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Arrêts des pourparlers dans la LNH: l'arrêt de travail sera décrété

15 septembre 2012 17h29 | La Presse canadienne | Hockey
L'arrêt de travail est pratiquement officialisé dans la LNH. L'adjoint au commissaire Gary Bettman, Bill Daly, a affirmé qu'il ne s'attendait pas à ce que des négociations formelles entre la ligue et les joueurs se déroulent avant l'échéance de la convention collective à 23h59.

Les deux parties auront ainsi laissé filer les trois dernières journées, avant la date limite, sans s'asseoir à la table des négociations. La ligue a rappelé qu'elle avait clairement informé l'AJLNH, dès novembre, qu'elle n'était pas désireuse de négocier au-delà de l'actuel contrat de travail.

Aucun annonce officielle n'est prévue à l'expiration du délai. Les parties ont discuté ensemble pour la dernière fois, mercredi, chacune procédant au dépôt d'une proposition. Le commissaire Bettman a indiqué qu'il s'attend à ce que la prochaine initiative vienne du syndicat.

«Nous avons soumis la dernière offre et nous n'avons pas reçu de réponse formelle, a affirmé Bettman, jeudi. J'espère en obtenir une qui enverrait le message que nous avons réalisé un autre pas vers l'avant, et qui nous permettrait de reprendre les pourparlers.»

Samedi matin, Daly et le conseiller du directeur exécutif de l'AJLNH Donald Fehr, son frère Steve Fehr, devaient s'entretenir ensemble afin de soupeser la pertinence d'une rencontre face-à-face.

Les conséquences négatives d'un lock-out seront ressenties sur-le-champ. Les premiers matchs présaison doivent être annulés, dès la semaine prochaine, et la possibilité que le calendrier s'ébranle à la date prévue du 11 octobre diminuera à chacune des journées qui va s'écouler.

On s'attend à ce qu'un certain nombre de joueurs soient tentés d'offrir leurs services à des équipes européennes ou de la Ligue Continentale (KHL), en Russie. La Suisse, la Suède et la Finlande seront fort probablement également des destinations prisées.

Les joueurs ne doivent pas recevoir le premier de leurs 13 chèques de paie cette saison avant le 15 octobre. Il n'y a pas de plan à brève échéance afin qu'ils reçoivent une allocation du syndicat.

Même les principaux acteurs des négociations cesseront d'être payés. Bettman et Daly ont tous deux indiqué qu'ils renonceront à leur salaire tandis que Fehr n'encaisse plus ses chèques de paie depuis le début de juillet, en guise de solidarité avec les membres qu'il représente.

Les parties ne s'entendant pas quant au partage des revenus annuels de 3,28 milliards de la LNH, toutes deux déplorent les dommages collatéraux que le sport subira advenant un autre arrêt de travail.

«Le hockey est sur le point d'entrer dans une ère de changements fondamentaux, a avancé Fehr. La question est de savoir si le conflit que nous nous apprêtons à vivre va tout saborder. Si ça devait être le cas, ce serait malheureux et regrettable. Nous devrions tout faire en notre possible pour l'éviter.»

Ces dernières semaines, on a tassé des pourparlers toutes les questions secondaires, afin de se concentrer uniquement sur la structure économique de la ligue.

La LNH fait valoir qu'elle débourse trop d'argent en salaires et elle a proposé de nouveaux paramètres comme élément de solution. Les propriétaires veulent diminuer la part de revenus des joueurs de 57 à 49 % dès la saison prochaine. La part baisserait à 47 % à la dernière année d'une entente éventuelle de six ans.

Le syndicat a déposé une offre assortie d'un plafond salarial fixe, majoré de deux, de quatre et de 6 %, respectivement, au cours des trois prochaines années. On reviendrait à un système de partage, basé sur le pourcentage, pour les deux dernières années de l'entente.

De part et d'autre, on s'est interrogé à savoir si l'autre partie est réellement désireuse d'éviter un lock-out.


D'un lock out à un autre

Ce n'était pas censé se produire de nouveau. À la suite du lock-out qui a englouti toute la saison 2004-05, la LNH avait refait surface sur une énorme vague d'espoir et d'enthousiasme. Le sentiment général, au final, était que tous ces mois de tergiversations n'avaient pas été en vain. Le hockey était de retour et la LNH s'était donné une structure économique faisant en sorte qu'il était là pour rester.

En cette journée de juillet au cours de laquelle le commissaire Gary Bettman avait apposé sa signature au bas de la nouvelle convention collective - celle-là même qui arrive à échéance samedi à minuit - il avait parlé de nouveau «partenariat» entre la ligue et les joueurs, en prédisant qu'ils étaient en position maintenant d'élever le sport à des «sommets spectaculaires».

«Nous pouvons y arriver pour le mieux-être du sport, et plus particulièrement pour nos amateurs», avait déclaré Bettman, qui a vu la ligue remplir ses promesses la plupart du temps pendant les sept dernières saisons.

Et puis voilà peut-être un autre lock-out. Un des aspects les plus frappants de l'imminent arrêt de travail dans la LNH, le quatrième au cours des deux dernières décennies, c'est qu'il a peu en commun avec celui qui l'a directement précédé.

En 2004, l'animosité entre Bettman et Bob Goodenow, directeur exécutif de l'Association des joueurs de la LNH, était palpable. Un fossé philosophique majeur - le plafond salarial - séparait les deux parties, et chacune avait clairement indiqué qu'elle était prête à en découdre.

Les propriétaires s'étaient dotés d'une armure de guerre de 300 millions $US afin de défrayer le coût des factures d'une saison perdue, et les joueurs évoquaient en coulisses la possibilité de tenir le coup pendant deux années complètes dans un effort de conjurer «la certitude des coûts». «Personne ne souhaite revivre ce qui est arrivé il y a huit ans», disait d'ailleurs Bettman, récemment.

L'AJLNH avait durement encaissé le coup. La belle solidarité des joueurs avait fini par s'effriter et ils avaient finalement plié, en acceptant l'imposition d'un plafond salarial, en plus d'une importante diminution de salaire de 24 pour cent.

Perdre une année

Un dénouement qui fait encore hocher la tête d'incrédulité le capitaine des Sénateurs d'Ottawa, Daniel Alfredsson. À titre de vice-président de l'AJLNH, il a été l'un des sept joueurs qui ont contribué à l'aboutissement de l'entente de 2005, qui lui a coûté 14 millions $ en salaire, tout compte fait.

Mais ce n'est pas ce qu'il retient le plus du conflit. Comme la quasi-totalité de ses collègues à l'époque, il ne peut s'empêcher de se demander ce qu'aurait pu être la saison qui n'a jamais eu lieu.

«Avec le recul, dans 20 ans, je suis sûr qu'on va dire que nous aurions du jouer, a dit Alfredsson. Je n'estime pas que de perdre une année entière en vaut toujours la peine.»

Étonnamment, Alfredsson est disposé à courir de nouveau le risque. L'un des quelque 200 joueurs qui ont subi le dernier lock-out, l'attaquant âgé de 39 ans sait qu'un autre long arrêt de travail pourrait sonner le glas de sa carrière. Mais il était plus déterminé que jamais à lutter pour les droits des joueurs, au sortir de la réunion syndicale de cette semaine à New York.

Alfredsson souligne avoir fait ses débuts dans la LNH, juste après le lock-out de 1994-1995 qui a écourté la saison à 48 matchs, et qu'il en a récolté les dividendes.

«Plusieurs ont renoncé à des sacrifices pour les joueurs venant après [eux]», a-t-il déclaré.

Situation pourrie

En 2004, les parties étaient tellement campées dans leur position qu'il leur a fallu trois mois avant de revenir se parler à la table des négociations, après le début du conflit. Pendant tout ce temps, plus de 300 joueurs avaient pu se dénicher du travail ailleurs, dans les ligues européennes.

D'autres, comme Bobby Holik, sont demeurés à la maison. L'entente de 9,5 millions $ en moyenne annuellement qu'il avait avec les Rangers de New York - un salaire qui ferait de lui le deuxième plus haut salarié de la LNH actuellement - était trop élevée pour l'assurer contre les risques de blessure.

Il s'avère que le vétéran a savouré cette pause fortuite. «Je me suis changé les idées avec d'autres choses, a mentionné Holik, qui a pris sa retraite en 2009. C'était la première fois en presque deux décennies que je pouvais le faire. C'était vraiment agréable.»

D'autres, comme le gardien Olaf Kolzig des Capitals de Washington, ont moins apprécié d'encaisser des pertes financières. «J'ai perdu de l'argent dont je ne reverrai jamais la couleur, a commenté Kolzig, dernièrement. J'étais au sommet de ma carrière. Plusieurs joueurs arrivaient en fin de parcours. C'était une situation pourrie que je ne crois pas que personne veut revoir se produire, peu importe le sport.»

La reprise des négociations en décembre 2004 avait été douloureuse pour les joueurs, confrontés à une offre incluant une diminution de salaire de 24 pour cent et d'autres concessions, comme la baisse du salaire maximum pour les joueurs recrues. Ces deux éléments se sont retrouvés dans l'accord final, mais les joueurs n'étaient pas au bout de leur peine.

Bettman a annoncé l'annulation de la saison le 16 février, qualifiant cela de «tragédie»  pour les joueurs.

Pareil au même

À ce moment, le commissaire avait dépeint un sombre portrait de la situation financière de la ligue. Il défendait la nécessité d'avoir un plafond salarial sur la base du rapport Levitt, qui concluait que la ligue perdait 250 millions $ par année tandis que les propriétaires disaient défrayer en salaire aux joueurs 75 pour cent des revenus.

On peut comprendre l'enthousiasme de la ligue après avoir conclu une entente dans laquelle les équipes étaient assurées de ne pas dépenser plus que 57 pour cent des revenus totaux.

Mais, sept ans plus tard, nous revoilà à la case départ, ou presque. Malgré des revenus qui ne cessent d'augmenter et qui ont atteint de 3,28 milliards, la saison dernière, la ligue veut de nouveau abaisser la part des joueurs.

Elle veut aussi s'attaquer au problème des faramineux contrats, de durée 3XL, qu'on accorde aux joueurs, en colmatant les brèches de l'actuel contrat de travail.

Les joueurs, eux, ne veulent pas accepter de diminution de salaire ou de réduction de leurs droits. Ils ont proposé à la ligue de figer le plafond salarial à l'aide de montants pré-établis, au cours des trois prochaines années, et de favoriser un plus grand partage de revenus entre les équipes.

Avec le lock-out qui se profile à l'horizon, tant Bettman que le directeur exécutif de l'AJLNH Donald Fehr ont déploré cette semaine leur incapacité à trouver un terrain d'entente. Cependant, une forme de résignation plane sur le processus depuis le début, ce qui contribue à expliquer pourquoi chacune des parties accuse l'autre de ne pas être animée d'un sentiment d'urgence.
 
 
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