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Le retour des Maple Laughs?

Jean Dion   1 décembre 2007  Hockey
Dans les gradins, on aperçoit de temps à autre l’inscription Fire JFJ (John Ferguson Jr.). Et des voix se font entendre pour qu’on efface tout et qu’on recommence à zéro avec une reconstruction mur à mur.
Photo : Agence Reuters
Dans les gradins, on aperçoit de temps à autre l’inscription Fire JFJ (John Ferguson Jr.). Et des voix se font entendre pour qu’on efface tout et qu’on recommence à zéro avec une reconstruction mur à mur.
De mémoire d'amateur de sport, c'est du jamais vu. Ou, en tout cas, du très rarement entendu. Lundi dernier, Richard Peddie, le patron de Maple Leaf Sports & Entertainment Ltd., l'entreprise propriétaire des Maple Leafs de Toronto, a déclaré publiquement que l'embauche de John Ferguson Jr. à titre de directeur général de l'équipe, en 2003, avait été «une erreur».

Ce n'est pas tant l'aveu qui constitue un précédent que le fait qu'il survienne alors que le principal intéressé, l'objet de l'«erreur», est toujours en poste. Et si Peddie a pris soin d'ajouter que Ferguson avait progressé et s'était adapté à son travail — et que, conséquemment, il n'était pas en instance de congédiement —, on parvient mal à suivre la logique du propos. S'il s'agissait d'une erreur, Ferguson ne devrait plus être là; si Ferguson a fait preuve d'une belle adaptation, ce n'était pas une erreur tant que ça... Mais chose certaine, comme vote de confiance, on a déjà vu plus enthousiaste.

La logique? En fouillant dans l'histoire des Maple Leafs des 40 dernières années, on peine à en trouver une parcelle. La dernière fois que l'équipe a gagné la coupe Stanley, c'était quelques jours avant l'ouverture officielle d'Expo 67; depuis, elle s'est montrée incapable d'atteindre la série finale à une seule occasion. Aux dernières années de gloire, qui ont coïncidé avec la fin de l'époque des six équipes dans la Ligue nationale, a succédé une interminable traversée du désert sous la férule du propriétaire Harold Ballard, qui ne voyait pas de raison d'améliorer son club puisque les gradins du Maple Leaf Gardens affichaient complet de toute manière; l'épisode a d'ailleurs donné lieu à la naissance d'un sobriquet pas vraiment enviable, celui de «Maple Laughs». Un bref regain de vie s'est produit au début des années 90, mais Toronto n'a pas tardé à retrouver la morosité, avec à la clé l'éternel cercle vicieux: la volonté de se refaire rapidement, qui force des décisions précipitées, qui courent un haut risque de mal tourner, ce qui entraîne d'autres décisions à courte vue...

En 2007, ça ne va pas bien du tout. Avant de gagner jeudi soir à Atlanta, les Leafs avaient perdu six de leurs sept derniers matchs, souvent en faisant preuve d'un manque de conviction choquant pour des partisans au moins aussi fervents que ceux de Montréal. Avec un dossier de 8 victoires et 17 défaites, ils occupaient le 14e rang, sur 15, dans l'association Est de la LNH. Certes, ils possèdent quelques bons jeunes joueurs comme Kyle Wellwood ou Matt Stajan, mais la relève est compromise par plusieurs transactions douteuses effectuées ces dernières années, telles l'acquisition de vétérans en fin de parcours (Owen Nolan, Brian Leetch) et la cession de choix élevés au repêchage amateur.

Comme quoi il n'y a pas qu'à Montréal que pareille chose se produise, le défenseur Bryan McCabe, à qui on a accordé un plantureux contrat il y a deux ans, est fréquemment conspué par la foule du Centre Air Canada. Les Leafs ne sont pas parvenus à dénicher un gardien de but d'impact depuis le départ de Félix Potvin, en 1998. (Exemple de cercle vicieux: aux prises avec une faiblesse devant le filet, Toronto a cédé l'an dernier un de ses meilleurs prospects, le gardien finlandais Tuukka Rask, aux Bruins de Boston en retour d'un autre gardien à la réputation fondée sur le brio d'une seule saison, Andrew Raycroft. Quand il s'est avéré que Raycroft n'était pas la solution, les Leafs ont été forcés d'envoyer un choix de premier tour à San Jose pour obtenir Vesa Toskala. Raycroft et Toskala connaissent un début de saison ordinaire.) Et comme si cela ne suffisait pas, on commence à dire de Mats Sundin, capitaine, coeur et âme du club, qu'il aurait dû être échangé il y a deux ans, quand sa valeur marchande était bien supérieure à ce qu'elle représente aujourd'hui.

En somme, tant le présent que l'avenir semblent complètement bouchés, et ça barde dans les chaumières et dans les médias, qui en savent bien sûr toujours un peu plus que les autorités en place à propos de la marche à suivre. Dans les circonstances, pas étonnant le moins du monde que John Ferguson Jr., le fils de l'ancien policier du Canadien décédé cet été, soit considéré comme un homme en sursis depuis plusieurs semaines. Ces derniers jours, son renvoi imminent a été évoqué mille fois. Un quotidien a même publié une liste avec photos de ses successeurs potentiels. Dans les gradins, on aperçoit de temps à autre l'inscription Fire JFJ. Et des voix se font entendre pour qu'on efface tout et qu'on recommence à zéro avec une reconstruction mur à mur.

Mais qui voudrait de cette succession? Certes, le poste de directeur général des Maple Leafs de Toronto déborde de prestige, mais il ne prend pas pour autant des allures de sinécure. Car la question gagnerait peut-être à être posée différemment: qui voudrait de cette succession dans les circonstances actuelles? Qui sont, soit dit en passant, à peu près les mêmes qu'il y a quatre ans et qui ont conduit à l'embauche de Ferguson, qui n'avait aucune expérience préalable comme directeur général, un élément crucial pour un poste aussi lourd: parce que personne de plus intéressant n'en voulait. (Sollicité, Scotty Bowman avait refusé parce qu'on ne lui donnait pas assez de latitude.) Or, si personne n'en voulait, c'était peut-être à cause des tiraillements incessants au sein de Maple Leaf Sports & Entertainment.

Sans entrer dans de fastidieux détails, mentionnons que l'entreprise possède à la fois les Maple Leafs, les Raptors de l'Association nationale de basketball, le FC Toronto de Major League Soccer et les Marlies de la Ligue américaine de hockey. Et le propriétaire majoritaire, à hauteur de 58 %, en est... le régime de retraite des enseignants de l'Ontario! Or Richard Peddie, qui en sa qualité de p.-d.g. doit avant tout satisfaire les demandes de son actionnaire sans visage — dégager des profits, à ce qu'on peut déduire —, se retrouve souvent en opposition de vues avec Larry Tanenbaum, propriétaire minoritaire (13 %) et président du conseil de MLS&E. Les deux ne s'entendent pas, par exemple, à propos du maintien ou non en poste de Ferguson et ont tendance à se mêler beaucoup des opérations hockey au lieu de confier la tâche à un président qui s'occuperait exclusivement, et de manière relativement indépendante, de ces tâches.

Bref, un joli gâchis. Les Maple Leafs ont un passé suffisamment glorieux pour se trouver au deuxième rang de l'histoire de la LNH avec 13 coupes Stanley, mais ils revendiquent en même temps la deuxième disette la plus longue avec ces 40 années sans succès (Chicago n'a pas gagné le championnat depuis 1961). À Montréal, l'époque n'est pas particulièrement à la dynastie, mais on imagine aisément le raffut que provoquerait un aussi long passage à vide doublé d'une saison encore jeune mais pratiquement déjà perdue. Les supporters de Toronto, qui paient les billets les plus chers de la ligue et dont l'intensité est comparable à celle des fans du Canadien, estiment mériter mieux que ça, mais ils pourraient bien devoir attendre longtemps. À moins d'improbables changements draconiens prochains, les Maple Laughs sont partis pour continuer de ne faire rire que leurs adversaires.






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  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    samedi 1 décembre 2007 08h43
    Merci à nos Torontois bien-aimés
    « Le journal le DEVOIR veut faire plus peuple en laissant passer dans ses pages, un article sur le Club de hockey les Maple Leafs de Toronto, ce qui nous intéresse beaucoup. Le sort de Ferguson nous tient tellement à coeur et ça nous énerve tellement qu'on se réveille la nuit pour y penser.

    Merci encore pour faire la lumière sur ce problème FULL CANADIAN d'un club mal dirigé avec la belle feuille d'érable bleue que leurs joueurs ont de tatouée sur le coeur comme nos joueurs russes ont le CH tatoués sur leurs porte-feuilles. »

  • Raphaëlle Rodrigue
    Inscrite
    samedi 1 décembre 2007 14h33
    Ce problème pourrait-il éventuellement être celui du Canadien?
    « Un aréna rempli à craquer malgré des billets parmi les plus chers du circuit. Une commotion lorsque vient le temps de mettre les billets en vente. Une frénésie dans les estrades et des amateurs engagés. Nous sommes à Toronto ou à Montréal?

    Je suis d'avis que le problème décrit par M. Dion avec le club torontois peut se reproduire, dans un proche avenir, chez le Canadien. Quand les billets d'une saison s'envolent en quelques heures et que les concessions vendent à coups de Wilfrid Laurier leurs bretzels et la bonne bière, l'entrepreneur est de moins en moins porté vers l'amélioration ou l'innovation.

    Qu'on le veuille ou non, si les bancs du Centre Bell sont remplis en tout temps, pourquoi faire plus efforts pour vendre le produit? Si votre performance télévisuelle n'a jamais été aussi incroyable (et qu'elle est probablement saturée), pourquoi faire plus d'efforts pour améliorer le produit?

    Les gens sont heureux d'assister aux parties du Canadien et de dépenser leurs sous dans les boutiques même si l'équipe n'est pas capable de faire mieux que d'être dans la course aux séries au fil des ans.

    Ne me parlez pas de parité dans la LNH. Expliquez-moi plutôt pourquoi les amateurs de Détroit, Denver, Dallas et, dans une certaine mesure, Ottawa ont droit à un bon spectacle à chaque année et ce, même s'il y a un plafond salarial.

    Je vous remercie de publier mon commentaire.

    Raphaëlle Rodrigue
    Blogueuse sur lautreforum.ca et - surtout - grande partisane de Jean Dion! »

  • Marco Jean
    Abonné
    dimanche 2 décembre 2007 10h58
    Une bonne idée de parler de hockey
    « Merci monsieur Dion pour ce bel article instructif. On peut parler hockey de façon intelligente, chose que vous démontrez dans votre texte. Faites donc une série d'articles du même genre sur différentes équipes de la LNH, et bien sûr, sur le CH. Et ce, même si ça fait un peu « peuple »... »

  • Bernard St-Amour
    Abonné
    dimanche 2 décembre 2007 20h05
    Sanctionner les perdants pour sortir du cercle vicieux
    « Somme toute, en accord avec R. Rodrigue, je pense qu'il faut que les partisans cessent d'acheter des billets de saison qui sont autant de chèques en blanc au conservatisme et à la médiocrité d'éqipes prisonnières de leur trop glorieux passé. Car acheter, c'est voter, et il y a bien mieux à faire de notre argentt. »

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