Trop vrai pour être beau
Photo : Agence France-Presse
Ses coéquipiers félicitent le gardien norvégien Pal Grotnes.
Il ne s'agit pas précisément d'une nomenclature qui évoquerait le Temple de la renommée, situé comme chacun sait à Toronto alors qu'il devrait se trouver à Montréal, le véritable berceau du hockey sur glace, mais bon: Bjorn Skaare, Anders Myrvold, Espen Knutsen, Patrick Thoresen et Ole-Kristian Tollefsen. Dans toute l'histoire de la Ligue nationale, ils sont les cinq seuls Norvégiens à avoir joué. Bizarrement, alors que le hockey fait fureur en Suède et en Finlande voisines, il s'est arrêté à la frontière de la Norvège, qui semble lui préférer de loin le ski de fond, comme en a jadis témoigné en nos contrées le lumineux Jackrabbit.
Aussi, quand le Canada a affronté ce pays jeudi à Halifax au tour préliminaire du Championnat du monde, était-on en droit de s'attendre à la proverbiale promenade dans le parc, genre 8 à 1 avec une main attachée dans le dos. Slovénie, Lettonie, Norvège, qu'est-ce qu'on attend pour commencer pour vrai?, songeait l'amateur qui prise davantage le beau hockey intensément disputé que la victoire acquise sans péril qui donne un triomphe sans gloire, c'est bien connu.
Sauf que. Ça s'est terminé 2-1, et encore a-t-il fallu que les Norvégiens aient un gars dans la boîte de pénalités, comme disait le poète-analyste bilingue, pour que, à quatre minutes de la fin, la puissante nation hôtesse puisse s'imposer, ce qui est vraiment une façon de parler.
Situons un peu la situation: la formation actuelle de la Norvège ne compte aucun joueur de la LNH. Les deux actifs, Thoresen et Tollefsen, sont respectivement retenus dans les séries avec le Philadelphie et pas là pour des raisons qui ne regardent que lui. Myrvold est présent, lui dont les personnes friandes de données obscures se souviendront qu'il avait été repêché par les Nordiques de Québec dans le bon vieux temps — il a endossé l'uniforme de l'Avalanche par la suite —, mais il est retourné à la maison en 2004 après quelques matchs à Detroit. Le gardien de but s'appelle Pal Grotnes et est menuisier de profession pour arrondir les fins de mois. Jouer au hockey professionnel en Norvège, dans ce cas au sein du IK Comet Halden, n'est pas un business lucratif, à ce qu'on raconte.
Or, jeudi, Grotnes s'est dressé comme un grand et a repoussé 50 garnottes canadiennes pour provoquer ce résultat serré, déraisonnable, trop vrai pour être beau.
Il n'est pas si rare qu'un cerbère inconnu, ou méconnu, ou sous-estimé, sorte la prestation de sa vie au moment où le monde le regarde. Parfois, c'est juste que les observateurs n'avaient pas assez observé et que le gars était en réalité très bon: en l'occurrence, Vladislav Tretiak à la Série du siècle ou Vladimir Dzurilla — lui était réparateur de réfrigérateurs dans ses temps libres, je vous le jure — qui, vous en souvient-il, avait menotté le Canada à lui seul, 1-0, lors de la Coupe Canada de 1976. Parfois, il s'agit carrément d'un état de grâce. En ce qui concerne Grotnes, mettons que pour l'instant, le jury délibère.
Remarquez que si Grotnes a étincelé, il a aussi eu de l'appui. L'équipe norvégienne a tout fait pour embouteiller l'adversaire. Comme le disait son défenseur et capitaine Tommy Jakobsen au terme de la rencontre, «nous ne pouvons pas égaler leur qualité de jeu, mais nous pouvons détruire leur jeu». Selon des sources, ce serait ainsi qu'on rendrait en langue scandinave la bonne vieille trappe.
Et selon d'autres sources, il y aurait du George Kingston là-dessous. Kingston, qui fut le premier entraîneur-chef des Sharks de San Jose avec lesquels il compila un ronflant dossier de 28-129-7 avant de se faire dire que la sortie c'est par là — jetez cependant un coup d'oeil sur la formation des Sharks de 1992-93 et vous ne tarderez pas à conclure qu'à l'impossible nul ne devrait être tenu —, s'est recyclé dans le hockey européen et est actuellement entraîneur adjoint de la Norvège. Il connaît tous les trucs et combines du jeu style LNH et en a fait amplement profiter ses protégés, qui ont épousé à fond le système défensif pour compenser le déficit au rayon talent.
Enfin bref. Si la Norvège se retrouve en finale, il sera toujours temps d'en reparler. Car c'est peut-être aussi le Canada qui doit subir un examen. Le Canada, dont certains semblent croire qu'il devrait toujours gagner 10-0, a développé au cours des dernières années une tendance à commencer lentement ses tournois internationaux. (De fait, par définition, le Canada ne participe qu'à des tournois internationaux, sinon il ne serait pas le Canada. C'est très compliqué.)
L'an dernier, lors du Championnat du monde, ç'avait démarré avec de courtes victoires contre l'Allemagne et la... Norvège avant de déboucher sur une médaille d'or. Aux Jeux olympiques de Turin en 2006, une défaite de 2-0 contre la puissante Suisse au premier tour. À Salt Lake City en 2002, un rendement de 1-1-1 à l'étape préliminaire, varlopé par la Suède et petit gain de 3-2 face aux Allemands avant d'aller rafler le titre. Et cette fois-ci, si la Slovénie et la Lettonie n'ont pas trop inquiété, le Canada a été dominé dans l'ensemble par les États-Unis malgré un résultat positif de 5-4 mardi. Ça doit être que la chimie est longue à prendre dans ce pays qui n'a pas assez d'histoire et trop de géographie.
Quoi qu'il en soit, le croustillant reste à venir. Il y a l'Allemagne aujourd'hui, puis la Finlande et Saku Koivu lundi. Par la suite, l'étape éliminatoire. Et à un moment donné, le Canada devrait traverser le chemin de la Russie, l'équipe la plus spectaculaire du tournoi même sans Malkin ni Gonchar ni Zubov, celle-là même qui n'a pas voulu d'Alex Kovalev parce que ce dernier, semble-t-il, n'est pas assez rapide... Comme disait Napoléon qui n'en ratait jamais une jusqu'à ce que survienne Waterloo morne plaine, ça va se corser. Dans le sens de.
Aussi, quand le Canada a affronté ce pays jeudi à Halifax au tour préliminaire du Championnat du monde, était-on en droit de s'attendre à la proverbiale promenade dans le parc, genre 8 à 1 avec une main attachée dans le dos. Slovénie, Lettonie, Norvège, qu'est-ce qu'on attend pour commencer pour vrai?, songeait l'amateur qui prise davantage le beau hockey intensément disputé que la victoire acquise sans péril qui donne un triomphe sans gloire, c'est bien connu.
Sauf que. Ça s'est terminé 2-1, et encore a-t-il fallu que les Norvégiens aient un gars dans la boîte de pénalités, comme disait le poète-analyste bilingue, pour que, à quatre minutes de la fin, la puissante nation hôtesse puisse s'imposer, ce qui est vraiment une façon de parler.
Situons un peu la situation: la formation actuelle de la Norvège ne compte aucun joueur de la LNH. Les deux actifs, Thoresen et Tollefsen, sont respectivement retenus dans les séries avec le Philadelphie et pas là pour des raisons qui ne regardent que lui. Myrvold est présent, lui dont les personnes friandes de données obscures se souviendront qu'il avait été repêché par les Nordiques de Québec dans le bon vieux temps — il a endossé l'uniforme de l'Avalanche par la suite —, mais il est retourné à la maison en 2004 après quelques matchs à Detroit. Le gardien de but s'appelle Pal Grotnes et est menuisier de profession pour arrondir les fins de mois. Jouer au hockey professionnel en Norvège, dans ce cas au sein du IK Comet Halden, n'est pas un business lucratif, à ce qu'on raconte.
Or, jeudi, Grotnes s'est dressé comme un grand et a repoussé 50 garnottes canadiennes pour provoquer ce résultat serré, déraisonnable, trop vrai pour être beau.
Il n'est pas si rare qu'un cerbère inconnu, ou méconnu, ou sous-estimé, sorte la prestation de sa vie au moment où le monde le regarde. Parfois, c'est juste que les observateurs n'avaient pas assez observé et que le gars était en réalité très bon: en l'occurrence, Vladislav Tretiak à la Série du siècle ou Vladimir Dzurilla — lui était réparateur de réfrigérateurs dans ses temps libres, je vous le jure — qui, vous en souvient-il, avait menotté le Canada à lui seul, 1-0, lors de la Coupe Canada de 1976. Parfois, il s'agit carrément d'un état de grâce. En ce qui concerne Grotnes, mettons que pour l'instant, le jury délibère.
Remarquez que si Grotnes a étincelé, il a aussi eu de l'appui. L'équipe norvégienne a tout fait pour embouteiller l'adversaire. Comme le disait son défenseur et capitaine Tommy Jakobsen au terme de la rencontre, «nous ne pouvons pas égaler leur qualité de jeu, mais nous pouvons détruire leur jeu». Selon des sources, ce serait ainsi qu'on rendrait en langue scandinave la bonne vieille trappe.
Et selon d'autres sources, il y aurait du George Kingston là-dessous. Kingston, qui fut le premier entraîneur-chef des Sharks de San Jose avec lesquels il compila un ronflant dossier de 28-129-7 avant de se faire dire que la sortie c'est par là — jetez cependant un coup d'oeil sur la formation des Sharks de 1992-93 et vous ne tarderez pas à conclure qu'à l'impossible nul ne devrait être tenu —, s'est recyclé dans le hockey européen et est actuellement entraîneur adjoint de la Norvège. Il connaît tous les trucs et combines du jeu style LNH et en a fait amplement profiter ses protégés, qui ont épousé à fond le système défensif pour compenser le déficit au rayon talent.
Enfin bref. Si la Norvège se retrouve en finale, il sera toujours temps d'en reparler. Car c'est peut-être aussi le Canada qui doit subir un examen. Le Canada, dont certains semblent croire qu'il devrait toujours gagner 10-0, a développé au cours des dernières années une tendance à commencer lentement ses tournois internationaux. (De fait, par définition, le Canada ne participe qu'à des tournois internationaux, sinon il ne serait pas le Canada. C'est très compliqué.)
L'an dernier, lors du Championnat du monde, ç'avait démarré avec de courtes victoires contre l'Allemagne et la... Norvège avant de déboucher sur une médaille d'or. Aux Jeux olympiques de Turin en 2006, une défaite de 2-0 contre la puissante Suisse au premier tour. À Salt Lake City en 2002, un rendement de 1-1-1 à l'étape préliminaire, varlopé par la Suède et petit gain de 3-2 face aux Allemands avant d'aller rafler le titre. Et cette fois-ci, si la Slovénie et la Lettonie n'ont pas trop inquiété, le Canada a été dominé dans l'ensemble par les États-Unis malgré un résultat positif de 5-4 mardi. Ça doit être que la chimie est longue à prendre dans ce pays qui n'a pas assez d'histoire et trop de géographie.
Quoi qu'il en soit, le croustillant reste à venir. Il y a l'Allemagne aujourd'hui, puis la Finlande et Saku Koivu lundi. Par la suite, l'étape éliminatoire. Et à un moment donné, le Canada devrait traverser le chemin de la Russie, l'équipe la plus spectaculaire du tournoi même sans Malkin ni Gonchar ni Zubov, celle-là même qui n'a pas voulu d'Alex Kovalev parce que ce dernier, semble-t-il, n'est pas assez rapide... Comme disait Napoléon qui n'en ratait jamais une jusqu'à ce que survienne Waterloo morne plaine, ça va se corser. Dans le sens de.
Haut de la page

