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Et puis euh - Le temps d'une dinde

Jean Dion   27 novembre 2008  Hockey
Aujourd'hui, quatrième jeudi de novembre, les Américains célèbrent leur Thanksgiving, ce qui signifie notamment que les dindons et les dindes passent une sale journée, sans parler des patates qui se font allègrement piler, des petits pois numéro 1 et de la sauce brune qui passe à la casserole. Tenez, saviez-vous qu'à l'état sauvage, la sauce brune se reproduit par scissiparité — vous croyiez qu'elle était ovovivipare, n'est-ce pas —, se nourrit exclusivement de légumes végétaux et a l'humain et le tatou pour seuls prédateurs? (Vous riez, mais dans un restaurant près de chez moi, on propose entre autres plats celui-ci: «Légumes style végétarien». Pour vrai. Remarquez, on pourrait critiquer la redite, mais c'est tout de même mieux que «poulet chasseur», contradictoire dans son essence, le poulet étant assez rarement vu s'en aller dans le bois avec une caisse de 24 et poser des collets à orignaux.)

Quant aux dindes et dindons, il est estimé par des sources que nos voisins en consomment entre 45 et 50 millions chaque année à l'occasion de Thanksgiving, ce qui est de la poitrine et de la cuisse en ta, comme l'eût formulé, puisqu'il est question d'orignal, Moose Dupont.

(Parenthèse à l'intention de ceux qui n'étaient pas là au milieu des années 1970 parce que non encore nés ou nés mais sous l'emprise de substances prohibées et qui dès lors n'auraient pas saisi l'allusion fine qui précède. Lors d'un match des Flyers de Philadelphie disputé à peu près à cette époque, en fait c'était précisément le 6 mai 1976 vous pouvez vérifier, victoire de 6-3 contre le Boston en série demi-finale pour l'obtention de la Stanley avant d'aller se faire moucher en quatre par Canadien qui amorçait une dynastie de quatre ans, lors de ce match donc, Reggie Leach avait marqué cinq buts. Invité à commenter l'exploit, son coéquipier défenseur André «Moose» Dupont s'était exprimé en ces termes: «Cinq goals! C'est des goals en ta.» Attention, il avait énoncé au long le mot commençant par «ta», mais comme cette chronique s'adresse à un public de tous âges, on laissera au lecteur à l'imagination féconde le soin de déterminer le reste. Quant au surnom de «Moose», d'inlassables recherches ne m'ont pas encore permis d'en trouver l'origine, mais il fut jadis source de confusion. Car chaque fois que Dupont touchait à la rondelle, la foule du Spectrum de Philadelphie se mettait à hurler «Mooooose». Ce qui pouvait donner au téléspectateur la bizarre impression qu'il se faisait conspuer, crier chou en fait, par ses propres fans. René Lecavalier devait alors préciser qu'il ne s'agissait pas de huées, mais du cri d'affection «Moooose», contrairement à Patrice Brisebois qui lui se faisait vraiment huer pour des motifs demeurés obscurs mais ç'a arrêté quand Bob «l'effet» Gainey s'est fâché. Quoi qu'il en soit, c'était le bon temps. Les années 1970, je veux dire. Vous n'avez qu'à regarder comment ils étaient habillés et coiffés et trouvaient quand même qu'ils avaient de l'allure pour vous rendre compte que c'était une belle période d'innocent optimisme.)

Mais Thanksgiving n'est pas qu'affaire de bectance; il y a aussi du gros football américain. Les Lions de Detroit ont amorcé une tradition de présenter un match en ce jour de congé en 1934. Selon d'autres sources, la direction des Lions s'était dite dans son Ford intérieur — et si je ne me retenais pas, vous savez que j'avancerais qu'il s'agissait peut-être seulement du GM des Lions qui, dans une ville comme Detroit, pouvait prétendre posséder un Ford, mais bon, je me retiens — «bon, la télévision n'existe pas encore, mais quand elle existera, il serait jojo qu'on ait une joute télédiffusée d'un bout à l'autre du pays, alors que les familles sont réunies pour s'empiffrer, sans concurrence autre que les soaps dont les madames peuvent bien rater un épisode, vous savez comment les soaps, vous pouvez manquer tous les épisodes pendant 10 ans puis revenir et constater que la situation n'a pas évolué d'un poil».

Dans les premières années, les Lions recevaient chaque fois les Packers de Green Bay. Mais quand il est arrivé à la barre des Packers à la fin des années 1950, le grand Vince Lombardi a estimé que cette pratique était injuste. Les Packers devaient toujours jouer à l'étranger après trois jours seulement de repos, ce qui, avec le voyagement, ne leur laissait au fond qu'une occasion de s'exercer. À partir de 1962, on a donc décidé d'alterner les équipes visiteuses à Detroit. Passionnant, non? Et ce n'est pas tout.

En 1966, Tex Schramm, le patron des Cowboys de Dallas doublé d'un fort en marketing, a demandé et obtenu que son club accueille aussi une rencontre pour Thanksgiving. Depuis, on a systématiquement des matchs à Detroit et à Dallas en après-midi et, il y a quelques années, la NFL a ajouté une troisième partie en soirée. En l'occurrence, aujourd'hui, Arizona à Philadelphie.

Ce qui tombe d'autant mieux que j'entretenais l'ambitieux projet de vous glisser un mot ou deux au sujet des Cards de l'Arizona et de la malédiction, évoquée ici même l'autre jour, sous le coup de laquelle ils se trouvent depuis plusieurs décennies et qui fait en sorte qu'ils ne remporteront jamais le championnat à moins de corriger un méfait historique. Mais bon, on s'est écarté avec cette foutue dinde et regardez-moi un peu l'espace qui sépare cette ligne du bas de la page. Il serait malhonnête de raconter 80 ans de péripéties en un paragraphe, vous en conviendrez certainement.

Je peux cependant dire que j'allais dire que vous vous fichez probablement royalement des Cards de l'Arizona, sauf si vous participez à un pool de football professionnel américain. J'allais aussitôt enchaîner que vous pensez sans doute qu'un pool de football relève de la frivolité et du temps perdu. J'allais répliquer que, contrairement à bien des idées reçues, les sports virtuels, ces «Fantasy Sports» qui se sont répandus de manière phénoménale avec l'avènement d'Internet, peuvent avoir une énorme valeur académique. Et j'allais en faire la preuve preuves à l'appui, avant de revenir sur le cas des Cards de l'Arizona.

Ce sera donc pour la semaine prochaine, juré craché. D'ici là, si vous n'avez rien de particulier à faire, réfléchissez à cette révélation que m'a fait parvenir Mathématthieu, le conseiller numérique en résidence d'Et puis euh: 6210001000 est l'unique nombre de dix chiffres où le premier chiffre donne le nombre de zéros dans le nombre, le deuxième chiffre indique le nombre de 1, le troisième le nombre de 2, et ainsi de suite jusqu'à ce que vous développiez une migraine. Toutefois, selon d'autres sources encore, Canadien ne songerait pas à retirer ce numéro.
 
 
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  • Richard Brin - Inscrit
    27 novembre 2008 05 h 53
    PATRICE BRISEBOIS
    J'ESPERE QUE VOUS VOUS ETES QUE VOUS AVEZ CREER UNE NOUVELLE EXPRESSION AU LIEU DE DIRE QUE VOUS ALLEZ DU COQ À L,ANE ON DOIT DIRE D'APRES L'ARTICLE DE LA DINDE À L'ANE. J,AI BEAUCOUP APPRÉCIER VOTRE ARTICLE C,ETAIT LEGER ET INTÉRESSANT ÇA NOUS CHANGE DES ARTICLES SUR LA POLITIQUE,DE LA BOURSE,DU CANADIEN QUI A DE LA MISERE.

    RICHARD BRIN STE-ADELE
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  • Pascal Barrette - Abonné
    27 novembre 2008 14 h 43
    Mémoire de dinde et boîte à beurre
    Cher Jean, je ne vous connais pas personnellement mais si vous le permettez, un je-ne-sais-quoi me donne le goût de vous «cheroyer». À propos de l'action de grâce, saviez-vous qu'au Canada la première Action de grâce, et je cite l'incontournable Wikipedia, remonte à l'explorateur anglais Martin Frobisher, «qui tentait de trouver un passage nordique vers l'Orient. En 1578, il tient une cérémonie formelle, sur le territoire actuel de la province de Terre-Neuve-et-Labrador, afin de rendre grâce d'avoir survécu au long voyage. On considère cette cérémonie comme la première Action de grâce canadienne, et la première à avoir eu lieu en Amérique du Nord». Celle des USA qui ne s'appelaient pas encore USA a eu lieu en 1621. Comme quoi, si les ussaniens ont tout plus gros, ils ne sont pas toujours les tout premiers.

    Chose curieuse par ailleurs, bien que l'Action de grâce canadienne de la mi-octobre ait été célébrée dans les églises depuis belle lurette, je ne la retrouve pas comme telle dans les fêtes officielles de mon vieux missel Feder. Je suppute que comme tant de fêtes d'origine laïque, autrefois on disait païenne ou «anglaise», l'Action de grâce canadienne-française s'est intégrée au rituel catholique, sans l'approbatur de Rome, afin de remercier le ciel de l'abondance des moissons et des boissons. Chose encore plus curieuse, l'Action de grâce canadienne est une fête nationale décrétée en 1957 par rien de moins que le très laïc Parlement canadien. Vous disiez «accomodements raisonnables»?

    Quant à la dinde qui vous chicotte, si elle a connu un tel succès ou malheur- d'où «l'expression faire un malheur»- aux USA, c'est sans doute, supputé-je, parce que la dinde, plus près d'eux, est d'origine mexicaine, bien avant que les Espagnols ne la découvrissent. À part chez ma tante Lucienne qui recevait toute la trâlée au jour de l'an, la dinde faisait peu souvent partie du menu chez nous. Ma mère avait ses poules qu'elle décapitait elle-même avec une hache contre une buche dans la cour arrière. J'ai vu ses poules courir pas de tête, d'où l'expression «courir comme un poule pas de tête».

    Chose curieuse, une autre tante, ma marraine Bernadette avait des dindes dans sa cour . Elle était spéciale ma tante Bernadette. Figurez-vous donc qu'elle offrait le gite à un commerçant juif, ce qui ne manquait pas de faire murmurer dans le village des «entre toé pi moé pi la boîte à beurre». Cette soeur de ma mère a pratiqué l'oecuménisme avant Jean-Paul II. Dieu a sûrement son âme. Une des premières à posséder «une télévision», c'est chez elle lors de la visite habituelle du dimanche après-midi que j'ai été ébloui par le savoir et l'intelligence de René Lévesque qui nous dessinait à coup de cigarette et de verve le monde en noir et blanc sur de grands tableaux, tel un maître, tel un savant professeur. Il en était un.

    Pour revenir au débat dinde-poule qui bat de l'aile, les poules de ma mère avait pas mal plus de bagout ou bas goût -elles mangeaient parfois des grains de sable- que les dindes hautaines de ma tante Bernadette. Elles étaient forcément hautaines ses dindes, leur tête dépassait la mienne, du moins c'est ce dont je me souviens.

    Parlant mémoire, je me la suis fait rectifier par mon frère aîné Jasmin à propos de votre boîte à beurre dont j'ai évoqué le souvenir le saint jour de la Ste-Catherine en cet an-ci de grâce. Voici la note qu'il m'a aimablement envoyée, c'est à ça que ça sert un grand frère: contrairement à ce que j'écrivais, à savoir que les boîtes à beurres étaient en plywood, «les boîtes en question, écrit-il, étaient fabriquées en beau bois, genre pin ou autre bois blanc. Le tout était recouvert d'une fine couche de cire claire. Elles étaient très bien faites, les coins tous bien façonnés style -queues-d'aronde traversantes - De la qualité quoi! C'était du solide! J'ai pu à maintes reprises en faire l'expérience pour les sortir des "gros chars" à la gare et les transporter dans un camion vers la beurrerie. Pour moi, ce sont d'autres beaux souvenirs de jeunesse. Banal mais....» Ici chacun peut y glisser ses propres évocations.

    C'est comme ça la mémoire, elle est comme une boîte qui avec le temps se fendille et en laisse s'échapper le contenu. C'est pas grave, la plus belle part est celle qu'on y remet soi-même avec son frère. Moi je croyais que les boîtes à beurre étaient en plywood, lui qui les a transportées pour de vrai des gros chars à la beurrerie, se souvient très bien qu'elles étaient en pin ou autre bois blanc. Si moi j'ai été préoccupé par le fait de ne pas savoir où elles allaient après avoir été clouées à la beurrerie, mon frère lui, se souvient très bien d'où elle venaient, des gros chars. Voilà un petit exemple des aléas de la mémoire à l'intérieur d'une même famille, à l'intérieur d'une même génération. Imaginez-vous toutes les variantes de la mémoire étalée sur deux mille ans ou 430 ans à propos d'une dinde de l'Action de grâce. Rien qu' à y penser, c'est à en perdre la tête.

    Pascal Barrette
    Ottawa
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