Et puis euh - Le temps d'une dinde
Aujourd'hui, quatrième jeudi de novembre, les Américains célèbrent leur Thanksgiving, ce qui signifie notamment que les dindons et les dindes passent une sale journée, sans parler des patates qui se font allègrement piler, des petits pois numéro 1 et de la sauce brune qui passe à la casserole. Tenez, saviez-vous qu'à l'état sauvage, la sauce brune se reproduit par scissiparité — vous croyiez qu'elle était ovovivipare, n'est-ce pas —, se nourrit exclusivement de légumes végétaux et a l'humain et le tatou pour seuls prédateurs? (Vous riez, mais dans un restaurant près de chez moi, on propose entre autres plats celui-ci: «Légumes style végétarien». Pour vrai. Remarquez, on pourrait critiquer la redite, mais c'est tout de même mieux que «poulet chasseur», contradictoire dans son essence, le poulet étant assez rarement vu s'en aller dans le bois avec une caisse de 24 et poser des collets à orignaux.)
Quant aux dindes et dindons, il est estimé par des sources que nos voisins en consomment entre 45 et 50 millions chaque année à l'occasion de Thanksgiving, ce qui est de la poitrine et de la cuisse en ta, comme l'eût formulé, puisqu'il est question d'orignal, Moose Dupont.
(Parenthèse à l'intention de ceux qui n'étaient pas là au milieu des années 1970 parce que non encore nés ou nés mais sous l'emprise de substances prohibées et qui dès lors n'auraient pas saisi l'allusion fine qui précède. Lors d'un match des Flyers de Philadelphie disputé à peu près à cette époque, en fait c'était précisément le 6 mai 1976 vous pouvez vérifier, victoire de 6-3 contre le Boston en série demi-finale pour l'obtention de la Stanley avant d'aller se faire moucher en quatre par Canadien qui amorçait une dynastie de quatre ans, lors de ce match donc, Reggie Leach avait marqué cinq buts. Invité à commenter l'exploit, son coéquipier défenseur André «Moose» Dupont s'était exprimé en ces termes: «Cinq goals! C'est des goals en ta.» Attention, il avait énoncé au long le mot commençant par «ta», mais comme cette chronique s'adresse à un public de tous âges, on laissera au lecteur à l'imagination féconde le soin de déterminer le reste. Quant au surnom de «Moose», d'inlassables recherches ne m'ont pas encore permis d'en trouver l'origine, mais il fut jadis source de confusion. Car chaque fois que Dupont touchait à la rondelle, la foule du Spectrum de Philadelphie se mettait à hurler «Mooooose». Ce qui pouvait donner au téléspectateur la bizarre impression qu'il se faisait conspuer, crier chou en fait, par ses propres fans. René Lecavalier devait alors préciser qu'il ne s'agissait pas de huées, mais du cri d'affection «Moooose», contrairement à Patrice Brisebois qui lui se faisait vraiment huer pour des motifs demeurés obscurs mais ç'a arrêté quand Bob «l'effet» Gainey s'est fâché. Quoi qu'il en soit, c'était le bon temps. Les années 1970, je veux dire. Vous n'avez qu'à regarder comment ils étaient habillés et coiffés et trouvaient quand même qu'ils avaient de l'allure pour vous rendre compte que c'était une belle période d'innocent optimisme.)
Mais Thanksgiving n'est pas qu'affaire de bectance; il y a aussi du gros football américain. Les Lions de Detroit ont amorcé une tradition de présenter un match en ce jour de congé en 1934. Selon d'autres sources, la direction des Lions s'était dite dans son Ford intérieur — et si je ne me retenais pas, vous savez que j'avancerais qu'il s'agissait peut-être seulement du GM des Lions qui, dans une ville comme Detroit, pouvait prétendre posséder un Ford, mais bon, je me retiens — «bon, la télévision n'existe pas encore, mais quand elle existera, il serait jojo qu'on ait une joute télédiffusée d'un bout à l'autre du pays, alors que les familles sont réunies pour s'empiffrer, sans concurrence autre que les soaps dont les madames peuvent bien rater un épisode, vous savez comment les soaps, vous pouvez manquer tous les épisodes pendant 10 ans puis revenir et constater que la situation n'a pas évolué d'un poil».
Dans les premières années, les Lions recevaient chaque fois les Packers de Green Bay. Mais quand il est arrivé à la barre des Packers à la fin des années 1950, le grand Vince Lombardi a estimé que cette pratique était injuste. Les Packers devaient toujours jouer à l'étranger après trois jours seulement de repos, ce qui, avec le voyagement, ne leur laissait au fond qu'une occasion de s'exercer. À partir de 1962, on a donc décidé d'alterner les équipes visiteuses à Detroit. Passionnant, non? Et ce n'est pas tout.
En 1966, Tex Schramm, le patron des Cowboys de Dallas doublé d'un fort en marketing, a demandé et obtenu que son club accueille aussi une rencontre pour Thanksgiving. Depuis, on a systématiquement des matchs à Detroit et à Dallas en après-midi et, il y a quelques années, la NFL a ajouté une troisième partie en soirée. En l'occurrence, aujourd'hui, Arizona à Philadelphie.
Ce qui tombe d'autant mieux que j'entretenais l'ambitieux projet de vous glisser un mot ou deux au sujet des Cards de l'Arizona et de la malédiction, évoquée ici même l'autre jour, sous le coup de laquelle ils se trouvent depuis plusieurs décennies et qui fait en sorte qu'ils ne remporteront jamais le championnat à moins de corriger un méfait historique. Mais bon, on s'est écarté avec cette foutue dinde et regardez-moi un peu l'espace qui sépare cette ligne du bas de la page. Il serait malhonnête de raconter 80 ans de péripéties en un paragraphe, vous en conviendrez certainement.
Je peux cependant dire que j'allais dire que vous vous fichez probablement royalement des Cards de l'Arizona, sauf si vous participez à un pool de football professionnel américain. J'allais aussitôt enchaîner que vous pensez sans doute qu'un pool de football relève de la frivolité et du temps perdu. J'allais répliquer que, contrairement à bien des idées reçues, les sports virtuels, ces «Fantasy Sports» qui se sont répandus de manière phénoménale avec l'avènement d'Internet, peuvent avoir une énorme valeur académique. Et j'allais en faire la preuve preuves à l'appui, avant de revenir sur le cas des Cards de l'Arizona.
Ce sera donc pour la semaine prochaine, juré craché. D'ici là, si vous n'avez rien de particulier à faire, réfléchissez à cette révélation que m'a fait parvenir Mathématthieu, le conseiller numérique en résidence d'Et puis euh: 6210001000 est l'unique nombre de dix chiffres où le premier chiffre donne le nombre de zéros dans le nombre, le deuxième chiffre indique le nombre de 1, le troisième le nombre de 2, et ainsi de suite jusqu'à ce que vous développiez une migraine. Toutefois, selon d'autres sources encore, Canadien ne songerait pas à retirer ce numéro.
Quant aux dindes et dindons, il est estimé par des sources que nos voisins en consomment entre 45 et 50 millions chaque année à l'occasion de Thanksgiving, ce qui est de la poitrine et de la cuisse en ta, comme l'eût formulé, puisqu'il est question d'orignal, Moose Dupont.
(Parenthèse à l'intention de ceux qui n'étaient pas là au milieu des années 1970 parce que non encore nés ou nés mais sous l'emprise de substances prohibées et qui dès lors n'auraient pas saisi l'allusion fine qui précède. Lors d'un match des Flyers de Philadelphie disputé à peu près à cette époque, en fait c'était précisément le 6 mai 1976 vous pouvez vérifier, victoire de 6-3 contre le Boston en série demi-finale pour l'obtention de la Stanley avant d'aller se faire moucher en quatre par Canadien qui amorçait une dynastie de quatre ans, lors de ce match donc, Reggie Leach avait marqué cinq buts. Invité à commenter l'exploit, son coéquipier défenseur André «Moose» Dupont s'était exprimé en ces termes: «Cinq goals! C'est des goals en ta.» Attention, il avait énoncé au long le mot commençant par «ta», mais comme cette chronique s'adresse à un public de tous âges, on laissera au lecteur à l'imagination féconde le soin de déterminer le reste. Quant au surnom de «Moose», d'inlassables recherches ne m'ont pas encore permis d'en trouver l'origine, mais il fut jadis source de confusion. Car chaque fois que Dupont touchait à la rondelle, la foule du Spectrum de Philadelphie se mettait à hurler «Mooooose». Ce qui pouvait donner au téléspectateur la bizarre impression qu'il se faisait conspuer, crier chou en fait, par ses propres fans. René Lecavalier devait alors préciser qu'il ne s'agissait pas de huées, mais du cri d'affection «Moooose», contrairement à Patrice Brisebois qui lui se faisait vraiment huer pour des motifs demeurés obscurs mais ç'a arrêté quand Bob «l'effet» Gainey s'est fâché. Quoi qu'il en soit, c'était le bon temps. Les années 1970, je veux dire. Vous n'avez qu'à regarder comment ils étaient habillés et coiffés et trouvaient quand même qu'ils avaient de l'allure pour vous rendre compte que c'était une belle période d'innocent optimisme.)
Mais Thanksgiving n'est pas qu'affaire de bectance; il y a aussi du gros football américain. Les Lions de Detroit ont amorcé une tradition de présenter un match en ce jour de congé en 1934. Selon d'autres sources, la direction des Lions s'était dite dans son Ford intérieur — et si je ne me retenais pas, vous savez que j'avancerais qu'il s'agissait peut-être seulement du GM des Lions qui, dans une ville comme Detroit, pouvait prétendre posséder un Ford, mais bon, je me retiens — «bon, la télévision n'existe pas encore, mais quand elle existera, il serait jojo qu'on ait une joute télédiffusée d'un bout à l'autre du pays, alors que les familles sont réunies pour s'empiffrer, sans concurrence autre que les soaps dont les madames peuvent bien rater un épisode, vous savez comment les soaps, vous pouvez manquer tous les épisodes pendant 10 ans puis revenir et constater que la situation n'a pas évolué d'un poil».
Dans les premières années, les Lions recevaient chaque fois les Packers de Green Bay. Mais quand il est arrivé à la barre des Packers à la fin des années 1950, le grand Vince Lombardi a estimé que cette pratique était injuste. Les Packers devaient toujours jouer à l'étranger après trois jours seulement de repos, ce qui, avec le voyagement, ne leur laissait au fond qu'une occasion de s'exercer. À partir de 1962, on a donc décidé d'alterner les équipes visiteuses à Detroit. Passionnant, non? Et ce n'est pas tout.
En 1966, Tex Schramm, le patron des Cowboys de Dallas doublé d'un fort en marketing, a demandé et obtenu que son club accueille aussi une rencontre pour Thanksgiving. Depuis, on a systématiquement des matchs à Detroit et à Dallas en après-midi et, il y a quelques années, la NFL a ajouté une troisième partie en soirée. En l'occurrence, aujourd'hui, Arizona à Philadelphie.
Ce qui tombe d'autant mieux que j'entretenais l'ambitieux projet de vous glisser un mot ou deux au sujet des Cards de l'Arizona et de la malédiction, évoquée ici même l'autre jour, sous le coup de laquelle ils se trouvent depuis plusieurs décennies et qui fait en sorte qu'ils ne remporteront jamais le championnat à moins de corriger un méfait historique. Mais bon, on s'est écarté avec cette foutue dinde et regardez-moi un peu l'espace qui sépare cette ligne du bas de la page. Il serait malhonnête de raconter 80 ans de péripéties en un paragraphe, vous en conviendrez certainement.
Je peux cependant dire que j'allais dire que vous vous fichez probablement royalement des Cards de l'Arizona, sauf si vous participez à un pool de football professionnel américain. J'allais aussitôt enchaîner que vous pensez sans doute qu'un pool de football relève de la frivolité et du temps perdu. J'allais répliquer que, contrairement à bien des idées reçues, les sports virtuels, ces «Fantasy Sports» qui se sont répandus de manière phénoménale avec l'avènement d'Internet, peuvent avoir une énorme valeur académique. Et j'allais en faire la preuve preuves à l'appui, avant de revenir sur le cas des Cards de l'Arizona.
Ce sera donc pour la semaine prochaine, juré craché. D'ici là, si vous n'avez rien de particulier à faire, réfléchissez à cette révélation que m'a fait parvenir Mathématthieu, le conseiller numérique en résidence d'Et puis euh: 6210001000 est l'unique nombre de dix chiffres où le premier chiffre donne le nombre de zéros dans le nombre, le deuxième chiffre indique le nombre de 1, le troisième le nombre de 2, et ainsi de suite jusqu'à ce que vous développiez une migraine. Toutefois, selon d'autres sources encore, Canadien ne songerait pas à retirer ce numéro.
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