Les invasions barbares
Le club de hockey Canadien vient tout juste de remporter un premier round des longues séries éliminatoires de la coupe Stanley mais de graves débordements contribuent à ternir cette victoire. Bien qu'on puisse et doive condamner ces gestes, ce qui est tout aussi malheureux, ce sont les commentaires et les analyses sommaires qui sont régulièrement faits lorsque de tels événements se produisent.
Bien entendu, en dénonçant les fauteurs de trouble, la «petite racaille», on ne se trompe pas complètement de cible. On vise ce qui est le plus évident. Aussi, compte tenu du fait que chacun est doté du libre arbitre, il est impossible de ne pas attribuer la responsabilité des gestes commis aux personnes qui les ont faits.
Esprit collectif
Par contre, si chacun est responsable de ses actes, une telle conduite ne s'explique pas simplement sur une base individuelle. D'autres facteurs contribuent à expliquer ces invasions barbares. Certains partisans et commerçants situés aux abords du Centre Bell soulignaient, un peu médusés, que ce qui était en train de se passer était bien différent de ce dont ils se rappelaient des victoires du Canadien aux séries éliminatoires de 1986 et 1993. Comment expliquer ce changement de l'état d'esprit collectif d'une partie de la population?
S'en remettre au constat populaire et un peu trop facile selon lequel «Ah! les jeunes aujourd'hui... » ne convaincra personne. Il s'agit d'une dénonciation et non d'une explication. Il est vrai qu'à court terme, ce sont les individus qui sont à blâmer. À moyen et à long terme, on doit rechercher ailleurs les facteurs d'explication.
Des médias présents
À moyen terme, depuis 1986 et 1993, ce qui a changé, c'est la couverture des médias. Ceux-ci sont continuellement en direct sur la nouvelle, quand ce n'est pas dans l'attente que les événements se produisent. Certains réseaux de télévision envoient des journalistes, grands spécialistes des faits divers, couvrir les débordements qui pourraient avoir lieu lors de grands événements.
Quand ceux-ci ne se produisent pas, comme lors du cinquième match à Montréal, on nous informe que rien ne se passe actuellement, images en direct à l'appui. Bref, on est déçu! On aurait voulu rapporter quelque chose, faire la une, avoir toute l'attention. On passe le message selon lequel quelque chose d'important aurait pu avoir lieu mais que, quel dommage, ce sera peut-être pour une autre fois.
Autre changement dans les médias télévisuels: la recherche d'émotions. Avant les matchs, les journalistes sont postés aux abords des centres sportifs et non à l'intérieur. On désire montrer des partisans en liesse. Quand on les interroge, ce sont seulement et uniquement les plus colorés et les plus expressifs qui sont retenus pour les reportages. Bref, il faut rendre compte d'une réalité survoltée, d'une atmosphère électrisée.
En général, ces clichés sont bien loin de la réalité du simple partisan qui va assister à un match de hockey. Mais est-ce important? Il ne s'agit pas de rendre compte de la réalité, après tout; il s'agit de capter l'attention du téléspectateur. Cette recherche généralisée de comportements puérils et excités contribue — sur des années — à modifier la perception de ce qui est permis et de ce qui ne l'est pas. Lentement mais sûrement, les limites de l'acceptable se transforment.
Mal-être social
Enfin, à long terme, il y a toute la question du mal-être qui se pose à la fois de manière individuelle et collective. Nous vivons dans des sociétés où il est de plus en plus dur de vivre. Les inégalités ont recommencé à croître, la précarité ne cesse de gagner du terrain. L'offre éducative n'a jamais été aussi diversifiée pour les jeunes et moins jeunes; pourtant, les conditions de la réussite sociale ne cessent d'être de plus en plus élevées.
Les possibilités de mobilité sociale se réduisent depuis une génération. Nous vivons dans des sociétés qui donnent l'impression à certains qu'ils sont de trop, ce qui fait en sorte que la désillusion marque les esprits et que la misère sociale frappe un nombre grandissant d'individus. Devant cet état de fait, là aussi, il faut réfléchir.
Il est désolant que des gestes disgracieux, qui sont une atteinte au bien commun et à la paix sociale, soient commis. Il est tout aussi déplorable qu'on se refuse à comprendre que l'explication de ces comportements ne réside pas exclusivement dans les individus. La simple dénonciation est trop facile et constitue un comportement lâche d'une société qui ne veut pas faire face aux problèmes de fond qui la déstructurent lentement.
Bien entendu, en dénonçant les fauteurs de trouble, la «petite racaille», on ne se trompe pas complètement de cible. On vise ce qui est le plus évident. Aussi, compte tenu du fait que chacun est doté du libre arbitre, il est impossible de ne pas attribuer la responsabilité des gestes commis aux personnes qui les ont faits.
Esprit collectif
Par contre, si chacun est responsable de ses actes, une telle conduite ne s'explique pas simplement sur une base individuelle. D'autres facteurs contribuent à expliquer ces invasions barbares. Certains partisans et commerçants situés aux abords du Centre Bell soulignaient, un peu médusés, que ce qui était en train de se passer était bien différent de ce dont ils se rappelaient des victoires du Canadien aux séries éliminatoires de 1986 et 1993. Comment expliquer ce changement de l'état d'esprit collectif d'une partie de la population?
S'en remettre au constat populaire et un peu trop facile selon lequel «Ah! les jeunes aujourd'hui... » ne convaincra personne. Il s'agit d'une dénonciation et non d'une explication. Il est vrai qu'à court terme, ce sont les individus qui sont à blâmer. À moyen et à long terme, on doit rechercher ailleurs les facteurs d'explication.
Des médias présents
À moyen terme, depuis 1986 et 1993, ce qui a changé, c'est la couverture des médias. Ceux-ci sont continuellement en direct sur la nouvelle, quand ce n'est pas dans l'attente que les événements se produisent. Certains réseaux de télévision envoient des journalistes, grands spécialistes des faits divers, couvrir les débordements qui pourraient avoir lieu lors de grands événements.
Quand ceux-ci ne se produisent pas, comme lors du cinquième match à Montréal, on nous informe que rien ne se passe actuellement, images en direct à l'appui. Bref, on est déçu! On aurait voulu rapporter quelque chose, faire la une, avoir toute l'attention. On passe le message selon lequel quelque chose d'important aurait pu avoir lieu mais que, quel dommage, ce sera peut-être pour une autre fois.
Autre changement dans les médias télévisuels: la recherche d'émotions. Avant les matchs, les journalistes sont postés aux abords des centres sportifs et non à l'intérieur. On désire montrer des partisans en liesse. Quand on les interroge, ce sont seulement et uniquement les plus colorés et les plus expressifs qui sont retenus pour les reportages. Bref, il faut rendre compte d'une réalité survoltée, d'une atmosphère électrisée.
En général, ces clichés sont bien loin de la réalité du simple partisan qui va assister à un match de hockey. Mais est-ce important? Il ne s'agit pas de rendre compte de la réalité, après tout; il s'agit de capter l'attention du téléspectateur. Cette recherche généralisée de comportements puérils et excités contribue — sur des années — à modifier la perception de ce qui est permis et de ce qui ne l'est pas. Lentement mais sûrement, les limites de l'acceptable se transforment.
Mal-être social
Enfin, à long terme, il y a toute la question du mal-être qui se pose à la fois de manière individuelle et collective. Nous vivons dans des sociétés où il est de plus en plus dur de vivre. Les inégalités ont recommencé à croître, la précarité ne cesse de gagner du terrain. L'offre éducative n'a jamais été aussi diversifiée pour les jeunes et moins jeunes; pourtant, les conditions de la réussite sociale ne cessent d'être de plus en plus élevées.
Les possibilités de mobilité sociale se réduisent depuis une génération. Nous vivons dans des sociétés qui donnent l'impression à certains qu'ils sont de trop, ce qui fait en sorte que la désillusion marque les esprits et que la misère sociale frappe un nombre grandissant d'individus. Devant cet état de fait, là aussi, il faut réfléchir.
Il est désolant que des gestes disgracieux, qui sont une atteinte au bien commun et à la paix sociale, soient commis. Il est tout aussi déplorable qu'on se refuse à comprendre que l'explication de ces comportements ne réside pas exclusivement dans les individus. La simple dénonciation est trop facile et constitue un comportement lâche d'une société qui ne veut pas faire face aux problèmes de fond qui la déstructurent lentement.
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