Le Tour de France dérape
Photo : Agence France-Presse
L’Italien Cristian Moreni a été arrêté par les gendarmes français au terme de la seizième étape du Tour de France, hier. Un taux de testostérone trop élevé l’a trahi et a signifié la fin du Tour pour lui et tous ses coéquipiers de l’éq
Grosse commotion hier, autour d'un Tour de France qui s'enfonce de plus en plus dans la honte. Outre un nouveau cas de dopage révélé dans l'après-midi, le maillot jaune de l'épreuve, le Danois Michael Rasmussen, a été plus tard mis à la porte par son équipe d'une compétition qu'il dominait d'une manière bien suspecte, laissant le Tour dans une profonde crise.
Rasmussen devient probablement le premier cycliste de l'histoire à quitter le Tour de France quelques heures après avoir remporté avec aisance une étape de haute montagne (il s'est présenté en vainqueur au sommet du mythique col de l'Aubisque, arrivée de la 16e étape), en détenant le maillot jaune de leader et sans avoir été blessé ou testé positif.
Dans son cas, les soupçons auront suffi pour lui indiquer la sortie.
La journée avait déjà bien mal commencé pour le Tour. Après la suspension mardi de la grande vedette Alexandre Vinokourov pour transfusion sanguine homologue, huit équipes ont protesté contre le dopage au départ de l'étape.
Elles sont symboliquement restées en retrait des autres coureurs, qui se sont élancés seuls. Parmi le groupe des cyclistes dégoûtés par «les affaires»: l'équipe Cofidis et son coureur italien Cristian Moreni.
Ironiquement, ce même Moreni sera accueilli à l'Aubisque par les gendarmes français. Il a échoué à un test antidopage après la 11e étape, disputée entre Marseille et Montpellier. Son taux de testostérone était anormalement élevé. Moreni, 34 ans, a immédiatement reconnu les faits, refusant une contre-expertise et affirmant avoir agi seul. Son équipe — Cofidis — a toutefois choisi de quitter le Tour, comme l'avait fait l'Astana de Vinokourov. Les gendarmes français ont d'ailleurs fouillé le quartier général de Cofidis en soirée.
Le gros coup
Le gros coup de tonnerre est toutefois venu plus tard, avec l'annonce par l'équipe Rabobank que le leader Rasmussen, 33 ans, lâchait prise. Le porte-parole de Rabobank, Jacob Bergsma, a déclaré que Rasmussen «a violé les règles de l'équipe» en mentant sur son horaire précédant le Tour. Le coureur avait dit à son équipe qu'il était au Mexique alors qu'il se trouvait en Italie.
Les coureurs cyclistes ont l'obligation de fournir l'horaire précis de leurs séances d'entraînement afin que les autorités et l'Union cycliste internationale puissent pratiquer des tests antidopage inopinés.
Or on a appris la semaine dernière que Rasmussen a manqué au moins quatre de ces tests dans les derniers mois. Des «erreurs administratives», selon le principal intéressé. Sa fédération cycliste avait toutefois réagi en annonçant que le coureur ne pourrait pas participer aux Jeux olympiques de Pékin, l'an prochain. La direction du Tour s'était aussi montrée embarrassée par les événements, reconnaissant du bout des lèvres qu'il n'aurait pas dû prendre le départ du Tour dans ces conditions.
Selon le directeur de l'équipe, Theo de Rooy, Rasmussen a souvent menti à son équipe. «À plusieurs reprises, il a dit où il s'entraînait et cela s'est révélé faux. La direction de l'équipe a reçu ces informations plusieurs fois, et aujourd'hui nous avons reçu de nouvelles informations. Rabobank est choquée et terriblement déçue que Rasmussen ait menti sur l'endroit où il se trouvait.»
Pression
Depuis la découverte la semaine dernière des manquements de Rasmussen, la pression se faisait forte pour qu'il quitte le Tour. D'autant plus que son résultat très surprenant dans l'épreuve du contre-la-montre de samedi (onzième) a été jugé inconcevable pour un coureur qui n'a jamais été un gros rouleur, mais plutôt un grimpeur talentueux (deux fois le meilleur sur le Tour).
On maugréait autant dans le peloton que dans la foule. Le public avait d'ailleurs tranché et copieusement sifflé Rasmussen sur le podium de l'Aubisque hier. Plusieurs dirigeants avaient également exprimé leur malaise devant la perspective de voir Rasmussen en jaune à Paris.
Les membres de Rabobank décideront individuellement s'ils continuent la course ce matin, alors qu'il reste quatre jours avant l'arrivée sur les Champs-Élysées.
Rasmussen parti, c'est l'Espagnol Alberto Contador (Discovery Channel — l'ancienne équipe de Lance Armstrong) qui portera aujourd'hui le maillot jaune. Contador, qui a plusieurs fois tenté sans succès de distancer Rasmussen dans les Pyrénées, avait concédé la victoire finale à son adversaire avant le coup d'éclat d'hier soir.
Le départ de Rasmussen confirmé, le directeur du Tour, Christian Prudhomme, a indiqué en soirée que l'organisation «a fait tout ce qui [est possible] pour chasser la suspicion». «J'aurai au moins le sentiment de ne pas être déshonoré», a déclaré M. Prudhomme, estimant qu'on «ne peut pas se moquer impunément du Tour de France».
M. Prudhomme a salué la décision des commanditaires d'équipes qui ont choisi de quitter le Tour et a souligné qu'il gardait sa confiance en Éric Boyer, le directeur de Cofidis, une équipe «dont la majorité des coureurs sont propres». Très engagé dans la lutte antidopage, Boyer avait lancé ce «mouvement pour un cyclisme crédible» qui a mené huit équipes à boycotter le départ de la course d'hier.
Cofidis, arrivée dans le peloton en 1997, s'était déjà trouvée au coeur d'un scandale de dopage, après l'interpellation de l'un de ses soigneurs et la mise en cause de plusieurs de ses coureurs en 2004.
Pour sa part, le président de la société organisatrice du Tour (ASO), Patrice Clerc, évalue que la décision de Rabobank de retirer du Tour Michael Rasmussen «marque la volonté de changement» du monde cycliste. «Je ne peux que constater que Michael Rasmussen, depuis le début de ce Tour de France, est négatif à tous les contrôles qu'il a subis, a souligné Clerc. Mais ce n'est pas ça qui est important. Ce qui est important, c'est qu'aujourd'hui le cyclisme dans son ensemble comprenne qu'il a un devoir d'exemplarité; il n'a absolument plus le droit à l'erreur.»
Déjà que le vainqueur de l'édition de 2006 du Tour demeure encore inconnu à ce jour (le gagnant Floyd Landis a été testé positif à la testostérone après l'épreuve) et que les victoires du vainqueur des sept éditions précédentes, Lance Armstrong, font aussi l'objet de suspicions tenaces...
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D'après l'AFP, Reuters, AP, L'Équipe.fr, CyclingNews
Rasmussen devient probablement le premier cycliste de l'histoire à quitter le Tour de France quelques heures après avoir remporté avec aisance une étape de haute montagne (il s'est présenté en vainqueur au sommet du mythique col de l'Aubisque, arrivée de la 16e étape), en détenant le maillot jaune de leader et sans avoir été blessé ou testé positif.
Dans son cas, les soupçons auront suffi pour lui indiquer la sortie.
La journée avait déjà bien mal commencé pour le Tour. Après la suspension mardi de la grande vedette Alexandre Vinokourov pour transfusion sanguine homologue, huit équipes ont protesté contre le dopage au départ de l'étape.
Elles sont symboliquement restées en retrait des autres coureurs, qui se sont élancés seuls. Parmi le groupe des cyclistes dégoûtés par «les affaires»: l'équipe Cofidis et son coureur italien Cristian Moreni.
Ironiquement, ce même Moreni sera accueilli à l'Aubisque par les gendarmes français. Il a échoué à un test antidopage après la 11e étape, disputée entre Marseille et Montpellier. Son taux de testostérone était anormalement élevé. Moreni, 34 ans, a immédiatement reconnu les faits, refusant une contre-expertise et affirmant avoir agi seul. Son équipe — Cofidis — a toutefois choisi de quitter le Tour, comme l'avait fait l'Astana de Vinokourov. Les gendarmes français ont d'ailleurs fouillé le quartier général de Cofidis en soirée.
Le gros coup
Le gros coup de tonnerre est toutefois venu plus tard, avec l'annonce par l'équipe Rabobank que le leader Rasmussen, 33 ans, lâchait prise. Le porte-parole de Rabobank, Jacob Bergsma, a déclaré que Rasmussen «a violé les règles de l'équipe» en mentant sur son horaire précédant le Tour. Le coureur avait dit à son équipe qu'il était au Mexique alors qu'il se trouvait en Italie.
Les coureurs cyclistes ont l'obligation de fournir l'horaire précis de leurs séances d'entraînement afin que les autorités et l'Union cycliste internationale puissent pratiquer des tests antidopage inopinés.
Or on a appris la semaine dernière que Rasmussen a manqué au moins quatre de ces tests dans les derniers mois. Des «erreurs administratives», selon le principal intéressé. Sa fédération cycliste avait toutefois réagi en annonçant que le coureur ne pourrait pas participer aux Jeux olympiques de Pékin, l'an prochain. La direction du Tour s'était aussi montrée embarrassée par les événements, reconnaissant du bout des lèvres qu'il n'aurait pas dû prendre le départ du Tour dans ces conditions.
Selon le directeur de l'équipe, Theo de Rooy, Rasmussen a souvent menti à son équipe. «À plusieurs reprises, il a dit où il s'entraînait et cela s'est révélé faux. La direction de l'équipe a reçu ces informations plusieurs fois, et aujourd'hui nous avons reçu de nouvelles informations. Rabobank est choquée et terriblement déçue que Rasmussen ait menti sur l'endroit où il se trouvait.»
Pression
Depuis la découverte la semaine dernière des manquements de Rasmussen, la pression se faisait forte pour qu'il quitte le Tour. D'autant plus que son résultat très surprenant dans l'épreuve du contre-la-montre de samedi (onzième) a été jugé inconcevable pour un coureur qui n'a jamais été un gros rouleur, mais plutôt un grimpeur talentueux (deux fois le meilleur sur le Tour).
On maugréait autant dans le peloton que dans la foule. Le public avait d'ailleurs tranché et copieusement sifflé Rasmussen sur le podium de l'Aubisque hier. Plusieurs dirigeants avaient également exprimé leur malaise devant la perspective de voir Rasmussen en jaune à Paris.
Les membres de Rabobank décideront individuellement s'ils continuent la course ce matin, alors qu'il reste quatre jours avant l'arrivée sur les Champs-Élysées.
Rasmussen parti, c'est l'Espagnol Alberto Contador (Discovery Channel — l'ancienne équipe de Lance Armstrong) qui portera aujourd'hui le maillot jaune. Contador, qui a plusieurs fois tenté sans succès de distancer Rasmussen dans les Pyrénées, avait concédé la victoire finale à son adversaire avant le coup d'éclat d'hier soir.
Le départ de Rasmussen confirmé, le directeur du Tour, Christian Prudhomme, a indiqué en soirée que l'organisation «a fait tout ce qui [est possible] pour chasser la suspicion». «J'aurai au moins le sentiment de ne pas être déshonoré», a déclaré M. Prudhomme, estimant qu'on «ne peut pas se moquer impunément du Tour de France».
M. Prudhomme a salué la décision des commanditaires d'équipes qui ont choisi de quitter le Tour et a souligné qu'il gardait sa confiance en Éric Boyer, le directeur de Cofidis, une équipe «dont la majorité des coureurs sont propres». Très engagé dans la lutte antidopage, Boyer avait lancé ce «mouvement pour un cyclisme crédible» qui a mené huit équipes à boycotter le départ de la course d'hier.
Cofidis, arrivée dans le peloton en 1997, s'était déjà trouvée au coeur d'un scandale de dopage, après l'interpellation de l'un de ses soigneurs et la mise en cause de plusieurs de ses coureurs en 2004.
Pour sa part, le président de la société organisatrice du Tour (ASO), Patrice Clerc, évalue que la décision de Rabobank de retirer du Tour Michael Rasmussen «marque la volonté de changement» du monde cycliste. «Je ne peux que constater que Michael Rasmussen, depuis le début de ce Tour de France, est négatif à tous les contrôles qu'il a subis, a souligné Clerc. Mais ce n'est pas ça qui est important. Ce qui est important, c'est qu'aujourd'hui le cyclisme dans son ensemble comprenne qu'il a un devoir d'exemplarité; il n'a absolument plus le droit à l'erreur.»
Déjà que le vainqueur de l'édition de 2006 du Tour demeure encore inconnu à ce jour (le gagnant Floyd Landis a été testé positif à la testostérone après l'épreuve) et que les victoires du vainqueur des sept éditions précédentes, Lance Armstrong, font aussi l'objet de suspicions tenaces...
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D'après l'AFP, Reuters, AP, L'Équipe.fr, CyclingNews
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