30 ans de défis sur une piste temporaire
Photo : Jacques Nadeau
Ingénieurs et mécaniciens de l’écurie Ferrari ont travaillé hier à la préparation du bolide du champion du monde, Kimi Raikonnen.
C'était le scénario rêvé. Depuis 1967, le Grand Prix du Canada de Formule 1 existait, mais il était couru à Mosport, près de Toronto, et deux fois au Mont-Tremblant. En 1978, il y a 30 ans, l'occasion se présente, à la faveur de la popularité croissante de Gilles Villeneuve, embauché l'année précédente dans les grandes ligues par McLaren puis par Ferrari: on déménage l'épreuve dans l'île Notre-Dame. On aménage un circuit à un endroit qui ne s'y prêtait peut-être pas à première vue — puits temporaires, manque de zones d'accélération —, mais qui permettra un assemblage de longues lignes droites et de virages serrés, sans parler de l'état changeant du bitume et de l'occasionnelle marmotte égarée, donnant lieu à des courses spectaculaires, exigeantes, et qui deviendra au fil du temps l'une des favorites des pilotes et du public.
Le scénario par excellence consistait évidemment en une victoire, pour le baptême de cette piste à laquelle on allait donner son nom quatre ans plus tard, peu après que le destin tragique eut frappé, de Villeneuve. Et c'est précisément ce qui s'est produit. Soutenue par 72 000 spectateurs frôlant le délire, la Ferrari numéro 12 distance de 13 secondes au fil la Wolf de Jody Scheckter. Villeneuve fait un tour d'honneur en brandissant le drapeau à damier et, lors de la cérémonie de présentation du podium, se débouche une bonne grosse Labatt 50, principal commanditaire de l'événement.
C'était il y a 30 ans. Parmi les écuries, on retrouvait des éternelles, Ferrari, McLaren, Renault, et d'autres qui n'ont pas survécu au passage du temps: Tyrrell, Brabham, Lotus, Arrows, Ligier, Shadow. Les pilotes de l'heure s'appelaient Mario Andretti, Ronnie Peterson, Carlos Reutemann, Niki Lauda. Le Grand Prix du Canada était une affaire automnale: Villeneuve a connu sa première victoire en carrière un 8 octobre.
Et il y avait des annonces de cigarettes partout.
Trente ans plus tard, le 30e Grand Prix de l'île Notre-Dame sera disputé dimanche (si les chiffres ne concordent pas, c'est que l'épreuve n'a pas eu lieu en 1987, une ténébreuse histoire de conflit dans les droits d'organisation). Et le classement n'aura probablement jamais été aussi serré* qu'il ne l'est au moment d'entrer dans le long week-end de la septième épreuve de la saison. Certes, ce sont toujours les deux mêmes équipes qui dominent, mais la lutte qu'elles se livrent se révèle tout à fait enlevante.
Six courses jusqu'à maintenant. Lewis Hamilton, le jeune prodige qui, comme Gilles Villeneuve mais toute comparaison s'arrête à peu près là, a remporté son premier titre à Montréal l'an dernier en route vers une deuxième place au championnat des pilotes à sa saison recrue, a lancé le calendrier 2008 en triomphant sur sa McLaren en Australie. Puis les Ferrari se sont imposées quatre fois de suite: Kimi Raïkkonen en Malaisie, Felipe Massa au Bahreïn, Raïkkonen en Espagne et Massa en Turquie. Hamilton est revenu à la charge à Monaco, où Massa a terminé troisième et Raïkkonen loin derrière. De sorte que les meneurs se tiennent dans un mouchoir de poche, 38 points pour Hamilton, 35 pour Raïkkonen et 34 pour Massa. Une allure qui n'est pas sans rappeler la saison 2007, quand Raïkkonen avait enlevé le championnat en devançant Hamilton et Fernando Alonso d'un minuscule point au finish.
Et à ceux-là, il faut bien ajouter le Polonais Robert Kubica, sur BMW-Sauber, qui suit tout près avec 32 points. Kubica, on s'en souviendra, avait été victime d'un terrible accident l'an dernier lorsqu'à la suite d'une fausse manoeuvre, sa voiture avait percuté un mur et s'était complètement désintégrée à l'entrée du tumultueux virage du Casino. Kubica s'en était miraculeusement sorti sans blessures graves et encore cette semaine, malgré sa mésaventure, il racontait que Montréal demeurait l'un de ses circuits préférés. Hamilton, lui, dit la même chose même s'il faut croire qu'il a d'autres raisons. En tout cas, il possède tous les atouts pour devenir la coqueluche des amateurs montréalais.
Les Ferrari, de leur côté, ont éprouvé des ennuis ici l'an dernier, Raïkkonen — qui, bien que tenant du titre, songerait à une retraite prématurée parce qu'il n'aime pas les «à-côtés» du sport automobile, et on le comprend un peu — prenant la cinquième place et Massa étant contraint à l'abandon. Il fut un temps où la Scuderia était impériale sur le circuit Gilles-Villeneuve, avec Michael Schumacher qui coiffait six fois le fil d'arrivée en tête en huit courses entre 1997 et 2004, mais ça s'est calmé depuis, à tel point que le directeur de la gestion sportive de l'écurie, Stefano Domenicali, parlait hier d'«un circuit qui ne nous réussit pas beaucoup».
Reste que l'imprévu est toujours au menu à Montréal. La piste étant temporaire, elle commence «sale» et les conditions de course changent de manière draconienne au fil du week-end. L'équipement qui est bon pour les essais libres ne l'est pas nécessairement pour les qualifications et encore moins pour l'épreuve proprement dite. Raison pour laquelle on entendra beaucoup parler de réglages, et de l'importance de chausser des gommes tendres, ou même archi-tendres. Trente ans plus tard, le circuit de l'île Notre-Dame présente encore des défis imposants.
Et question de défi, en voici un de taille: trouver Max Mosley, le président de la Fédération internationale de l'automobile qui a été confirmé dans ses fonctions après avoir été impliqué dans un scandale d'orgie filmée à connotation d'extrême droite, et obtenir une entrevue exclusive...
Le scénario par excellence consistait évidemment en une victoire, pour le baptême de cette piste à laquelle on allait donner son nom quatre ans plus tard, peu après que le destin tragique eut frappé, de Villeneuve. Et c'est précisément ce qui s'est produit. Soutenue par 72 000 spectateurs frôlant le délire, la Ferrari numéro 12 distance de 13 secondes au fil la Wolf de Jody Scheckter. Villeneuve fait un tour d'honneur en brandissant le drapeau à damier et, lors de la cérémonie de présentation du podium, se débouche une bonne grosse Labatt 50, principal commanditaire de l'événement.
C'était il y a 30 ans. Parmi les écuries, on retrouvait des éternelles, Ferrari, McLaren, Renault, et d'autres qui n'ont pas survécu au passage du temps: Tyrrell, Brabham, Lotus, Arrows, Ligier, Shadow. Les pilotes de l'heure s'appelaient Mario Andretti, Ronnie Peterson, Carlos Reutemann, Niki Lauda. Le Grand Prix du Canada était une affaire automnale: Villeneuve a connu sa première victoire en carrière un 8 octobre.
Et il y avait des annonces de cigarettes partout.
Trente ans plus tard, le 30e Grand Prix de l'île Notre-Dame sera disputé dimanche (si les chiffres ne concordent pas, c'est que l'épreuve n'a pas eu lieu en 1987, une ténébreuse histoire de conflit dans les droits d'organisation). Et le classement n'aura probablement jamais été aussi serré* qu'il ne l'est au moment d'entrer dans le long week-end de la septième épreuve de la saison. Certes, ce sont toujours les deux mêmes équipes qui dominent, mais la lutte qu'elles se livrent se révèle tout à fait enlevante.
Six courses jusqu'à maintenant. Lewis Hamilton, le jeune prodige qui, comme Gilles Villeneuve mais toute comparaison s'arrête à peu près là, a remporté son premier titre à Montréal l'an dernier en route vers une deuxième place au championnat des pilotes à sa saison recrue, a lancé le calendrier 2008 en triomphant sur sa McLaren en Australie. Puis les Ferrari se sont imposées quatre fois de suite: Kimi Raïkkonen en Malaisie, Felipe Massa au Bahreïn, Raïkkonen en Espagne et Massa en Turquie. Hamilton est revenu à la charge à Monaco, où Massa a terminé troisième et Raïkkonen loin derrière. De sorte que les meneurs se tiennent dans un mouchoir de poche, 38 points pour Hamilton, 35 pour Raïkkonen et 34 pour Massa. Une allure qui n'est pas sans rappeler la saison 2007, quand Raïkkonen avait enlevé le championnat en devançant Hamilton et Fernando Alonso d'un minuscule point au finish.
Et à ceux-là, il faut bien ajouter le Polonais Robert Kubica, sur BMW-Sauber, qui suit tout près avec 32 points. Kubica, on s'en souviendra, avait été victime d'un terrible accident l'an dernier lorsqu'à la suite d'une fausse manoeuvre, sa voiture avait percuté un mur et s'était complètement désintégrée à l'entrée du tumultueux virage du Casino. Kubica s'en était miraculeusement sorti sans blessures graves et encore cette semaine, malgré sa mésaventure, il racontait que Montréal demeurait l'un de ses circuits préférés. Hamilton, lui, dit la même chose même s'il faut croire qu'il a d'autres raisons. En tout cas, il possède tous les atouts pour devenir la coqueluche des amateurs montréalais.
Les Ferrari, de leur côté, ont éprouvé des ennuis ici l'an dernier, Raïkkonen — qui, bien que tenant du titre, songerait à une retraite prématurée parce qu'il n'aime pas les «à-côtés» du sport automobile, et on le comprend un peu — prenant la cinquième place et Massa étant contraint à l'abandon. Il fut un temps où la Scuderia était impériale sur le circuit Gilles-Villeneuve, avec Michael Schumacher qui coiffait six fois le fil d'arrivée en tête en huit courses entre 1997 et 2004, mais ça s'est calmé depuis, à tel point que le directeur de la gestion sportive de l'écurie, Stefano Domenicali, parlait hier d'«un circuit qui ne nous réussit pas beaucoup».
Reste que l'imprévu est toujours au menu à Montréal. La piste étant temporaire, elle commence «sale» et les conditions de course changent de manière draconienne au fil du week-end. L'équipement qui est bon pour les essais libres ne l'est pas nécessairement pour les qualifications et encore moins pour l'épreuve proprement dite. Raison pour laquelle on entendra beaucoup parler de réglages, et de l'importance de chausser des gommes tendres, ou même archi-tendres. Trente ans plus tard, le circuit de l'île Notre-Dame présente encore des défis imposants.
Et question de défi, en voici un de taille: trouver Max Mosley, le président de la Fédération internationale de l'automobile qui a été confirmé dans ses fonctions après avoir été impliqué dans un scandale d'orgie filmée à connotation d'extrême droite, et obtenir une entrevue exclusive...
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