Et puis euh - Avec pas de club
On ne se racontera pas de sornettes juste pour arrondir les angles obtus ou épargner les fragiles de la fibre trois couleurs, messieurs dames, on ira droit au but avec cinq joueurs du Boston sur le dos comme dans le bon vieux temps du Rocket: l'heure est gravissime. Enfin, pour vous. Moi, j'ai tendance à m'en foutre un peu, épris de rationalisme solipsiste — tout cela n'existe pas vraiment — et surtout mû par les performances individuelles qui permettent de gagner des pools et de se moquer des copains. Le CH que je me suis fait tatouer dans la région, il est pour Charlie Hodge, ou Camille Henry, ou Craig Hartsburg, ou Charlie Huddy, ou Corey Hirsch, ou Chris Herperger, ou même Cristobal Huet, le reste consistant essentiellement en de la CHnoute.
Non, l'époque n'est pas jojoe (féminin de «jojo», non ce n'est pas dans le dictionnaire, et c'est bien dommage) pour vous. Prenons par exemple toutes les publications spécialisées, sites cybernétiques et autres patentes en provenance de l'étranger qu'on peut trouver si on se force un peu. Attention: en provenance de l'étranger, c'est-à-dire faites par des gens neutres, objectifs, détachés, pas continuellement en train de se faire des ulcères dans le secteur de la Flanellette et de s'imaginer les pires choses à son sujet juste pour le plaisir de chialer pour rien. Or que disent à l'unisson ces publications, qui s'adonnent à causer de hockey professionnel? Que ça n'ira pas bien du tout du tout pour le Ca'adien cette année. Où sera-t-il après 82 matchs, quand sera venu le temps de séparer les bons des pas bons, la ligne ô combien arbitraire mais ô combien irréfragable se situant précisément entre la huitième et la neuvième places? Dixième dans l'Est, chers amis. Certains avancent onzième. D'autres douzième. On a même pu entrapercevoir des treizièmes.
Ça va vraiment pas bien, hein? C'est rendu que même la petite porte d'en arrière est verrouillée et que la cabane est surveillée la nuit.
Bref, si on se résume: le Canadien de Montréal est une équipe avec pas de club.
Mais ce serait tout s'il n'y avait pas autre chose. Prenons quelques instants entre deux gros plans sur Carey Price alors que Cristobal vient de se faire scorer un but facile et examinons un peu ce que déclare Sports Illustrated, qui n'est quand même pas une feuille de chou dans laquelle on retrouverait des calembredaines comme celles qui alimentent bihebdomadairement la rubrique Et puis euh. Voici: «Les Canadiens sont pris dans une ornière, ayant terminé au quatrième rang de leur division quatre fois au cours des cinq dernières années. La prestigieuse franchise est en train de perdre lentement sa pertinence.» Motif: de moins en moins de bons joueurs veulent jouer pour elle.
Perdre sa pertinence. À votre place, je trouverais cela lourd, presque insupportable à supporter. Perdre sa pertinence, selon des sources, pourrait avoir le sens pas trop lointain de «devenir insignifiant». Et si le Ca'adien est insignifiant, ce sera la même chose que s'il avait disparu. Et s'il disparaît, on ne pourra plus appeler aux tribunes téléphoniques pour parler du Ca'adien une fois qu'aura été écoulée la période de 15 à 20 ans pendant laquelle on commentera les raisons de sa disparition. Mazette, s'il disparaît, il ne pourra même plus rater les séries éliminatoires pour l'obtention de la Stanley. Comme sommet d'insignifiance, il faut se tourner vers des commentateurs sportifs dont il est préférable de taire l'identité pour trouver plus haut.
Et le plus marrant, bien entendu, réside dans le fait que cette marche vers le degré zéro de la pertinence (DZP) a commencé vous savez avec quoi? Je vous laisse quelques secondes pour y penser pendant que je vais examiner un panneau-réclame du Ca'adien mettant en vedette Maxim Lapierre en m'interrogeant sur les concepts généraux de pertinence et d'inconnaissance de ce qui nous pend au bout du nez dans un contexte de mondialisation des échanges, de concurrence effrénée et de renvoi dans les mineures.
Alors, vous savez avec quoi?
Farpaitement: avec le départ des Nordiques. Vous croyez peut-être aux coïncidences, moi seulement si elles ne se produisent pas en même temps. Si toute personne n'ayant pas au moins 18 ans actuellement n'a aucun souvenir d'avoir vu le Ca'adien plus loin qu'en quarts de finale, c'est qu'à un moment donné au milieu des années 90, le Ca'adien s'est retrouvé tout seul dans son grand marché de fanatiques captifs, il a cru qu'on était revenu à quand c'était bien mieux parce qu'il y avait juste six équipes, et voilà, il a arrêté de se faire pousser dans le, mettons, dos et s'est vidé de son enthousiasme tout en continuant de remplir son aréna. C'est donc un peu votre faute, aussi. Parce que vous achetez des billets en masse.
Alors qu'à la place, vous auriez dû acheter les Nordiques. Tant pis pour vous.
***
jdion@ledevoir.com
Non, l'époque n'est pas jojoe (féminin de «jojo», non ce n'est pas dans le dictionnaire, et c'est bien dommage) pour vous. Prenons par exemple toutes les publications spécialisées, sites cybernétiques et autres patentes en provenance de l'étranger qu'on peut trouver si on se force un peu. Attention: en provenance de l'étranger, c'est-à-dire faites par des gens neutres, objectifs, détachés, pas continuellement en train de se faire des ulcères dans le secteur de la Flanellette et de s'imaginer les pires choses à son sujet juste pour le plaisir de chialer pour rien. Or que disent à l'unisson ces publications, qui s'adonnent à causer de hockey professionnel? Que ça n'ira pas bien du tout du tout pour le Ca'adien cette année. Où sera-t-il après 82 matchs, quand sera venu le temps de séparer les bons des pas bons, la ligne ô combien arbitraire mais ô combien irréfragable se situant précisément entre la huitième et la neuvième places? Dixième dans l'Est, chers amis. Certains avancent onzième. D'autres douzième. On a même pu entrapercevoir des treizièmes.
Ça va vraiment pas bien, hein? C'est rendu que même la petite porte d'en arrière est verrouillée et que la cabane est surveillée la nuit.
Bref, si on se résume: le Canadien de Montréal est une équipe avec pas de club.
Mais ce serait tout s'il n'y avait pas autre chose. Prenons quelques instants entre deux gros plans sur Carey Price alors que Cristobal vient de se faire scorer un but facile et examinons un peu ce que déclare Sports Illustrated, qui n'est quand même pas une feuille de chou dans laquelle on retrouverait des calembredaines comme celles qui alimentent bihebdomadairement la rubrique Et puis euh. Voici: «Les Canadiens sont pris dans une ornière, ayant terminé au quatrième rang de leur division quatre fois au cours des cinq dernières années. La prestigieuse franchise est en train de perdre lentement sa pertinence.» Motif: de moins en moins de bons joueurs veulent jouer pour elle.
Perdre sa pertinence. À votre place, je trouverais cela lourd, presque insupportable à supporter. Perdre sa pertinence, selon des sources, pourrait avoir le sens pas trop lointain de «devenir insignifiant». Et si le Ca'adien est insignifiant, ce sera la même chose que s'il avait disparu. Et s'il disparaît, on ne pourra plus appeler aux tribunes téléphoniques pour parler du Ca'adien une fois qu'aura été écoulée la période de 15 à 20 ans pendant laquelle on commentera les raisons de sa disparition. Mazette, s'il disparaît, il ne pourra même plus rater les séries éliminatoires pour l'obtention de la Stanley. Comme sommet d'insignifiance, il faut se tourner vers des commentateurs sportifs dont il est préférable de taire l'identité pour trouver plus haut.
Et le plus marrant, bien entendu, réside dans le fait que cette marche vers le degré zéro de la pertinence (DZP) a commencé vous savez avec quoi? Je vous laisse quelques secondes pour y penser pendant que je vais examiner un panneau-réclame du Ca'adien mettant en vedette Maxim Lapierre en m'interrogeant sur les concepts généraux de pertinence et d'inconnaissance de ce qui nous pend au bout du nez dans un contexte de mondialisation des échanges, de concurrence effrénée et de renvoi dans les mineures.
Alors, vous savez avec quoi?
Farpaitement: avec le départ des Nordiques. Vous croyez peut-être aux coïncidences, moi seulement si elles ne se produisent pas en même temps. Si toute personne n'ayant pas au moins 18 ans actuellement n'a aucun souvenir d'avoir vu le Ca'adien plus loin qu'en quarts de finale, c'est qu'à un moment donné au milieu des années 90, le Ca'adien s'est retrouvé tout seul dans son grand marché de fanatiques captifs, il a cru qu'on était revenu à quand c'était bien mieux parce qu'il y avait juste six équipes, et voilà, il a arrêté de se faire pousser dans le, mettons, dos et s'est vidé de son enthousiasme tout en continuant de remplir son aréna. C'est donc un peu votre faute, aussi. Parce que vous achetez des billets en masse.
Alors qu'à la place, vous auriez dû acheter les Nordiques. Tant pis pour vous.
***
jdion@ledevoir.com
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

