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    C’est du sport!

    Un cas de figure

    Jean Dion
    31 mai 2016 |Jean Dion | Hockey | Chroniques

    Lorsqu’on examine avec une minutie un peu maniaque les forces en présence dans l’actuelle finale pour l’obtention de la précieuse Stanley — vous l’aurez peut-être noté, chaque fois qu’un expert veut parler de la Stanley sans la nommer, il évoque « le précieux trophée », et il ne fait pas allusion à la valeur du bibelot sur le marché de la revente, mais au fait qu’il symbolise le championnat le plus difficile à remporter de tout l’univers connu, 16 éreintantes victoires à aller chercher, la pression, de la douleur partout et toutes ces choses —, on en vient à faire un constat troublant.

     

    Les deux formations en lice sont les seules de la Ligue nationale de hockey dont le logo comporte un triangle.

     

    Voilà le genre de truc que l’on remarque quand on ne sait pas quoi faire de ses dix (10) doigts après avoir passé l’essentiel d’un week-end ensoleillé à apprendre par coeur les décimales de Pi dans le désordre en sirotant une infusion.

     

    Et si on peut trouver vain de s’intéresser à des figures géométriques sportives alors que le monde est à feu et à sang, songeons un fol instant à ce bon vieux Pythagore. S’il n’avait joué du triangle avec intensité, Pythagore, qui ne donnait d’ailleurs pas sa place en matière de barbe des séries, nous serions sans doute encore là à nous quereller autour de la longueur de l’hypoténuse. Et nous vivrions dans l’ignorance, ne sachant pas qu’au fond, un triangle rectangle, c’est une affaire de carrés.

     

    Et comme si ce n’était pas suffisant, voici que les deux triangles qui ont remporté la victoire dans le carré d’as vont s’affronter dans le cercle des mises au jeu. Ce qui montre qu’il peut être utile d’en connaître un rayon sur l’histoire de πalors que les deux clubs ont des ambitions diamétralement opposées dans cette ronde ultime.

     

    Triangles donc, et aussi créatures relativement aquatiques, un statut auquel pourraient seuls prétendre, à part elles, les Ducks d’Anaheim. Et en fait d’ambitions diamétralement opposées, on notera en poussant l’analyse à son paroxysme intellectuel qu’alors que le Penguin de Pittsburgh file vers la gauche, le Shark de San Jose nage vers la droite (en mordant et en brisant son outil de travail, le sot). Ce n’est certainement pas un hasard si ces deux-là se retrouvent pour l’explication finale, et si on croit que dans un contexte de nature impitoyable et de survie du plus fort, l’un des animaux possède une supériorité nette sur l’autre, on objectera en musique qu’il existe bel et bien un bébé requin et un vilain pingouin et que ce dernier, qui n’est pas un manchot, dispose toujours de l’avantage de la glace même s’il ne joue plus à l’Igloo.

     

    Je ne vous cacherai pas que, personnellement, je conserverai toujours un souvenir attendri des premiers pas, façon de parler, des Sharks, le premier club à occuper le marché des Seals de la Californie, dont je ne m’étais pas encore remis du départ pour Cleveland en 1976 et dont les noms de joueurs avaient bercé mon enfance, Bob Champoux, Gary Croteau, Pete Laframboise, Howie Menard, Gary Sabourin. C’était en 1991 et San Jose s’était vu remettre, à titre d’équipe d’expansion, le 2e choix universel au repêchage de la LNH.

     

    (À ce sujet, si vous me permettez une virulente sortie, pourrait-on cesser de parler d’« encan » lorsqu’il est question du repêchage ? Il n’y a là aucune mise aux enchères et les joueurs ne sont pas remis au plus offrant. Ça va faire, le niaisage.)

     

    Donc, les Sharks possèdent le 2e choix, et juste avant parlent les Nordiques de Québec, qui viennent de connaître une autre saison royalement pourrie. Comment l’oublier, les Nordiques réclament Eric Lindros, qui avait dit qu’il ne jouerait jamais à Québec, cette bourgade perdue au fin fond de nulle part, n’offrant aucune possibilité de commandite et parlant une langue que personne de sensé ne comprend, et il refuse d’enfiler le maillot de l’équipe, qu’il garde au bras comme la serviette d’un serveur. Il l’a d’ailleurs probablement utilisé pour nettoyer le comptoir ou essuyer la vaisselle.

     

    Les Sharks optent ensuite pour Pat Falloon, dont vous êtes pardonnés de ne pas conserver un souvenir attendri. Falloon n’a pas connu une carrière carrément mauvaise, mais les attentes à son endroit étaient sans doute plus élevées. Et la sélection devait se révéler d’autant plus douloureuse qu’au 3e rang cette année-là, le nom de Scott Niedermayer fut prononcé, et au 6e, celui de Peter Forsberg. Si vous allez faire un tour à Toronto, vous pourrez admirer une plaque de chacun de ces deux messieurs au Temple de la renommée du hockey.

     

    Depuis, les Sharks n’ont rien fait qui vaille en séries. Jusqu’à ce que cette fois, ils montrent les dents. Et nous allons examiner si le fait qu’une dent de requin soit vaguement triangulaire signifie quelque chose ou rien.













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