Commotions au hockey - La muraille
Il faut toute une obsession de la performance, dont notre société dans son ensemble n'est pas exempte, pour qu'il soit tabou pour les joueurs professionnels de simplement parler publiquement des problèmes de santé qu'ils vivent. Et il faut toute une obsession de la rentabilité pour qu'au hockey, les équipes ne les protègent pas davantage.
Des joueurs professionnels, on attend qu'ils soient durs à leur corps. Jouer blessé est revendiqué comme un trophée. Mais menacer sa tête, donc sa vie, devrait relever de l'inacceptable. Pourtant, les joueurs ne soufflent mot de leurs maux de tête ou de leurs étourdissements. Les équipes, elles, particulièrement dans le monde du hockey, ne semblent guère curieuses d'en savoir davantage.
L'exemple de la commotion vécue par le hockeyeur vedette Sydney Crosby le 1er janvier est à cet égard éloquent. Durement frappé à la tête par un joueur de l'équipe adverse, il a pourtant fini sa partie et en a joué une autre le 5 janvier. Victime d'un autre coup entraînant une nouvelle commotion, on ne l'a pas revu sur la glace depuis.
Pourtant, dès le 1er janvier, juste à la manière dont M. Crosby s'était relevé, on pouvait déduire qu'il avait subi une commotion, expliquait quelques jours plus tard un neurobiologiste au Globe and Mail — qui suit assidûment le dossier des commotions chez les sportifs. Mais il n'a pas été retiré du jeu parce qu'il ne manifestait pas les signes classiques d'une commotion, parce qu'une équipe ne retirera un joueur, surtout une vedette, qu'à la dernière extrémité plutôt qu'à la première alerte, et parce que Crosby ne s'est pas plaint. Sauf qu'un joueur, qu'il rêve de la Ligue nationale ou qu'il en fasse partie, ne se plaindra ja-mais!
«La recherche permet de faire des progrès en matière de prévention, de diagnostic et de traitement», souligne avec espoir Chris Nowinski, cofondateur du Sports Legacy Institute, qui oeuvre pour la recherche sur les dommages au cerveau chez les sportifs. La recherche, de fait, est un nouvel espoir pour sortir de la torpeur actuelle. Au hockey, elle pourra mener à de meilleurs casques, à des manières de jouer moins propices aux incidents malheureux, ou à une identification plus précise des signes de commotion.
Mais la recherche se bute aussi à une muraille: la culture de l'entreprise hockey. Même l'implacable football a décidé de sévir contre les coups portés à la tête. Au hockey, on se contente toujours de leur trouver une explication! C'est la vitesse du jeu, c'est le geste accidentel, c'est la configuration de la bande, c'est ce joueur particulièrement vicieux...
Et quand dénonciations il y a — celle de Mario Lemieux après le coup porté à son joueur Sydney Crosby, celle cette semaine des fans du Canadien, et du propriétaire de l'équipe Geoff Molson, après le coup infligé à Max Pacioretty —, elles suivent toujours le même modèle: on s'indigne parce que le joueur de «son» équipe est touché, jamais quand un de «nos» joueurs en assomme un autre... C'est toujours la guerre, dont le sport, on le sait, est une déclinaison, qui a cours.
Mais la guerre, les Québécois le savent aussi, c'est pas une raison pour se faire mal! Surtout quand le but du jeu, ce n'est pas d'attaquer l'adversaire mais de compter des buts. Il y a maintenant 80 ans que la violence au hockey est dénoncée (dès 1932, un jugement québécois l'associait à une «tuerie»). Les directions d'équipe sont prêtes à perdre combien de grands joueurs, et le pouvoir d'attraction bien monnayable qui vient avec, avant d'enfin ouvrir les yeux?
Des joueurs professionnels, on attend qu'ils soient durs à leur corps. Jouer blessé est revendiqué comme un trophée. Mais menacer sa tête, donc sa vie, devrait relever de l'inacceptable. Pourtant, les joueurs ne soufflent mot de leurs maux de tête ou de leurs étourdissements. Les équipes, elles, particulièrement dans le monde du hockey, ne semblent guère curieuses d'en savoir davantage.
L'exemple de la commotion vécue par le hockeyeur vedette Sydney Crosby le 1er janvier est à cet égard éloquent. Durement frappé à la tête par un joueur de l'équipe adverse, il a pourtant fini sa partie et en a joué une autre le 5 janvier. Victime d'un autre coup entraînant une nouvelle commotion, on ne l'a pas revu sur la glace depuis.
Pourtant, dès le 1er janvier, juste à la manière dont M. Crosby s'était relevé, on pouvait déduire qu'il avait subi une commotion, expliquait quelques jours plus tard un neurobiologiste au Globe and Mail — qui suit assidûment le dossier des commotions chez les sportifs. Mais il n'a pas été retiré du jeu parce qu'il ne manifestait pas les signes classiques d'une commotion, parce qu'une équipe ne retirera un joueur, surtout une vedette, qu'à la dernière extrémité plutôt qu'à la première alerte, et parce que Crosby ne s'est pas plaint. Sauf qu'un joueur, qu'il rêve de la Ligue nationale ou qu'il en fasse partie, ne se plaindra ja-mais!
«La recherche permet de faire des progrès en matière de prévention, de diagnostic et de traitement», souligne avec espoir Chris Nowinski, cofondateur du Sports Legacy Institute, qui oeuvre pour la recherche sur les dommages au cerveau chez les sportifs. La recherche, de fait, est un nouvel espoir pour sortir de la torpeur actuelle. Au hockey, elle pourra mener à de meilleurs casques, à des manières de jouer moins propices aux incidents malheureux, ou à une identification plus précise des signes de commotion.
Mais la recherche se bute aussi à une muraille: la culture de l'entreprise hockey. Même l'implacable football a décidé de sévir contre les coups portés à la tête. Au hockey, on se contente toujours de leur trouver une explication! C'est la vitesse du jeu, c'est le geste accidentel, c'est la configuration de la bande, c'est ce joueur particulièrement vicieux...
Et quand dénonciations il y a — celle de Mario Lemieux après le coup porté à son joueur Sydney Crosby, celle cette semaine des fans du Canadien, et du propriétaire de l'équipe Geoff Molson, après le coup infligé à Max Pacioretty —, elles suivent toujours le même modèle: on s'indigne parce que le joueur de «son» équipe est touché, jamais quand un de «nos» joueurs en assomme un autre... C'est toujours la guerre, dont le sport, on le sait, est une déclinaison, qui a cours.
Mais la guerre, les Québécois le savent aussi, c'est pas une raison pour se faire mal! Surtout quand le but du jeu, ce n'est pas d'attaquer l'adversaire mais de compter des buts. Il y a maintenant 80 ans que la violence au hockey est dénoncée (dès 1932, un jugement québécois l'associait à une «tuerie»). Les directions d'équipe sont prêtes à perdre combien de grands joueurs, et le pouvoir d'attraction bien monnayable qui vient avec, avant d'enfin ouvrir les yeux?








