Djokovic s'offre Federer
Photo : Pascal Ratthé
Surprise en finale de la coupe Rogers de tennis - Levant les yeux au ciel, Novak Djokovic a savouré pleinement sa victoire face au champion en titre, Roger Federer.
Zut alors. Le titre était tout trouvé, génialissime sans bon sens, déjà promis à une place au musée des plus grandes trouvailles de l'histoire de la presse libre. Si Roger Federer l'avait emporté hier à la coupe Rogers, ç'aurait été la troisième fois qu'il aurait conquis le championnat canadien à ses trois dernières visites au pays. Il aurait donc été tout à fait approprié, puisqu'il sera là encore longtemps et qu'il a l'habitude de la victoire, de rebaptiser le tout «la coupe Roger». Ce n'aurait pas été le premier calembour fait à son sujet, puisque lorsqu'il gagne de manière expéditive, on a déjà entendu parler de «Federer Express». Enfin.
Mais vous savez peut-être comment sont la vie en général et le tennis professionnel en particulier, il suffit que l'on s'attende à quelque chose pour qu'autre chose se produise. Et en l'occurrence, «autre chose» s'appelle Novak Djokovic, a 20 ans et des poussières, joue de manière inspirée et vient de se farcir les deux meilleures raquettes de la planète en moins de 24 heures en les personnes de Rafael Nadal et de Roger Federer.
Hier après-midi au parc Jarry, Djokovic, qui était 80e et quelque au classement mondial ATP il y a un an et demi à peine mais a débarqué à Montréal avec la 4e place en poche, s'est imposé au terme d'une bataille d'attrition d'exactement 133 minutes en défaisant Federer, qu'il a salué comme «probablement le meilleur joueur de tous les temps», au score de 7-6, 2-6 et 7-6 en finale du tournoi. Dire que le jeune est en passe de s'inviter dans le club exclusif des grands noms du tennis masculin relève sans doute d'ores et déjà de l'euphémisme. En tout cas, contrairement à plusieurs autres, il ne cache pas son ambition d'être un jour prochain le numéro un. «Mais j'ai du temps devant moi», dit-il.
Le premier depuis Becker
Ce faisant, Djokovic est devenu le premier joueur depuis Boris Becker, à Stockholm en 1994, à battre dans un même tournoi les trois joueurs les plus haut cotés du monde (Federer, Nadal et Andy Roddick). Il est aussi le premier à vaincre Federer et Nadal dans le même tournoi, ce qui nous en raconte un peu sur son immense potentiel.
Et, ajouterons-nous pour les archives, il est le deuxième représentant consécutif de la Serbie à enlever la version montréalaise de la coupe Rogers, puisque sa compatriote Ana Ivanovic avait triomphé sur le même court l'an dernier. Un exploit pour une petite nation «sans véritable tradition de tennis, mais où ce sport est probablement le plus populaire à l'heure actuelle», a dit Djokovic lors d'une conférence de presse tenue à l'issue du match.
Avec cette victoire, la quatrième de sa carrière sur le circuit ATP et sa deuxième dans un tournoi de la série Masters, Djokovic reprendra aujourd'hui la troisième place mondiale. Il s'agit de son premier gain sur Federer en cinq tentatives.
«Ce fut une semaine extraordinaire. Avec Miami [le Masters qu'il a gagné, en mars dernier], sans doute le meilleur tournoi de ma carrière. C'est un succès d'autant plus grand que j'ai battu successivement les trois meilleurs joueurs du monde. Je ne peux pas décrire ce que je ressens à l'heure actuelle. C'est comme un rêve qui se réalise, jouer contre Federer en finale et remporter ces bris d'égalité, c'était incroyable. J'ai réussi à remporter deux bris d'égalité contre le joueur qui est le meilleur dans ces circonstances et qui est le joueur le plus fort mentalement au monde.»
De son côté, Federer a déclaré que son adversaire avait «énormément bien joué» et que, personnellement, il n'avait jamais été en mesure de «reprendre [son] souffle». Djokovic, a-t-il noté, «est un jeune joueur en pleine ascension qui s'améliore sans cesse, pratiquement au jour le jour. Il apprend vite. Et depuis un an, son jeu le prouve. S'il continue sur cette lancée, il aura d'excellentes chances dans les tournois du Grand Chelem. Il s'est déjà rendu à deux demi-finales. Ce tournoi-ci pourrait être un événement marquant pour lui.»
«Il a joué comme un jeune qui monte. Il n'a rien à perdre et il tape de toutes ses forces, et bien sûr, ça marche, c'est clair. Comme moi, quand j'étais jeune, ça marchait aussi. On ne réfléchit pas, ça part tout seul...», a-t-il ajouté, précisant qu'il estimait avoir mieux joué cette année qu'à Toronto en 2006, lorsqu'il avait remporté le titre.
Match intéressant
Dans l'ensemble, ce fut un match intéressant, dominé par la puissance et la précision du jeu de fond auquel les deux protagonistes excellent.
Djokovic est sorti fumant des blocs de départ, brisant le service de Federer dès le deuxième jeu avant de prendre les devants 3-0 sur une suite de coups gagnants. Mais le Suisse a eu tôt fait de ramener la situation à l'ordre en y allant d'un bris à son tour. Les serveurs ont ensuite établi leur domination jusqu'à ce que la marque soit 5-5. C'est à ce moment qu'un tournant de match, un épisode clé, un fait saillant quoi, est survenu.
Menant 40-0 au service, Djokovic a vu son rival le remonter et remporter le jeu pour faire 6-5 Federer. D'un point de vue d'observateur neutre et non engagé, se limitant aux faits, il était dès lors tentant de se dire ça y est, le jeune a craqué, impossible de tenir tête éternellement à une aussi belle machine, Federer attendait l'occasion et il ne l'a pas ratée.
Mais il y avait de la résilience dans l'air. Au jeu suivant, Federer a lui-même pris les devants 40-0 pour s'offrir trois points de manche. Djokovic a résisté. Résultat, sept égalités bien comptées, trois autres points de manche perdus. Au passage, le Serbe laissait bien échapper quatre points de bris, mais il finissait tout de même par enlever la mise pour faire 6-6 et provoquer le bris d'égalité. Qu'il remporta 7-2.
Au deuxième set, Djokovic a d'abord sauvé deux balles de bris pour parvenir à créer l'égalité 2-2, mais son service ne fut pas à la hauteur subséquemment. Deux bris consécutifs de Federer devaient lui permettre de se sauver avec la manche par 6-2. Et encore une fois, il n'était pas illégitime de se demander si l'aspirant pourrait encore tenir longtemps.
Réponse: oui. Dès l'amorce de la manche décisive, Djokovic ravissait son service à Federer. Mais à 4-3, il se faisait faire le même coup, ce qui devait conduire le set à un autre bris d'égalité. Que le Serbe conclut sans trop s'inquiéter, 7-2, pour donner aux Internationaux du Canada un champion inédit, assez largement inattendu mais rempli d'énormes promesses et dont on devrait entendre parler pendant de nombreuses années.
«Je vais demander à ce que l'an prochain, le tournoi canadien s'appelle la coupe Novak», a-t-il d'ailleurs lancé à la blague après la rencontre.
Mais quel que soit son nom, l'événement peut se targuer d'être «le meilleur tournoi d'une semaine dans le monde entier», ainsi que l'a souligné hier son directeur, Eugène Lapierre, au moment d'annoncer une assistance record de 185 252 spectateurs pour l'ensemble de la semaine, en hausse de plus de 10 000 sur l'an dernier. Un tournoi qui a notamment profité du parcours impressionnant du Canadien Frank Dancevic, et qui devra redoubler d'ardeur pour accueillir les meilleures joueuses en 2008, alors que la coupe Rogers précédera de peu la tenue des Jeux olympiques de Pékin.
Mais vous savez peut-être comment sont la vie en général et le tennis professionnel en particulier, il suffit que l'on s'attende à quelque chose pour qu'autre chose se produise. Et en l'occurrence, «autre chose» s'appelle Novak Djokovic, a 20 ans et des poussières, joue de manière inspirée et vient de se farcir les deux meilleures raquettes de la planète en moins de 24 heures en les personnes de Rafael Nadal et de Roger Federer.
Hier après-midi au parc Jarry, Djokovic, qui était 80e et quelque au classement mondial ATP il y a un an et demi à peine mais a débarqué à Montréal avec la 4e place en poche, s'est imposé au terme d'une bataille d'attrition d'exactement 133 minutes en défaisant Federer, qu'il a salué comme «probablement le meilleur joueur de tous les temps», au score de 7-6, 2-6 et 7-6 en finale du tournoi. Dire que le jeune est en passe de s'inviter dans le club exclusif des grands noms du tennis masculin relève sans doute d'ores et déjà de l'euphémisme. En tout cas, contrairement à plusieurs autres, il ne cache pas son ambition d'être un jour prochain le numéro un. «Mais j'ai du temps devant moi», dit-il.
Le premier depuis Becker
Ce faisant, Djokovic est devenu le premier joueur depuis Boris Becker, à Stockholm en 1994, à battre dans un même tournoi les trois joueurs les plus haut cotés du monde (Federer, Nadal et Andy Roddick). Il est aussi le premier à vaincre Federer et Nadal dans le même tournoi, ce qui nous en raconte un peu sur son immense potentiel.
Et, ajouterons-nous pour les archives, il est le deuxième représentant consécutif de la Serbie à enlever la version montréalaise de la coupe Rogers, puisque sa compatriote Ana Ivanovic avait triomphé sur le même court l'an dernier. Un exploit pour une petite nation «sans véritable tradition de tennis, mais où ce sport est probablement le plus populaire à l'heure actuelle», a dit Djokovic lors d'une conférence de presse tenue à l'issue du match.
Avec cette victoire, la quatrième de sa carrière sur le circuit ATP et sa deuxième dans un tournoi de la série Masters, Djokovic reprendra aujourd'hui la troisième place mondiale. Il s'agit de son premier gain sur Federer en cinq tentatives.
«Ce fut une semaine extraordinaire. Avec Miami [le Masters qu'il a gagné, en mars dernier], sans doute le meilleur tournoi de ma carrière. C'est un succès d'autant plus grand que j'ai battu successivement les trois meilleurs joueurs du monde. Je ne peux pas décrire ce que je ressens à l'heure actuelle. C'est comme un rêve qui se réalise, jouer contre Federer en finale et remporter ces bris d'égalité, c'était incroyable. J'ai réussi à remporter deux bris d'égalité contre le joueur qui est le meilleur dans ces circonstances et qui est le joueur le plus fort mentalement au monde.»
De son côté, Federer a déclaré que son adversaire avait «énormément bien joué» et que, personnellement, il n'avait jamais été en mesure de «reprendre [son] souffle». Djokovic, a-t-il noté, «est un jeune joueur en pleine ascension qui s'améliore sans cesse, pratiquement au jour le jour. Il apprend vite. Et depuis un an, son jeu le prouve. S'il continue sur cette lancée, il aura d'excellentes chances dans les tournois du Grand Chelem. Il s'est déjà rendu à deux demi-finales. Ce tournoi-ci pourrait être un événement marquant pour lui.»
«Il a joué comme un jeune qui monte. Il n'a rien à perdre et il tape de toutes ses forces, et bien sûr, ça marche, c'est clair. Comme moi, quand j'étais jeune, ça marchait aussi. On ne réfléchit pas, ça part tout seul...», a-t-il ajouté, précisant qu'il estimait avoir mieux joué cette année qu'à Toronto en 2006, lorsqu'il avait remporté le titre.
Match intéressant
Dans l'ensemble, ce fut un match intéressant, dominé par la puissance et la précision du jeu de fond auquel les deux protagonistes excellent.
Djokovic est sorti fumant des blocs de départ, brisant le service de Federer dès le deuxième jeu avant de prendre les devants 3-0 sur une suite de coups gagnants. Mais le Suisse a eu tôt fait de ramener la situation à l'ordre en y allant d'un bris à son tour. Les serveurs ont ensuite établi leur domination jusqu'à ce que la marque soit 5-5. C'est à ce moment qu'un tournant de match, un épisode clé, un fait saillant quoi, est survenu.
Menant 40-0 au service, Djokovic a vu son rival le remonter et remporter le jeu pour faire 6-5 Federer. D'un point de vue d'observateur neutre et non engagé, se limitant aux faits, il était dès lors tentant de se dire ça y est, le jeune a craqué, impossible de tenir tête éternellement à une aussi belle machine, Federer attendait l'occasion et il ne l'a pas ratée.
Mais il y avait de la résilience dans l'air. Au jeu suivant, Federer a lui-même pris les devants 40-0 pour s'offrir trois points de manche. Djokovic a résisté. Résultat, sept égalités bien comptées, trois autres points de manche perdus. Au passage, le Serbe laissait bien échapper quatre points de bris, mais il finissait tout de même par enlever la mise pour faire 6-6 et provoquer le bris d'égalité. Qu'il remporta 7-2.
Au deuxième set, Djokovic a d'abord sauvé deux balles de bris pour parvenir à créer l'égalité 2-2, mais son service ne fut pas à la hauteur subséquemment. Deux bris consécutifs de Federer devaient lui permettre de se sauver avec la manche par 6-2. Et encore une fois, il n'était pas illégitime de se demander si l'aspirant pourrait encore tenir longtemps.
Réponse: oui. Dès l'amorce de la manche décisive, Djokovic ravissait son service à Federer. Mais à 4-3, il se faisait faire le même coup, ce qui devait conduire le set à un autre bris d'égalité. Que le Serbe conclut sans trop s'inquiéter, 7-2, pour donner aux Internationaux du Canada un champion inédit, assez largement inattendu mais rempli d'énormes promesses et dont on devrait entendre parler pendant de nombreuses années.
«Je vais demander à ce que l'an prochain, le tournoi canadien s'appelle la coupe Novak», a-t-il d'ailleurs lancé à la blague après la rencontre.
Mais quel que soit son nom, l'événement peut se targuer d'être «le meilleur tournoi d'une semaine dans le monde entier», ainsi que l'a souligné hier son directeur, Eugène Lapierre, au moment d'annoncer une assistance record de 185 252 spectateurs pour l'ensemble de la semaine, en hausse de plus de 10 000 sur l'an dernier. Un tournoi qui a notamment profité du parcours impressionnant du Canadien Frank Dancevic, et qui devra redoubler d'ardeur pour accueillir les meilleures joueuses en 2008, alors que la coupe Rogers précédera de peu la tenue des Jeux olympiques de Pékin.
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