Bizimana est hockey
Photo : Jacques Nadeau
«En commençant à m’intéresser au hockey, j’ai retrouvé une chose qui me manquait de l’Afrique. Non seulement je découvrais un nouveau sport que j’aimais comme amateur, mais je retrouvais aussi le côté rassembleur et social du sport», di
En posant le pied au Québec il y a neuf ans, Aimé-Jules Bizimana a cherché ses repères. Son Burundi natal était loin de ce quotidien frisquet. Mais ce n'est pas tant le pays lui-même qui lui manquait que son âme sportive: le football. Et surtout la formidable communion collective qui accompagne chaque match.
Seul devant sa télé à Montréal pour suivre les parties de foot ou de basket qui étaient en Afrique autant de rendez-vous pour les copains, Bizimana s'est fait la réflexion qu'il était en train de perdre quelque chose de fondamental à sa vie. «J'étais triste, dit-il, parce que je sentais que le levier de socialisation qu'est le sport m'échappait.»
Il voyait bien que, côté sport social, le hockey avait la cote au Québec. Mais un sport de glace pour un Burundais à la peau ébène, ça ne va pas de soi. Bizimana n'aimait pas le hockey. Ayant été journaliste sportif en Afrique, il en avait une connaissance sommaire: Wayne Gretzky, Mario Lemieux et quelques images de joueurs soulevant la coupe Stanley, le seul moment de l'année où les ondes africaines faisaient écho au hockey. L'intérêt s'arrêtait là.
«Je savais que la passion pour le sport existait au Québec, qu'une Coupe Stanley était plus importante pour Montréal que la visite du pape. Mais comme je n'aimais pas le sport, je me disais que ce n'était pas pour moi.»
Sauf qu'il s'est produit un déclic après deux ou trois ans. Colocataire d'un amateur de hockey, le gaillard de 6 pieds et 3 pouces au sourire contagieux s'est converti. Il a compris qu'en changeant de pays il changeait aussi de sport national. Et aujourd'hui, Bizimana est lui-même hockey.
Après avoir jasé un brin avec la plus fidèle et ancienne partisane du Canadien il y a deux semaines, Le Devoir est allé rencontré ce fan récent entre deux matchs, il y a quelques jours. Car voilà un amateur qui, à sa façon, se fait le représentant d'une foule d'immigrants qui insufflent de la couleur et de la chaleur à la passion des Québécois pour le hockey.
Une passion qui atteint des niveaux inégalés au Québec, faut-il le rappeler: près de la moitié du Québec a écouté la troisième période du septième match entre Montréal et Boston, lundi. Ce qui inclut Aimé-Jules Bizimana, évidemment.
Avec 110 %
Et comment fait donc un Africain fan fini de football pour tout apprendre du hockey en quelques années? Il écoute 110 %, la quotidienne de débats sportifs diffusée à TQS. Avec sérieux. Ceux qui ont vu Bizimana regarder cette émission dans sa période d'apprentissage s'en rappellent: il était complètement concentré, silencieux, absorbant le maximum d'informations pour rattraper le temps «perdu» en Afrique.
L'image de cet intellectuel spécialiste des pratiques journalistiques en temps de guerre, auteur d'un mémoire de maîtrise sur la terminologie du football dans la presse sportive, décortiquant les paroles des débatteurs de 110 % avec le souci d'en comprendre le sens profond, ne manquait pas de saveur. Mais c'est en partant de là qu'il est devenu un fin connaisseur du hockey et de sa philosophie d'équipe. Quelqu'un qui pourrait en expliquer à plusieurs nés avec un biberon du Canadien dans la bouche.
«Il fallait que j'apprenne quelque part, raconte-t-il. Je partais de zéro. Alors, quand j'entendais parler de tel joueur ou de telle équipe, j'allais voir pour savoir qui ils étaient. Ensuite, j'ai commencé à écouter des matchs, puis c'est devenu une habitude, et la flamme s'est allumée.»
Une flamme qu'il était heureux de sentir: «En commençant à m'intéresser au hockey, j'ai retrouvé une chose qui me manquait de l'Afrique. Non seulement je découvrais un nouveau sport que j'aimais comme amateur, mais je retrouvais aussi le côté rassembleur et social du sport.»
Car le sport, pour Bizimana, représente une communion, du plaisir assuré, des rires partagés. «C'est comme une religion. Quand les matchs de championnat arrivent, tu sens que toute la ville est accrochée à son équipe. Tu n'as pas besoin de poser la question: tu sais que le jour du match il faut être là. Tu ne prends pas de rendez-vous. C'est vrai en Afrique comme ici.»
«Alors, je rêve maintenant du jour où le Canadien va ramener la Coupe à Montréal. Parce que je sais qu'il n'y aura rien de plus important en ville. Et ça fera revivre pour moi une expression comme la Sainte-Flanelle, ça lui donnera un sens. Il faut que je le vive pour bien comprendre. Mais déjà, je peux sentir ce que ce sera comme fête, et je sais que je serai partie prenante de cette histoire.»
Ça se poursuit donc ce soir, 19h, au Centre Bell, pour le premier match de la deuxième ronde entre le Canadien et les Flyers de Philadelphie.
Seul devant sa télé à Montréal pour suivre les parties de foot ou de basket qui étaient en Afrique autant de rendez-vous pour les copains, Bizimana s'est fait la réflexion qu'il était en train de perdre quelque chose de fondamental à sa vie. «J'étais triste, dit-il, parce que je sentais que le levier de socialisation qu'est le sport m'échappait.»
Il voyait bien que, côté sport social, le hockey avait la cote au Québec. Mais un sport de glace pour un Burundais à la peau ébène, ça ne va pas de soi. Bizimana n'aimait pas le hockey. Ayant été journaliste sportif en Afrique, il en avait une connaissance sommaire: Wayne Gretzky, Mario Lemieux et quelques images de joueurs soulevant la coupe Stanley, le seul moment de l'année où les ondes africaines faisaient écho au hockey. L'intérêt s'arrêtait là.
«Je savais que la passion pour le sport existait au Québec, qu'une Coupe Stanley était plus importante pour Montréal que la visite du pape. Mais comme je n'aimais pas le sport, je me disais que ce n'était pas pour moi.»
Sauf qu'il s'est produit un déclic après deux ou trois ans. Colocataire d'un amateur de hockey, le gaillard de 6 pieds et 3 pouces au sourire contagieux s'est converti. Il a compris qu'en changeant de pays il changeait aussi de sport national. Et aujourd'hui, Bizimana est lui-même hockey.
Après avoir jasé un brin avec la plus fidèle et ancienne partisane du Canadien il y a deux semaines, Le Devoir est allé rencontré ce fan récent entre deux matchs, il y a quelques jours. Car voilà un amateur qui, à sa façon, se fait le représentant d'une foule d'immigrants qui insufflent de la couleur et de la chaleur à la passion des Québécois pour le hockey.
Une passion qui atteint des niveaux inégalés au Québec, faut-il le rappeler: près de la moitié du Québec a écouté la troisième période du septième match entre Montréal et Boston, lundi. Ce qui inclut Aimé-Jules Bizimana, évidemment.
Avec 110 %
Et comment fait donc un Africain fan fini de football pour tout apprendre du hockey en quelques années? Il écoute 110 %, la quotidienne de débats sportifs diffusée à TQS. Avec sérieux. Ceux qui ont vu Bizimana regarder cette émission dans sa période d'apprentissage s'en rappellent: il était complètement concentré, silencieux, absorbant le maximum d'informations pour rattraper le temps «perdu» en Afrique.
L'image de cet intellectuel spécialiste des pratiques journalistiques en temps de guerre, auteur d'un mémoire de maîtrise sur la terminologie du football dans la presse sportive, décortiquant les paroles des débatteurs de 110 % avec le souci d'en comprendre le sens profond, ne manquait pas de saveur. Mais c'est en partant de là qu'il est devenu un fin connaisseur du hockey et de sa philosophie d'équipe. Quelqu'un qui pourrait en expliquer à plusieurs nés avec un biberon du Canadien dans la bouche.
«Il fallait que j'apprenne quelque part, raconte-t-il. Je partais de zéro. Alors, quand j'entendais parler de tel joueur ou de telle équipe, j'allais voir pour savoir qui ils étaient. Ensuite, j'ai commencé à écouter des matchs, puis c'est devenu une habitude, et la flamme s'est allumée.»
Une flamme qu'il était heureux de sentir: «En commençant à m'intéresser au hockey, j'ai retrouvé une chose qui me manquait de l'Afrique. Non seulement je découvrais un nouveau sport que j'aimais comme amateur, mais je retrouvais aussi le côté rassembleur et social du sport.»
Car le sport, pour Bizimana, représente une communion, du plaisir assuré, des rires partagés. «C'est comme une religion. Quand les matchs de championnat arrivent, tu sens que toute la ville est accrochée à son équipe. Tu n'as pas besoin de poser la question: tu sais que le jour du match il faut être là. Tu ne prends pas de rendez-vous. C'est vrai en Afrique comme ici.»
«Alors, je rêve maintenant du jour où le Canadien va ramener la Coupe à Montréal. Parce que je sais qu'il n'y aura rien de plus important en ville. Et ça fera revivre pour moi une expression comme la Sainte-Flanelle, ça lui donnera un sens. Il faut que je le vive pour bien comprendre. Mais déjà, je peux sentir ce que ce sera comme fête, et je sais que je serai partie prenante de cette histoire.»
Ça se poursuit donc ce soir, 19h, au Centre Bell, pour le premier match de la deuxième ronde entre le Canadien et les Flyers de Philadelphie.
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