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    Des pas dans la neige

    5 mai 2012 |Jean Dion | Football
    Tenez, pour le week-end, on va se partager une histoire qui fait tout plein de bien dans la région, et même au-delà.

    Nous sommes le 16 octobre 2010. Au football, les Scarlet Knights de l’Université Rutgers, au New Jersey, affrontent Army au Meadowlands Stadium. À un moment donné, il y a un botté de remise en jeu. Pendant le retour de botté, une violente collision se produit au milieu d’une mêlée. Éric LeGrand, un colosse de 6 pieds 2 pouces et 275 livres qui en est à sa troisième année à Rutgers et qui vient tout juste d’avoir 20 ans, plaqueur défensif et membre des unités spéciales, se retrouve avec deux vertèbres fracturées. Il est complètement paralysé en bas du cou.


    On le transporte à l’hôpital, où les médecins lui disent qu’il aura besoin pour le restant de ses jours d’un ventilateur pour respirer. Cinq semaines plus tard, il respire par lui-même. On lui dit qu’il ne marchera plus jamais. Il n’y croit pas deux minutes.


    S’amorce une longue et pénible réadaptation. Les progrès sont lents, ils sont minuscules, mais ils sont chaque fois vus comme une grande victoire. LeGrand garde un moral d’enfer, il sourit tout le temps et entreprend de créer sur Twitter une communauté d’amis - dont d’autres blessés de la moelle épinière - qu’il tient au courant de son évolution.


    Au fil des semaines, la situation s’améliore. Il a quelques sensations dans les bras et les jambes. Il parvient à bouger un peu les doigts. Il réussit, au bout d’interminables minutes, à s’asseoir. En juillet 2011, il publie une photo de lui-même debout. Il dit que son projet, et il n’en démordra pas, consistera à retourner sur le terrain du Meadowlands Stadium, à se coucher à l’endroit précis où le choc s’est produit, à se relever et à s’en aller tranquillement en marchant.


    Devenu une inspiration à la grandeur des États-Unis et un peu partout dans le monde - Rutgers a créé une fondation pour venir en aide à sa famille, et lui-même fait tout en son possible pour sensibiliser les gens aux dommages à la moelle épinière -, LeGrand est présent au stade des Scarlet Knights le 29 octobre dernier alors qu’ils reçoivent West Virginia. Assis dans son fauteuil roulant motorisé, vêtu de son chandail numéro 52, il mène ses coéquipiers sur le terrain. Deux mois plus tard, les lecteurs du magazine Sports Illustrated feront de cette entrée remarquée le moment sportif par excellence de 2011 dans le monde.


    Alors entraîneur-chef à Rutgers, Greg Schiano avait été l’un des premiers à se rendre au chevet de LeGrand quelques heures après l’accident fatidique. Il lui a alors promis qu’il ne le laisserait jamais tomber. Jamais. En janvier dernier, Schiano a été nommé entraîneur-chef des Buccaneers de Tampa Bay.


    Il y a une dizaine de jours avait lieu le repêchage universitaire de la NFL. Évidemment, LeGrand, qui aurait été admissible cette année n’eût été le coup du sort, n’a pas été sélectionné. Mais cette semaine, une surprise l’attendait dans sa boîte à lettres : les Buccaneers lui ont fait parvenir un contrat de la NFL en bonne et due forme, qui fait de lui un membre à part entière de la formation d’été de 90 joueurs pour un an ; il n’était pas un joueur de football, il l’est. Greg Schiano a tenu parole.


    LeGrand poursuit ses études par Skype et il devrait obtenir son diplôme en relations industrielles l’automne prochain. Il suit également une formation pour devenir commentateur sportif, et il continue de twitter allégrement et avec bonne humeur. Et il croit fermement que de beaux jours l’attendent alors qu’il livre une dure bataille pour retrouver son autonomie.


    Le 29 octobre, il neigeait abondamment sur le stade de l’Université Rutgers. Le lendemain, LeGrand a écrit : « Quand j’ai conduit mon équipe sur le terrain hier, j’ai laissé des traces de pneu. La prochaine fois, ce seront des traces de pas. »

     
     
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