La soirée d'été du hockey
Mise au jeu initiale du match Canada-Israël, le 15 juillet dernier, à Metulla.
À l'invitation du Comité Canada-Israël, notre reporter, qui aime emmener le lecteur là où jamais la main de l'humain n'a mis le pied, s'est rendu la semaine dernière assister à des événements sportifs originaux dans ce pays du Proche-Orient. Il amorce aujourd'hui une série de trois textes qui promettent énormément, c'est lui qui vous le dit.
«Les gars se sont fait brasser à soir. Tu peux me croire qu'il y a des bleus dans la chambre à l'heure actuelle. C'est une bonne chose. Ils sont en train d'apprendre à jouer au hockey.»
Il est minuit ce dimanche soir de, imaginez, la mi-juillet. Après un match somme toute intense et plutôt spectaculaire, Jean Perron prend l'air sur un banc situé à proximité de l'entrée principale du Canada Centre, à Metulla, dans l'extrême nord d'Israël. Il a de quoi être fier. Ce n'est pas la coupe Stanley, mais sans doute pour la première fois de toute l'histoire une formation israélienne vient de battre le Canada au hockey sur glace, 2 à 1. Son équipe, à la tête de laquelle il s'est retrouvé pratiquement par hasard. Nous sommes assis là, ridiculement près de la frontière libanaise et des barbelés qui la marquent et des soldats qui la patrouillent, et je dois me pincer pour me convaincre de la réalité du moment alors que j'écoute le coach analyser la joute. Je me demande soudain comment on dit 110 % en hébreu.
«L'arbitrage fait toute la différence», explique Perron — les officiels du tournoi sont tous des permanents des ligues junior majeures du Québec et de l'Ontario. «Dans les rencontres internationales de divisions inférieures en Europe, ils t'envoient au banc des punitions au moindre coup d'épaule. Mais eux, ils savent laisser les joueurs jouer. C'est la seule façon qu'on a de s'améliorer.» Et de fait, le match a été ponctué de quelques échauffourées à mesure que la tension montait en troisième période. On est même passé à un cheveu de laisser tomber les gants. «Les gars ont leur fierté», ajoute-t-il.
Le tournoi en question, c'est le premier «Championnat du monde de hockey sur glace juif». Une idée qui est née au printemps dernier, pour l'organisation de laquelle des personnalités influentes — le président de l'événement est Sidney Greenberg, patron du groupe Astral Media — sont parvenues à dénicher 300 000 $ et qui sert un peu de rédemption au minuscule village de Metulla. Il y a un an à pareille date, Metulla se trouvait sous le feu des bombes lors de la guerre entre Israël et le Hezbollah. Ses habitants avaient fui vers le sud ou s'étaient réfugiés dans des abris souterrains.
En peu de temps, on a réussi à constituer quatre équipes, représentant le Canada, les États-Unis, la France et Israël. Tous les joueurs, une centaine, sont juifs. Le calibre de jeu d'ensemble pourrait être comparé à du junior A, mais il n'est pas impossible qu'on voie quelques participants dans la Ligue nationale un jour. Dov Grumet-Morris, par exemple, le gardien américain, est l'un des «prospects» en vue de l'organisation des Predators de Nashville. Benjamin Rubin, de son côté, attaquant pour le Canada, a passé la dernière campagne avec les Remparts de Québec, et il portera cette année les couleurs des Olympiques de Gatineau; et s'il possède certes le talent pour aspirer à une carrière chez les pros, il devra d'abord résoudre le dilemme cornélien qui se pose à lui: juif orthodoxe, il a refusé jusqu'à maintenant de jouer le jour du sabbat, entre les couchers du soleil du vendredi et du samedi. Nul doute que des portes se fermeront s'il ne peut disputer une partie importante des matchs des grandes ligues.
En débarquant au Canada Centre, impossible de ne pas voir que, même au bout du monde, toute est pas mal dans toute. Jean Perron fut, entre autres boulots, entraîneur-chef des Nordiques de Québec. Le pilote du Canada, Sherry Bassin, personnage quasi mythique de la Ligue junior majeure de l'Ontario et de l'équipe nationale junior canadienne, a déjà occupé le poste d'adjoint au directeur général Pierre Lacroix chez les... Nordiques de Québec. Quant au coach des USA, mandaté par le propriétaire des Wolves de Chicago de la Ligue américaine dont il est l'entraîneur, il a pour nom John Anderson, qui fut bien sûr, dans les années 1980, un ailier des... Nordiques de Québec. Ne resterait à ajouter qu'on y retrouve Jonathan Hawie, de Lévis, responsable de l'équipement pour l'équipe d'Israël, dépisteur pour les Foreurs de Val-d'Or et dont le protégé, le gardien substitut israélien Avihu Sorotzky, a joué quelques matchs l'an passé à... Asbestos, dans un circuit senior AA.
***
Lancé, on s'en doute, par des Canadiens et des Russes expatriés, le hockey organisé existe en Israël depuis la fin des années 1980. Mais les pionniers devaient se contenter de surfaces de jeu réduites jusqu'à l'inauguration, en 1994, du Canada Centre, complexe sportif — patinoire de dimensions olympiques, terrain de basketball, piscines, etc. — ainsi nommé parce que issu des efforts déployés par l'ancien maire de Metulla, Yossi Goldberg, auprès de la communauté d'affaires juive de Montréal et de Toronto. Au cours des dernières années, la discipline a par ailleurs connu un essor notable sous l'impulsion d'Alan Maislin, un homme d'affaires montréalais qui a fait du hockey israélien son dada et qui a notamment «conscrit» Jean Perron.
Ç'a commencé il y a quatre ans, quand Maislin a téléphoné à Perron pour lui demander d'animer une école de hockey d'une journée alors que l'équipe junior israélienne était en tournée à Montréal. Celui-ci a acquiescé, tout comme il l'a fait quelque temps plus tard pour un camp à Metulla, où l'entraîneur de la LNH Ken Hitchcock n'avait pu se rendre pour raisons générales de lock-out. Embauché au sein de son entreprise par Maislin, un être fort persuasif, Perron raconte la suite: «Il m'a dit: tu aimes ça. On voit bien que tu as le feu dans les yeux. Il m'a alors demandé d'être l'entraîneur de l'équipe junior d'Israël. Avant de le rencontrer, je ne connaissais rien de la communauté juive ni d'Israël. Mais il ne m'a pas vraiment laissé le choix de dire non!» Peu après, le gagnant de la coupe Stanley de 1986 voyait sa tâche doubler puisqu'il devenait aussi coach de l'équipe senior du pays. Il est parvenu à hisser le club junior au 31e rang mondial et, aujourd'hui, il consacre deux mois et demi par année à ce travail. Un job qu'il trouve gratifiant, mais qu'il ne conservera pas éternellement. À 60 ans passés, les voyages commencent à lui peser, et son épouse lui manque souvent. Aussi espère-t-il qu'au moment de partir, comme il en faisait mention à propos des arbitres, une relève compétente, qu'il a contribué à former, sera prête à reprendre le flambeau. Ce qui n'est pas nécessairement évident, le hockey en Israël demeurant une activité à temps partiel.
Néanmoins, pour les dirigeants, un objectif demeure à l'horizon: que le hockey sur glace soit intégré au programme des Maccabiah Games, les «Jeux olympiques juifs», qui se déroulent tous les quatre ans en Israël et dont la prochaine présentation aura lieu en 2009.
***
Il est minuit lorsque vient de se terminer le match Canada-Israël. S'il se fait aussi tard, c'est que la rencontre a démarré après un délai de près d'une heure. Motif: pendant les cérémonies d'ouverture, quelqu'un avait eu la bonne idée de lancer des feux d'artifice à l'intérieur de l'aréna; ajoutez à cela un problème de condensateur ou quelque chose d'approchant, et on s'est retrouvé avec du brouillard, non, avec un cumulus premier choix sur la patinoire, de quoi faire pâlir d'envie, si cela est possible, la série finale Buffalo-Philadelphie de 1975. Mais la foule d'environ 500 personnes — les gradins peuvent en contenir quelque 800 — a pris son mal en patience.
Finalement, ce sont les États-Unis de John Anderson qui ont remporté le Championnat du monde de hockey juif avec une victoire de 2-1 sur le pays hôte en finale. Le Canada, lui, est reparti avec la médaille de bronze, ce qui, on en conviendra, dans une compétition à quatre équipes, ne saurait vraiment être qualifié de victoire morale. Et pour l'anecdote, dans cette nation folle de soccer et de basketball qu'est Israël, on notera qu'il reste encore un peu de chemin à parcourir: dans son compte rendu, le quotidien Jerusalem Post, qui avait plus tôt en semaine identifié Sherry Bassin comme une femme, a donné les noms des marqueurs des deux premiers filets de la finale. Le problème, c'est que ces noms étaient ceux... des gardiens de but!
«Les gars se sont fait brasser à soir. Tu peux me croire qu'il y a des bleus dans la chambre à l'heure actuelle. C'est une bonne chose. Ils sont en train d'apprendre à jouer au hockey.»
Il est minuit ce dimanche soir de, imaginez, la mi-juillet. Après un match somme toute intense et plutôt spectaculaire, Jean Perron prend l'air sur un banc situé à proximité de l'entrée principale du Canada Centre, à Metulla, dans l'extrême nord d'Israël. Il a de quoi être fier. Ce n'est pas la coupe Stanley, mais sans doute pour la première fois de toute l'histoire une formation israélienne vient de battre le Canada au hockey sur glace, 2 à 1. Son équipe, à la tête de laquelle il s'est retrouvé pratiquement par hasard. Nous sommes assis là, ridiculement près de la frontière libanaise et des barbelés qui la marquent et des soldats qui la patrouillent, et je dois me pincer pour me convaincre de la réalité du moment alors que j'écoute le coach analyser la joute. Je me demande soudain comment on dit 110 % en hébreu.
«L'arbitrage fait toute la différence», explique Perron — les officiels du tournoi sont tous des permanents des ligues junior majeures du Québec et de l'Ontario. «Dans les rencontres internationales de divisions inférieures en Europe, ils t'envoient au banc des punitions au moindre coup d'épaule. Mais eux, ils savent laisser les joueurs jouer. C'est la seule façon qu'on a de s'améliorer.» Et de fait, le match a été ponctué de quelques échauffourées à mesure que la tension montait en troisième période. On est même passé à un cheveu de laisser tomber les gants. «Les gars ont leur fierté», ajoute-t-il.
Le tournoi en question, c'est le premier «Championnat du monde de hockey sur glace juif». Une idée qui est née au printemps dernier, pour l'organisation de laquelle des personnalités influentes — le président de l'événement est Sidney Greenberg, patron du groupe Astral Media — sont parvenues à dénicher 300 000 $ et qui sert un peu de rédemption au minuscule village de Metulla. Il y a un an à pareille date, Metulla se trouvait sous le feu des bombes lors de la guerre entre Israël et le Hezbollah. Ses habitants avaient fui vers le sud ou s'étaient réfugiés dans des abris souterrains.
En peu de temps, on a réussi à constituer quatre équipes, représentant le Canada, les États-Unis, la France et Israël. Tous les joueurs, une centaine, sont juifs. Le calibre de jeu d'ensemble pourrait être comparé à du junior A, mais il n'est pas impossible qu'on voie quelques participants dans la Ligue nationale un jour. Dov Grumet-Morris, par exemple, le gardien américain, est l'un des «prospects» en vue de l'organisation des Predators de Nashville. Benjamin Rubin, de son côté, attaquant pour le Canada, a passé la dernière campagne avec les Remparts de Québec, et il portera cette année les couleurs des Olympiques de Gatineau; et s'il possède certes le talent pour aspirer à une carrière chez les pros, il devra d'abord résoudre le dilemme cornélien qui se pose à lui: juif orthodoxe, il a refusé jusqu'à maintenant de jouer le jour du sabbat, entre les couchers du soleil du vendredi et du samedi. Nul doute que des portes se fermeront s'il ne peut disputer une partie importante des matchs des grandes ligues.
En débarquant au Canada Centre, impossible de ne pas voir que, même au bout du monde, toute est pas mal dans toute. Jean Perron fut, entre autres boulots, entraîneur-chef des Nordiques de Québec. Le pilote du Canada, Sherry Bassin, personnage quasi mythique de la Ligue junior majeure de l'Ontario et de l'équipe nationale junior canadienne, a déjà occupé le poste d'adjoint au directeur général Pierre Lacroix chez les... Nordiques de Québec. Quant au coach des USA, mandaté par le propriétaire des Wolves de Chicago de la Ligue américaine dont il est l'entraîneur, il a pour nom John Anderson, qui fut bien sûr, dans les années 1980, un ailier des... Nordiques de Québec. Ne resterait à ajouter qu'on y retrouve Jonathan Hawie, de Lévis, responsable de l'équipement pour l'équipe d'Israël, dépisteur pour les Foreurs de Val-d'Or et dont le protégé, le gardien substitut israélien Avihu Sorotzky, a joué quelques matchs l'an passé à... Asbestos, dans un circuit senior AA.
***
Lancé, on s'en doute, par des Canadiens et des Russes expatriés, le hockey organisé existe en Israël depuis la fin des années 1980. Mais les pionniers devaient se contenter de surfaces de jeu réduites jusqu'à l'inauguration, en 1994, du Canada Centre, complexe sportif — patinoire de dimensions olympiques, terrain de basketball, piscines, etc. — ainsi nommé parce que issu des efforts déployés par l'ancien maire de Metulla, Yossi Goldberg, auprès de la communauté d'affaires juive de Montréal et de Toronto. Au cours des dernières années, la discipline a par ailleurs connu un essor notable sous l'impulsion d'Alan Maislin, un homme d'affaires montréalais qui a fait du hockey israélien son dada et qui a notamment «conscrit» Jean Perron.
Ç'a commencé il y a quatre ans, quand Maislin a téléphoné à Perron pour lui demander d'animer une école de hockey d'une journée alors que l'équipe junior israélienne était en tournée à Montréal. Celui-ci a acquiescé, tout comme il l'a fait quelque temps plus tard pour un camp à Metulla, où l'entraîneur de la LNH Ken Hitchcock n'avait pu se rendre pour raisons générales de lock-out. Embauché au sein de son entreprise par Maislin, un être fort persuasif, Perron raconte la suite: «Il m'a dit: tu aimes ça. On voit bien que tu as le feu dans les yeux. Il m'a alors demandé d'être l'entraîneur de l'équipe junior d'Israël. Avant de le rencontrer, je ne connaissais rien de la communauté juive ni d'Israël. Mais il ne m'a pas vraiment laissé le choix de dire non!» Peu après, le gagnant de la coupe Stanley de 1986 voyait sa tâche doubler puisqu'il devenait aussi coach de l'équipe senior du pays. Il est parvenu à hisser le club junior au 31e rang mondial et, aujourd'hui, il consacre deux mois et demi par année à ce travail. Un job qu'il trouve gratifiant, mais qu'il ne conservera pas éternellement. À 60 ans passés, les voyages commencent à lui peser, et son épouse lui manque souvent. Aussi espère-t-il qu'au moment de partir, comme il en faisait mention à propos des arbitres, une relève compétente, qu'il a contribué à former, sera prête à reprendre le flambeau. Ce qui n'est pas nécessairement évident, le hockey en Israël demeurant une activité à temps partiel.
Néanmoins, pour les dirigeants, un objectif demeure à l'horizon: que le hockey sur glace soit intégré au programme des Maccabiah Games, les «Jeux olympiques juifs», qui se déroulent tous les quatre ans en Israël et dont la prochaine présentation aura lieu en 2009.
***
Il est minuit lorsque vient de se terminer le match Canada-Israël. S'il se fait aussi tard, c'est que la rencontre a démarré après un délai de près d'une heure. Motif: pendant les cérémonies d'ouverture, quelqu'un avait eu la bonne idée de lancer des feux d'artifice à l'intérieur de l'aréna; ajoutez à cela un problème de condensateur ou quelque chose d'approchant, et on s'est retrouvé avec du brouillard, non, avec un cumulus premier choix sur la patinoire, de quoi faire pâlir d'envie, si cela est possible, la série finale Buffalo-Philadelphie de 1975. Mais la foule d'environ 500 personnes — les gradins peuvent en contenir quelque 800 — a pris son mal en patience.
Finalement, ce sont les États-Unis de John Anderson qui ont remporté le Championnat du monde de hockey juif avec une victoire de 2-1 sur le pays hôte en finale. Le Canada, lui, est reparti avec la médaille de bronze, ce qui, on en conviendra, dans une compétition à quatre équipes, ne saurait vraiment être qualifié de victoire morale. Et pour l'anecdote, dans cette nation folle de soccer et de basketball qu'est Israël, on notera qu'il reste encore un peu de chemin à parcourir: dans son compte rendu, le quotidien Jerusalem Post, qui avait plus tôt en semaine identifié Sherry Bassin comme une femme, a donné les noms des marqueurs des deux premiers filets de la finale. Le problème, c'est que ces noms étaient ceux... des gardiens de but!
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