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Le 4 décembre 1909 - Le jour où le Canadien est né

Jean Dion   4 décembre 2009  Hockey
Howie Morenz, la grande vedette des années 1920 et 1930.
Photo : La Glorieuse Histoire des Canadiens
Howie Morenz, la grande vedette des années 1920 et 1930.

À retenir

    À l’occasion du centenaire du Canadien de Montréal, les Éditions de l’Homme ont publié il y a quelques mois une mise à jour du livre La Glorieuse Histoire des Canadiens, de Léandre Normand et Pierre Bruneau, paru d’abord en 2003. Quelques-unes des illustrations accompagnant ce texte proviennent de ce bouquin. Le graphique des dix meilleurs joueurs de l'histoire de l'équipe est de la Presse canadienne.
Tout a commencé par une dispute. Une histoire d'argent, essentiellement, comme on en trouve quelques-unes dans le merveilleux monde du sport. En ce temps-là, il y a un siècle, existe depuis trois ans une ligue professionnelle ayant pour nom Eastern Canada Hockey Association (ECHA). En font partie quatre équipes: Les Senators d'Ottawa, les Bulldogs de Québec, les Shamrocks de Montréal et les Wanderers de Montréal. Les Wanderers forment une puissance à l'époque, eux qui ont remporté la coupe Stanley trois fois dans les quatre années précédentes.

Le 25 novembre 1909, les dirigeants des clubs de l'ECHA sont réunis dans une suite de l'hôtel Windsor, au centre-ville de Montréal, pour préparer la prochaine saison. Et le torchon brûle sérieusement. C'est que le nouveau propriétaire des Wanderers, Patrick J. Doran, vient de faire construire un amphithéâtre de 3500 places rue Sainte-Catherine, juste à l'est de la voie ferrée dans le quartier Hochelaga, et il tient mordicus à ce que son équipe y établisse domicile. Les autres organisations, mais surtout les Senators, expriment leur désaccord et préfèrent que l'on continue d'utiliser l'aréna Westmount (sis là où se trouve aujourd'hui la place Alexis-Nihon), mieux placé et surtout deux fois plus spacieux et donc générateur de meilleurs revenus pour les équipes visiteuses, qui ont droit à une part de la cagnotte.

Il apparaît tôt que l'impasse est totale et la rupture, inévitable. Les patrons des Senators, des Bulldogs et des Shamrocks ont-ils manigancé pour exclure l'indésirable? Toujours est-il qu'un vote est pris: l'ECHA sera dissoute et un nouveau circuit verra le jour, appelé Canadian Hockey Association (CHA). Il comprendra cinq équipes, mais pas les Wanderers.

Furieux, les trois représentants des Wanderers, dont le bouillant ailier Jimmy Gardner, claquent la porte. Ils gagnent bientôt le lobby de l'hôtel, où un groupe de journalistes les attend.

Or dans ce lobby se trouve aussi John Ambrose O'Brien. Le jeune homme de 24 ans, fils d'un richissime entrepreneur minier du nord de l'Ontario, a fait le voyage à Montréal dans l'espoir d'obtenir une franchise dans l'ECHA, ou dans la CHA naissante. La famille O'Brien soutient financièrement trois équipes de hockey, parmi lesquelles les Creamery Kings de Renfrew, champions de la Ligue fédérale en Ontario en 1909 et qui se sont vu refuser quelques mois auparavant la possibilité de concourir pour la coupe Stanley, à l'époque décernée à l'occasion de défis entre ligues. Ambrose s'est dit qu'en devenant membre de la CHA, il obtiendra ce droit.

Mais les gens de la CHA ne veulent pas recevoir O'Brien et le laissent poireauter à l'extérieur. Renfrew est trop petit, trop éloigné pour prétendre intégrer leur prestigieux circuit.

La discussion qui a tout déclenché

Gardner aperçoit donc O'Brien et s'approche de lui. Dans son excellent bouquin Les Glorieux, l'auteur D'Arcy Jenish évoque l'échange qui a suivi: «Vous, les O'Brien, n'avez-vous pas des équipes de hockey dans le nord, à Haileybury et à Cobalt?», demande Gardner.

«Nous supportons [sic] trois équipes de hockey là-bas, c'est vrai», confirma O'Brien.

«Ambrose, dit soudain Gardner avec animation, pourquoi ne formons-nous pas une ligue, vous et moi? Vous possédez Haileybury, Cobalt et Renfrew; nous avons les Wanderers. Et je crois que si un club canadien-français était constitué à Montréal, nous ferions des affaires monstres. Nous pourrions même lui donner un nom canadien-français...»

Après, écrit Jenish, que Gardner eut indiqué aux journalistes présents, qui en savaient déjà trop, d'aller faire un tour, «[il] fit alors signe aux trois hommes qui l'entouraient de s'approcher un peu plus près et leur dit, à voix basse, sur un ton de conspirateur: "Nous appellerons cette équipe le Canadien".»

L'idée qu'une rivalité entre «Français» et «Anglais» de Montréal soit source d'affluence aux guichets et donc extrêmement lucrative sera reprise une quinzaine d'années plus tard avec la création des Maroons. En 1909, il existe bien une équipe en principe toute francophone dans la métropole, le National. Mais celle-ci, en ce 25 novembre, est admise dans la CHA.

La semaine suivante, le 2 décembre, Ambrose O'Brien et les représentants des Wanderers tiennent une réunion afin de jeter les bases de leur nouvelle ligue. À la sortie, ils annoncent que celle-ci portera le nom de National Hockey Association of Canada Limited (NHA).

Le 4 décembre 1909

Deux jours plus tard, le 4 décembre 1909, nouvelle réunion au Windsor. La CHA étant aussi réunie au même moment dans le même hôtel, des jeux de coulisses ont lieu dans le but de débaucher des membres du circuit rival, mais ils échouent. Lorsque les responsables de la NHA viennent s'adresser aux reporters, c'est acquis: la ligue comptera cinq équipes. Les Wanderers, Renfrew, Cobalt, Haileybury et, l'ultime tentative de faire changer d'idée le National s'étant révélée vaine, une toute nouvelle entité entièrement canadienne-française.

Ainsi est né, il y a 100 ans aujourd'hui même, le Club de hockey le Canadien. On le désigne officiellement de cette manière, même si l'usage fera rapidement en sorte qu'on emploie aussi l'expression «les Canadiens».

Du même coup, on fait savoir que Thomas Hare, qui représente l'équipe de Cobalt, déposera une somme considérable — D'Arcy Jenish évoque 5000 $ — dans une banque montréalaise pour assurer le fonctionnement du Canadien. Dans les faits, Hare est un employé d'O'Brien, qui avance l'argent et qui se trouve donc à contrôler quatre des cinq clubs de la NHA.

On annonce également l'embauche du grand Jack Laviolette, l'un des meilleurs joueurs de son temps, pour bâtir en un mois, à partir de rien, une formation compétitive.

Dès le début, les observateurs expriment l'avis que la lutte entre les deux ligues pour ce qu'ils n'appellent pas encore le dollar-loisir sera sanglante. Mais elle sera en réalité de très courte durée. O'Brien a les poches très profondes et il acquiert à fort prix les services d'excellents joueurs — les frères Patrick, Cyclone Taylor —, à tel point que les amateurs rebaptisent son équipe «les Millionnaires de Renfrew». Le calibre de jeu de la NHA est bien supérieur à celui que la CHA peut offrir.

Résultat: au bout de quelques semaines, dès la mi-janvier 1910, après que des pourparlers de fusion n'eurent rien donné, la CHA doit se saborder. Deux de ses membres, les Senators et les Shamrocks, passent à la NHA et le National, qui commet l'erreur historique de refuser une proposition d'achat du Canadien, se joint à une ligue municipale.

Le Canadien, lui, dispute sa première rencontre le 5 janvier 1910 contre les Silver Kings de Cobalt. Par la suite, il sera à quelques reprises menacé de déménagement, voire de disparition, mais il tiendra bon, tissant au fil de plus de 6400 matchs et 24 coupes Stanley, la plus riche des traditions de hockey au monde, multipliant en son sein les légendes dont on irait jusqu'à faire des fantômes, devenant machine à imprimer de l'argent aussi, et s'attirant l'amour parfois tumultueux mais toujours inconditionnel de ses innombrables partisans qui continuent de vivre et de mourir avec lui alors qu'il amorce son second siècle d'existence.


Howie Morenz, la grande vedette des années 1920 et 1930. Le chandail de Maurice Richard en 1958-59. La rondelle (1930-31) est autographiée par Morenz, Aurèle Joliat et J. Albert Leduc. Le programme-souvenir remonte à la saison 1933-34. L’équipe du Canadien, édition 1909-10 Patin d'époque
 
 
 
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  • Yannick Santos
    Inscrit
    vendredi 4 décembre 2009 03h24
    Wow!
    Quelle belle histore que celle du Canadien!
    tout ce qui personnifie le «clash» entre Français et Anglais!
    Au dela du coté «différence culturelle», je salue la réunion de deux peuple pourtant si différents!
    La preuve comme quoi, après tout, nous sommes semblables dans nos plus profondes différences!

    Yannick Santos

  • jacques noel
    Inscrit
    vendredi 4 décembre 2009 09h03
    Bob Gainey a tué le Canadien
    Bob Gainey, un Ontarien, avec la complicité d'un Américain qui a acheté le Club avec notre argent, aura tué l'identité "canadienne" de l'équipe.

    Pendant ce temps, Mario Lemieux est allé chercher la Coupe avec 6 "Canadiens" dans son équipe. Mais il se trouve encore des Yves Boisvert pour penser que s'il n'y a plus de "Canadiens" dans l'équipe c'est à cause de la mondialisation du hockey


    http://www.cyberpresse.ca/opinions/chroniqueurs/yv

  • Celine A. Massicotte
    Abonnée
    vendredi 4 décembre 2009 12h05
    La ligue nationale?
    Yves Boisvert a raison. Quelle idée étrange que celle d'un complot tramé par Bob Gainey... Vraiment! Bob gainey est une orangiste peut-être?

    La mondialisation du hockey? Peut-être... Mais l'américanisation c'est sûr. N'était-ce pas prévisible, alors qu'on conservait le nom de ligue nationale, bien que les équipes canadiennes y devenaient extrêmement minoritaires. Alors, la seule équipe québécoise... À part ça, il y a eu au moins un joueur québécois francophone, à ma connaissance, qui a refusé de venir jouer à Montréal ... pour une question d'argent? D'ailleurs, aujourd'hui, tout est question d'argent.

  • Augustin Rehel
    Inscrit
    vendredi 4 décembre 2009 21h19
    Une belle fête!
    Ça été une belle fête. J'étais heureux de revoir tous ces anciens. Je me suis rappelé ce passé riche en émotions, alors que mes frères et moi écoutions les matchs assis autour de la radio Marconi... qui cessait de jouer quand le commentateur levait le ton.

    Au fil des années, j'ai assisté à l'arrivée de tous ces joueurs extraordinaires: Béliveau, Cournoyer, Robinson, Lafleur, Roy... Mais où est donc passé mon Mario Tremblay.

    Jamais je n'étais aussi fier d'être Canadien (en ces années-là), chaque année que le Canadien gagnait la Coupe Stanley. Avec les années, je me suis distancé de cette équipe pour toutes les raisons qu'on sait, mais surtout parce que je reconnaissais plus dans le regard de ces «enfants gâtés» surpayés et si peu fier de leur héritage.

    Ce soir, j'ai vibré à chaque moment de la fête, et une fois la fête terminée, j'ai écouté Denis Lévesque.

  • Michel Gaudette
    Inscrit
    mardi 15 décembre 2009 15h53
    Idolâtrie
    Moi, j'aimerais bien que l'on cesse de me casser les oreilles avec ce délire concernant le Canadien qui n'est en fait qu'une idolâtrie.

    N'oublions pas que l'on parle de "sainte flanelle", comme pour sacraliser la chose...

    Du pain et des jeux... Oui des jeux de hockey pour faire oublier toutes les couiillonnades des riches sur le dos de la classe moyenne et des pauvres...

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