Gilles Villeneuve mais toute comparaison s'arrête à peu près là, a remporté son premier titre à Montréal l'an dernier en route vers une deuxième place au championnat des pilotes à sa saison recrue, a lancé le calendrier 2008 en triomphant sur sa McLaren en Australie. Puis les Ferrari se sont imposées quatre fois de suite: Kimi Raïkkonen en Malaisie, Felipe Massa au Bahreïn, Raïkkonen en Espagne et Massa en Turquie. Hamilton est revenu à la charge à Monaco, où Massa a terminé troisième et Raïkkonen loin derrière. De sorte que les meneurs se tiennent dans un mouchoir de poche, 38 points pour Hamilton, 35 pour Raïkkonen et 34 pour Massa. Une allure qui n'est pas sans rappeler la saison 2007, quand Raïkkonen avait enlevé le championnat en devançant Hamilton et Fernando Alonso d'un minuscule point au finish.

Et à ceux-là, il faut bien ajouter le Polonais Robert Kubica, sur BMW-Sauber, qui suit tout près avec 32 points. Kubica, on s'en souviendra, avait été victime d'un terrible accident l'an dernier lorsqu'à la suite d'une fausse manoeuvre, sa voiture avait percuté un mur et s'était complètement désintégrée à l'entrée du tumultueux virage du Casino. Kubica s'en était miraculeusement sorti sans blessures graves et encore cette semaine, malgré sa mésaventure, il racontait que Montréal demeurait l'un de ses circuits préférés. Hamilton, lui, dit la même chose même s'il faut croire qu'il a d'autres raisons. En tout cas, il possède tous les atouts pour devenir la coqueluche des amateurs montréalais.

Les Ferrari, de leur côté, ont éprouvé des ennuis ici l'an dernier, Raïkkonen — qui, bien que tenant du titre, songerait à une retraite prématurée parce qu'il n'aime pas les «à-côtés» du sport automobile, et on le comprend un peu — prenant la cinquième place et Massa étant contraint à l'abandon. Il fut un temps où la Scuderia était impériale sur le circuit Gilles-Villeneuve, avec Michael Schumacher qui coiffait six fois le fil d'arrivée en tête en huit courses entre 1997 et 2004, mais ça s'est calmé depuis, à tel point que le directeur de la gestion sportive de l'écurie, Stefano Domenicali, parlait hier d'«un circuit qui ne nous réussit pas beaucoup».

Reste que l'imprévu est toujours au menu à Montréal. La piste étant temporaire, elle commence «sale» et les conditions de course changent de manière draconienne au fil du week-end. L'équipement qui est bon pour les essais libres ne l'est pas nécessairement pour les qualifications et encore moins pour l'épreuve proprement dite. Raison pour laquelle on entendra beaucoup parler de réglages, et de l'importance de chausser des gommes tendres, ou même archi-tendres. Trente ans plus tard, le circuit de l'île Notre-Dame présente encore des défis imposants.

Et question de défi, en voici un de taille: trouver Max Mosley, le président de la Fédération internationale de l'automobile qui a été confirmé dans ses fonctions après avoir été impliqué dans un scandale d'orgie filmée à connotation d'extrême droite, et obtenir une entrevue exclusive...
Ingénieurs et mécaniciens de l’écurie Ferrari ont travaillé hier à la préparation du bolide du champion du monde, Kimi Raikonnen. Lewis Hamilton
 






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  • jacques noel
    Inscrit
    vendredi 6 juin 2008 07h16
    La montréalisation des ondes
    « Fascinant de voir la couverture médiatique du Grand Prix par rapport à la couverture minable qu'a eu le Tournoi mondial de hockey le mois passé à Québec. Même le très sérieux Devoir fait sa manchette avec le Grand Prix.

    L'an passé la télé de Montréal nous a cassé les oreilles pendant 24 heures avec la venue du Airbus, un oiseau de 400 millions. En fin de semaine il y avait 120,000 personnes pour voir la venue de 7 bateaux de guerre à Québec dont le plus gros, de 1,5 milliard, était bardé de gadgets hichtechs, de quoi faire de multiples reportages.
    Dimanche soir, 18 heures, je rouvre ma télé à Radio-Canada. Première manchette de Céline Galipeau: le tour de l'Ile!!! 26,000 braves qui ont sorti leur bécane par temps frette. Pas un seul mot sur les 120,000 badauds à Québec.

    Ben hâte de voir la couverture de Michael Grenier aujourd'hui, le futur Gilles Villeneuve (mais les Montréalais ne le savent pas encore...) »

  • Bernard Gervais
    Abonné
    vendredi 6 juin 2008 10h14
    La Formule 1 : un événement important de plus en plus pour jet-setters
    « Je travaille dans le tourisme depuis 22 ans et, croyez-moi, la tenue annuelle du Grand Prix de Formule 1 c'est très important pour Montréal ! Les retombées économiques sont énormes, sans oublier le rayonnement international que procure à notre ville un tel événement.

    Cependant, avec les années, cette course semble de plus en plus réservée aux jet-setters, à ceux qui ont de l'argent. Les billets - surtout pour la finale - coûtent une fortune. Pensons aussi à ce bal au Casino où ne sont invitées que des célébrités. Et n'oublions pas le grand party pour stars d'Hollywood organisé chaque année, après la course, par Guy Laliberté !

    Résultat : les vrais amateurs de courses, dont la plupart ne sont pas aussi riches, se sentent exclus. Pas surprenant que beaucoup d'entre eux préfèrent les courses de Formule Atlantique et Nascar : on y retrouve aussi d'excellents pilotes et, de plus, les billets pour assister à ces événements sont beaucoup moins chers ! »

  • Pierre-E. Paradis
    Inscrit
    vendredi 6 juin 2008 10h43
    Frilosité des gens Québec, au contraire
    « Le grand prix de formule 1 est un événement de calibre international, et les péripéties des Villeneuve ont tenu tout le Québec en haleine durant des années. Ce n'est pas exactement la bonne cible pour dénoncer la montréalisation des médias.

    L'indépendance du Québec aurait permis de récupérer la totalité des pouvoirs du CRTC et imposer une couverture régionale plus équilibrée des autres événements culturels et sportifs. Mais les gens de Québec ont fait leur choix en appuyant l'option à 52% seulement, tout en laissant fuir 30 000 jeunes diplômés en 10 ans pour cause de marasme économique. Alors l'ex-418 que je suis dit: arrêtez de nous casser les couilles et prenez-vous en main. »

  • jacques noel
    Inscrit
    vendredi 6 juin 2008 12h22
    Pierre Paradis et les légendes montréalaises
    « D'accord le Grand Prix est un événement international. Mais le Tournoi international de hockey aussi. Près d'un milliard de téléspectateurs à travers le monde!!!
    Plein des grosses légumes en ville qui flambaient comme à Montréal pour le Grand Prix. Deux fois par jour on remplissait le Colisée (c'est comme si on remplissait le nouveau Forum à 10 reprises par jour!!!). Des fans de Russie, d'Italie, de France et surtout les Danois, les plus colorés de tous. Bref, pleins de reportages en vue. Mais pour la télé de Montréal, le Tournoi était en Biélorussie...

    Wacthez ben la couverture sur Grenier. Le ti-gars a juste 15 ans, la maturité de 20, et le talent d'un grand pilote, le plus grand peut-être que le Québec n'a jamais eu depuis Gilles Villeneuve. Mais à Montréal on ne le connait pas, il ne fait pas partie de la gang...

    -----------
    Les mythes ont la couenne dure et, pour la xième fois on nous revient avec le grand mythe montréalais que c'est la ville de Québec qui a fait perdre le dernier référendum.

    J'ai toujours pensé que la meilleure façon de combattre les mythes était d'exposer les faits tels qu'ils sont. La vérité brute, épurée de toute idéologie. Et les faits sont les suivants : au référendum de 1995, le OUI a fait 53,2% à Charlesbourg, 54,5% dans Chauveau, 60,1% aux Chutes de la Chaudière, 48,1% dans Jean-Talon, 54,7% dans La Peltrie, 56,5% à Lévis , 51,9% à Limoilou , 53,1% dans Louis-Hébert , 57,6% dans Montmorency, 59,1% dans Taschereau et 55,1% dans Vanier
    .
    En tout, 254,876 Québécois ont voté OUI et 208,150 NON. Le OUI a donc fait 55% à Québec. Comme Québec comptait 2% d'anglophones et 3% allophones qui, comme ailleurs au Québec, ont voté NO WAY à 95%, le OUI a donc fait 58% dans la population francophone, soit à peu près la moyenne nationale. Ce 58% est d'autant plus héroique qu'André Arthur, au sommet de sa gloire à l'époque, matraquait sur le OUI 3 heures par jour le matin et 2 heures le midi et que Parizeau avait commis la gaffe de garantir les emplois aux fonctionnaires québécois d'Ottawa soulevant beaucoup d'inquiétude chez les fonctionnaires de Québec.

    Alors d'où vient ce foutu mythe montréalais, si persistant 10 ans plus tard? De Jean-Talon, la Haute-ville de Québec qui a voté effectivement NON à 52%. Mais Jean-Talon n'est pas Québec, juste un quartier de la ville où réside une bonne partie de la minorité irlandaise de Québec, juste le quartier qui compte la population la plus vieille au Canada. Voilà pour l'explication du mythe.

    Pour ce qui est du vote anglo-ethnique, voici les résultats, épurés de tout jugement : 81,8% dans Nelligan , 84,7% dans Westmount-Saint-Louis, 86,5% dans Mont-Royal, 87,2% dans Pontiac , 89,8% dans Robert-Baldwin, 91,02% dans Jacques-Cartier, et -le record absolu- 96,38% dans D'Arcy-McGee, le comté qui a valu une condamnation de première classe de l'Assemblée nationale au pauvre Yves Michaud....

    http://www.electionsquebec.qc.ca/fr/tableaux/Referendum_1995_8481.asp »

  • François Caron
    Abonné
    vendredi 6 juin 2008 14h50
    Les über-riches nous tuent !
    « Et de toutes sortes de manières à part de t'ça !

    Sous couvert d'admiration d'exploit pseudo-sportif, on nous impose encore une fois ce spectacle indigent des parvenus incultes enfargés dans leur bling-bling clinquant censé mettre Montreal au monde sur la map du jet-set anglo-saxon.

    De l'écrasante marée de décibels qui nous assène: We are Here and We Rule ! à la mortifère et interminable pub de 96 heures de chars et d'exploits technologiques abordables pour les seules fortunes vertigineuses, privatisation des espaces publics grâce à nos benoîtes élites roi-et-reine-nègres (rue McGill College, rue Saint-Laurent, île Notre-Dame et parc Jean-Drapeau, notamment), célébration et élégie de l'hyperconsommation comme mode de vie seul garant du bonheur dans le réel et matériel, et destructeur de milieux de vie distants à nos yeux (delta du Niger au Nigéria, Darfour, Athabasca, Alaska, Sibérie, golfe du Mexique, côtes du Brésil, estuaire du Saint-Laurent bientôt, et j'en passe), dans un pays et une société normales, un acte d'éclat en forme d'exemple donnerait le message aux riches que bien qu'ils soient puissants en argent et en influences, ils sont bien seuls et indignes d'amour des masses souffrantes et désireuses de qualité de vie hors du diktat de l'argent et de l'aliénation de la force de travail.

    Un geste qui leur dirait que malgré leur existence insolente, ils n'ont pas droit de cité et de fraternité avec leurs frères et soeurs humains tant qu'ils n'auront pas la décence du partage et la dignité de compatir dans leur souffrance. »

  • Claude Archambault
    Inscrit
    vendredi 6 juin 2008 18h00
    @M Noel
    « Avec plus de la moitié de la population du Québec et le moteur économique du Québec, Il est parfaitement normal que Montréal occupe plus de la moitié des bulletins de nouvelle, quoiqu'en pense le Grand Village. Être la Capitale de la province ne fais pas de Québec la plus grande ville et la ville la plus importante. La capitale de New York est Albanie et demandez à presque tous si cette ville est connu ? La seule couverture qu'elle a c'est quelque nouvelle politique.
    Donc la couverture médiatique est directement en fonction de la population et de son économie et non à ses prétention de capital nationale, car au pays il ne peu y avoir qu'une Capitale Nationale et c'est Ottawa. Québec n'est que comme Régina, Winnipeg et Toronto une capitale provinciale. »

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