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Notre hockey

Jean Dion   26 mars 2008  Hockey
Air connu: on veut pas le savoir, disait le prophète, on veut le voir. Et qu'est-ce qu'on l'a vu, bonté, qu'est-ce qu'on l'a vu. Avant, tout le monde savait, même si bien peu avaient vu. Maintenant, on nous donne à voir avant même de savoir. Les «événements de Saguenay» passent en boucle, partout, aux vraies nouvelles (les nouvelles du sport ne sont pas de vraies nouvelles, confinées au divertissement), aux émissions de discussion sociétale et, bien sûr, jusque sur YouTube, la vitrine mondiale qu'a trouvée l'humain pour avertir son voisin qu'il se passe quelque chose ou rien. Les médias en profitent pour se livrer à l'une de leurs activités favorites: consacrer des heures et des heures à dire que les médias exagèrent. Ce papier serait accusé d'en être la preuve par l'absurde qu'il ne trouverait pas grand-chose à redire.

En quatre jours d'information générale ralentie par un congé et accélérée par les progrès admirables de la communication technologique postmoderne, tous les angles ont été abordés. J'ai vérifié, il n'en reste plus. Les bagarres au hockey. Les vices rédhibitoires du hockey junior canadien. Patrick Roy, sa vie, son oeuvre. Ç'a toujours été comme ça, et voilà qu'on se réveille. Que penser des relations père-fils, ou plus précisément entraîneur-joueur? Des excuses lues peuvent-elles être sincères? Qu'est l'autorité devenue? Pourquoi nous montre-t-on cela à répétition? Le gouvernement devrait-il s'en mêler? Si oui, comment? Et pourquoi maintenant? Le «problème» vient-il d'apparaître? Quel avenir pour notre belle jeunesse, dans l'ensemble?

***

Ne manquerait peut-être, en fait, qu'un élément: nous.

Il s'agit de l'un des plus horribles clichés du sport, mais comme les clichés ont la particularité d'être vrais, allons-y gaiement: personne ne change de poste ou n'en profite pour aller se quérir une petite froide pendant une bataille. Une vie d'observation même distraite permet d'en arriver à la conclusion contraire: quand ça barde sur la glace, l'humain se lève, trépigne, sent son pouls augmenter, et il arrive qu'il hurle. Il ressent par procuration la jouissance d'en sacrer une à quelqu'un dont la tête ne lui revient pas mais qu'il ne sera jamais en mesure de mettre à exécution.

Les médias auront beau s'excuser de le montrer, mais les médias, c'est nous. Ce n'est qu'après, quand c'est fini, quand il a retrouvé son calme légendaire, que l'humain appelle à la radio ou écrit aux journaux pour dire que la violence, tout bien réfléchi, il est contre. Abolissons.

Le plus drôle, au sens de curieux et non de comique, est qu'on semble avoir oublié que, pendant que Jonathan Roy filait vers le but adverse, arrachait son casque à Bobby Nadeau et se mettait allègrement à le bûcher, il se passait quelque chose comme une bagarre générale. Dix autres gars de 18-20 ans qui jouent au hockey dans le fol espoir d'en faire un jour profession avaient décidé, pour des raisons que l'on ignore — la testostérone a ici le dos plutôt large, la nécessité de se conformer à un système un peu moins —, de laisser tomber les gants et de régler ça style ruelle. Puisqu'on voit tout, on l'a vu, certains en étaient même à tabasser des rivaux étendus au sol qui tentaient tant bien que mal de se protéger. Pourquoi un tel débordement? Pour nous? Pour tous ceux qui trépignaient à l'idée d'une série entre Québec et Chicoutimi, considérant la «rivalité» historique qui les oppose au hockey junior et qui a fait en sorte que tous les matchs affichaient guichets fermés avant même que ça commence? Pour nous tous qui nous souvenons tendrement du Vendredi saint comme l'un des moments forts de la «rivalité» Canadien-Nordiques?

Certes, ils sont terriblement jeunes, et que celui qui n'a jamais fait de conneries lève la main. Mais les guichets fermés, c'est nous. La Ligue nationale de hockey (LNH) qui fait ses frais en autorisant que le jeu s'arrête pour une petite séance de boxe et envoie les coupables en pénitence pour un gros cinq minutes, c'est aussi nous. La LNH qui tient un encan annuel où l'on dit à des gars à peine majeurs: toi, tu t'en vas là; toi, tu t'en vas là; toi, désolé, c'est terminé, meilleurs succès dans tes «études», c'est encore nous. Le hockey junior qui fait la même chose avec des citoyens de 15 ans, c'est toujours nous. C'est nous parce que c'est là et qu'on n'a jamais rien fait pour que ça change. Peut-être à cause du rêve déraisonnable qu'offre le sport organisé.

Quand il n'y aura plus personne pour vouloir voir ce qui n'est pas montrable, il n'y aura plus personne pour s'y prêter. Ne retenez pas votre souffle en attendant que ça arrive, vous risqueriez de manquer une maudite bonne bataille.






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  • Michel Lebel
    Inscrit
    mercredi 26 mars 2008 07h29
    Un "nous" peu édifiant!
    « Le "nous" d'une foule est souvent peu édifiant. Mais ça ne veut pas dire qu'il faut l'accepter. Autrement tout devient permis et vogue la galère. C'est l'esprit du temps, j'en conviens. Le roi-pognon, et la décadence qui l'accompagne. Si c'est ça la lucidité... »

  • Denis Beaulé
    Abonné
    mercredi 26 mars 2008 07h34
    Mâle-enfant
    « Vous avez fort bien et on ne peut plus à point et justement mis le doigt sur le bobo, monsieur le chroniqueur. Le «problème» c'est nous. Cela est vrai tout autant pour les commissions scolaires, non pas dysfonctionnelles mais seulement non fonctionnelles, que pour l'abruti sévissant dans le hockey, qui n'est pas moindre que celui des Loft Story.
    ? ? ?
    On entend, en effet, qu'adviendraient des moments-clés au hockey, où « c'est là qu'on sépare les hommes des enfants ». Or, Patrick Roy s'est-il comporté tel un homme ou comme un enfant, l'autre soir, en rappelant et en stimulant intempestivement la bête-mâle, comme il l'aura fait si souvent au cours de sa «carrière» ?
    Il en est de même de nous. Il en est de même des médias. Il en est de même du «gouvernement». Il n'y en aurait pas de cette violence abrutissante d'abrutis au hockey, s'il n'y avait pas quelque appétit populaire de violence un peu partout. Si bien que, oui, les médias «en mettent» trop, en «beurrent» souvent trop, trop épais, trop large ou trop étroitement (sélectivement), inversement, «stâllés« sur une toujours même affaire abrutissante, témoignage d'abrutis ou pour les abrutis que l'on est ; oui, aussi, le «gouvernement», qui est entre nous et cette violence aussi bête et inutile que possible, pourrait ou devrait «faire quelque chose», enfin, pour que ça cesse.
    Mais ça ne cessera point. Tant que «nous» ne voudrons pas véritablement que ça cesse. Tant qu'on ne cessera pas d'en encourager la reproduction, en rereregardant la millionième reprise de la toujours même idiote séquence du même idiot de joueur de hockey se prenant pour un boxeur plutôt qu'un joueur de hockey ; tant que le public, surtout, considérera que c'est là ce qu'il peut y avoir de plus intéressant - la rudesse - au hockey ; et tant que les médias mêmes se délecteront de rerereprésenter ad infinitum ce qu'ils prétendent avoir trouvé abominable et épouvantable (si c'était tel, s'ils trouvaient cela vraiment tel, ils pourraient faire en sorte, eux les premiers, que ç'arrête net frette sec drès là ce genre de violence, en désertant complètement ces lieux - de violence - et en refusant carrément en bloc d'en diffuser la moindre parcelle et de l'évoquer même ; ainsi n'y aura-t-il plus de grand public ni même, rapidement, de petit public 'alimentant' de leur intérêt ces gorilleries pas à leur place ni de leur époque, si bien que les joueurs de hockey devraient peut-être se mettre à jouer au hockey et à ne jouer qu'au hockey, si jamais le 'monde' ou 'du monde' aime ça - le hockey - pour le hockey).
    Bref, si ça continue, cette niaise violence sévissant au hockey -- alors qu'il POURRAIT y avoir du hockey éminemment plus intelligent -- elle pourrait en venir à s'estomper non parce qu'on la combattra[it], mais parce qu'on s'en sera[it] lassé. Du fait d'en avoir [déjà] trop vu. Comme on en a à l'évidence trop rererevu - du même - au cours de la dernière centaine d'heures. Si bien qu'il pourrait en être de cela comme de la porno ou de l'hypersexualisation, à la faveur desquelles l'«appétit» pour le sexe aura décru au lieu de croître. Autrement dit, on ne désinvestira pas la violence au hockey pour s'être rendu compte que ce n'est pas «bien», pas beau ou pas «correct», mais bien plutôt parce qu'elle ne nous excitera[it] plus. »

  • Thierry Larrivée
    Abonné
    mercredi 26 mars 2008 07h48
    Euh... J'm'excuse!
    « Euh... J'm'excuse! Je trouve personnellement qu'une bagarre au hockey est une excellente occasion d'aller vider mon trop plein ou encore aller quérir une énième froide. J'en conviens, je ne fais pas partie de la majorité. Ça crée d'ailleurs des discussions, ce qui n'est jamais mauvais...
    Et puis même si... Même si c'est vrai que l'amateur de sports moyen se lève normalement sur sa chaise dans de telles circonstances, encouragé par son voisin ou son état d'ébriété, ce n'est pas une raison pour maintenir de telles pratiques bestiales... "Quand il n'y aura plus personne pour vouloir voir ce qui n'est pas montrable, il n'y aura plus personne pour s'y prêter." Franchement! Et si on inversait plutôt la séquence: quand ça fera des décennies qu'on n'aura pas vu une bagarre au hockey, il n'y aura plus personne pour en réclamer... Connaissez-vous vraiment des gens qui s'ennuient de l'époque des duels à coups de bâtons dans la LNH? »

  • Jean Poulin
    Abonné
    mercredi 26 mars 2008 09h49
    autre angle
    « Un angle qui a peut-être été négligé malgré tout le bavardage des derniers jours: les médias (alias "nous") ont l'air bien décontenancés quand ils réalisent que les idoles sportives qu'ils se sont érigées se révèlent être de bien médiocres parents. (Voir aussi le cas de Lafleur, Guy) »

  • Eric Labonté
    Inscrit
    mercredi 26 mars 2008 12h10
    Le Nous socialement abruti
    « Il est triste j'en convient que la société moderne avec tous les outils d'informations dont elle dispose continue de s'abrutir d'avantage en surconsommant ce type de nouvelles. L'image est d'autant plus décourageante que la preuve est faite qu'avec plus de 100 postes de télé à regarder, une multitude de sites internets, de nombreux journaux et toute autres véhicules d'information disponibles que l'être humain est fondamentalement abruti. Le '' NOUS '' préfère, et de loin, voir les imbécilités de son prochain plutôt qu'un reportage éducatif sur le conflit au Tibet.

    Eric Labonté »

  • Roland Berger
    Abonné
    mercredi 26 mars 2008 14h04
    Réflexion des plus jeunes
    « Les jeunes joueurs de hockey des équipes juvéniles doivent déjà avoir conclu qu'une exclusion du jeu pour six parties n'est pas la fin du monde, et sans doute nombre de leurs parents aussi.
    Roland Berger
    St-Thomas, Ontario »

  • Michel Godin
    Abonné
    mercredi 26 mars 2008 15h30
    Faire le métier
    « Il en va du hockey comme du vélo. Il faut faire le métier, disaient les coureurs dont le pipi et les globules ont été maintes fois analysés. En 1999, le Français Christophe Bassons a démissionné du peloton qui ne lui a pas pardonné son courage et sa prise de position anti-dopage. On peut espérer que le cirque du hockey réagira quand l'agressé acceptera de cracher dans la soupe et de poursuivre son agresseur devant les toges des tribunaux. Ce sera un acte de courage, un autre type de courage que le sport professionnel ne nous apporte pas souvent.

    michel Godin
    Montréal »

  • Réal Ouellet
    Abonné
    mercredi 26 mars 2008 16h24
    j'aime!
    « J'adoooooorrrrreeee!!!!! toute cette histoire de hockey,
    toute la contradiction fondamental de l'humain y est!
    mais je ne suis pas dans votre nous.
    le hockey et le sport en totalité m'ennuie depuis toujours,
    je n'ai aucun mérite ça ne m'a jamais intéressé une seul seconde, je ne suis pas dans ce nous.
    mais j'addooooorrreeeee vous y voir vous débattre! c'est tordant. »

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