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Championnat du monde de hockey - Le Canada saura-t-il vaincre la guigne du pays hôte?

Jean Dion   2 mai 2008  Hockey
Menée par Alexander Ovechkin, l’équipe russe est la grande favorite du tournoi.
Photo : Agence Reuters
Menée par Alexander Ovechkin, l’équipe russe est la grande favorite du tournoi.
S'il est suivi avec passion par les amateurs en Europe, le Championnat du monde de hockey sur glace suscite d'ordinaire un intérêt relativement mitigé en nos contrées. Ça se déroule loin, à des heures de faible écoute, au moment où les séries de la coupe Stanley prennent leur vitesse de croisière. En outre, plusieurs des meilleurs joueurs de la planète n'y sont pas, toujours à l'oeuvre dans la Ligue nationale ou ayant décliné l'invitation de participer pour prendre du repos ou soigner leurs bobos au terme d'un long calendrier de 82 matchs ou plus.

Et le championnat 2008, avec le Canadien de Montréal toujours en vie bien que désormais acculé au proverbial mur, aurait risqué de passer encore davantage inaperçu s'il n'avait eu l'idée de traverser l'Atlantique et, ce faisant, de créer un précédent historique. Pour la première fois en trois quarts de siècle d'existence, le tournoi, qui commence dès aujourd'hui, sera présenté au Canada. À Halifax, nommément, et surtout à Québec, où coïncideront le 400e anniversaire de la Vieille Capitale et le centenaire de la Fédération internationale de hockey sur glace, fondée en 1908. Le Colisée Pepsi accueillera cet après-midi le match inaugural opposant la République tchèque au Danemark, prélude à une trentaine de rencontres en sa patinoire jusqu'à la grande finale du 18 mai.

Ce n'est en réalité que la deuxième fois que l'événement aura lieu en Amérique du Nord. En 1962, le Colorado l'avait accueilli. On doit par ailleurs noter qu'en 1932 (Lake Placid) et 1960 (Squaw Valley, Californie), les Jeux olympiques, dont le tournoi de hockey était à l'époque considéré aussi comme déterminant le champion mondial, s'étaient déroulés aux États-Unis.

Mais attention, le fait que le tournoi ait lieu chez soi n'est pas nécessairement un gage de succès, et le Canada, pour en sortir vainqueur, devra renverser une longue période de guigne qui s'abat sur le pays hôte. Il faut remonter à 1986, quand l'Union soviétique — qui n'existe plus — avait triomphé à Moscou, pour trouver un champion à la maison. Plus, seulement deux pays — qui n'existent plus —, l'URSS et la Tchécoslovaquie, ont réussi à l'emporter à domicile depuis l'avènement de l'événement, au début des années 1930.

S'il ne présente pas la meilleure équipe sur papier, ce statut revenant à la Russie menée par Alexander Ovechkin, le Canada est tout de même le champion défendant, ayant remporté son 24e titre l'an dernier à Moscou. Il amorcera son parcours à Halifax aujourd'hui face à la Slovénie, privé de certains éléments qui auraient pu lui donner un sérieux coup de main. Les gardiens Martin Brodeur et Roberto Luongo ont dit non à l'invitation qui leur avait été lancée, et le centre étoile Vincent Lecavalier a subi une intervention chirurgicale aussitôt la saison du Lightning de Tampa Bay terminée.

Seize équipes nationales prennent part au tournoi, réparties en quatre poules. En groupe B, le Canada se mesurera au tour préliminaire aux États-Unis, à la Lettonie et à la Slovénie. Québec accueillera d'abord les poules A, formée de la Suède, de la Suisse, de la Biélorussie et de la France (Cristobal Huet sera de la partie), et D, où se retrouvent la République tchèque, la Russie, le Danemark et l'Italie. Le groupe C est par ailleurs composé de la Finlande, de la Slovaquie, de l'Allemagne et de la Norvège.

Qu'y a-t-il à l'enjeu? Le championnat du monde, évidemment, un titre davantage prisé en Europe qu'en Amérique, où la coupe Stanley conserve un immense prestige. Mais si, au fil des 40 dernières années, le Championnat du monde a été obscurci par d'autres événements similaires qui, eux, attiraient la crème de tous les pays — Série du siècle, Coupe Canada, Rendez-vous 87, Coupe du monde, arrivée des joueurs professionnels aux Jeux olympiques —, il conserve son importance, justement parce qu'il façonnera le prochain rendez-vous olympique, même si plusieurs des formations y auront un visage radicalement différent, la LNH libérant tous ses joueurs pour les deux semaines de la trêve.

Selon le rang auquel chaque pays finira dans ce tournoi, des points seront attribués et ajoutés au classement mondial actuel (la Suède occupe présentement la première place, le Canada est deuxième). À la fin du tournoi, les neuf équipes de tête du classement remanié obtiendront automatiquement leur laissez-passer pour Vancouver 2010, et des qualifications ultérieures auront lieu entre les meilleures suivantes pour les trois places restantes. Si les «sept grands» n'ont pas trop à s'en faire pour leur participation olympique, ils ont quand même quelque chose à gagner puisque plus élevé sera leur rang, plus ils affronteront des équipes faibles au premier tour à Vancouver. Pour ce qui est des clubs de milieu de classement, l'enjeu est carrément une invitation aux Jeux.

Par ailleurs, pour plusieurs joueurs, des jeunes surtout, le Championnat du monde représente l'occasion de montrer qu'ils méritent de faire partie de la sélection olympique. Des gars comme Derek Roy, Duncan Keith ou Jonathan Toews pour le Canada, voire Jason Pominville, qui jouera sous les couleurs des États-Unis — il a obtenu la citoyenneté américaine et aura plus de chances de percer la formation là-bas —, voudront faire leurs preuves en prévision du grand rendez-vous.

Le Canada, de son côté, a recruté l'ancien ailier-vedette Luc Robitaille, qui assume le poste de directeur général. L'équipe sera pilotée par l'entraîneur-chef des Blue Jackets de Columbus, Ken Hitchcock, qui s'est notamment adjoint les services de Pat Burns à titre d'assistant. Le capitaine (un peu controversé) est le même qui avait conduit les siens au titre en mai dernier, Shane Doan, et l'attaque sera menée par des noms connus comme ceux de Martin Saint-Louis, Jason Spezza, Dany Heatley, Eric Staal et Rick Nash. Les piliers de la défense sont Ed Jovanovski, Jay Bouwmeester et Mike Green. Cam Ward, Pascal Leclaire et Mathieu Garon ont été appelés devant le filet. Il est à noter que les formations de plusieurs équipes pourraient être modifiées au cours des prochains jours alors que d'autres clubs seront éliminés dans la LNH et certains de leurs joueurs pourraient recevoir une invitation.

On va suivre tout cela de près entre deux matchs du Canadien, pour peu qu'il lui en reste deux...
 
 
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