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Cherchez la femme

26 avril 2012 | Jean Dion | Football
Aujourd’hui et au cours des deux prochains jours a lieu le repêchage universitaire de la Ligue nationale de football, ce qui constitue une sacrée bonne raison d’aller faire un tour du côté de Radio City Music Hall. L’exercice est bien sûr fondamental pour l’avenir des équipes, et vous pouvez parier votre menue monnaie qu’Andrew Luck, de Stanford, partira en premier chez les Colts d’Indianapolis, suivi de Robert Griffin III, qui prendra la direction de Washington. Les deux quarts-arrières apparaissent des valeurs sûres, mais une foule d’erreurs seront commises, nous rappelant avec émoi le cas de JaMarcus Russell, le quart de Lousiana State sélectionné au tout premier rang par les Raiders d’Oakland en 2007, à qui on a accordé un contrat de 61 millions, dont 32 millions garantis, et qui a remporté sept matchs en trois saisons avant d’être libéré.

N’importe qui vous le dira, le dépistage est une science hautement inexacte. Les clubs professionnels ont beau scruter les prospects à la loupe, tant physiquement que du point de vue de la dureté du mental, nul ne sait comment il s’adaptera au jeu dans la grande ligue. Nul ne sait comment un jeune de 20 ans qui était le king de son école se comportera une fois qu’il sera devenu multimillionnaire et qu’il devra faire face aux meilleurs d’entre les meilleurs. Rien ne sera jamais parfait, mais, demande le magazine ESPN dans sa dernière livraison, y aurait-il des moyens de se donner de plus grandes chances de ne pas rater son coup ?


En faisant appel, par exemple, à des femmes ?


Les femmes forment plus de la moitié de la population, mais elles sont largement absentes du sport masculin (à cet égard, le baseball majeur s’est vu hier remettre une note de C + pour son embauche de femmes par l’Institute for Diversity and Ethics in Sports de l’Université Central Florida). Dans la NFL, les rares à occuper un poste de direction sont souvent les filles des propriétaires, et très peu ont un emploi directement lié au football. Aucune n’est dépisteuse à temps plein.


Mais si on avait davantage recours aux services de femmes, elles contribueraient à ce que des choix plus judicieux soient faits. Selon ESPN, des études montrent qu’alors que les hommes ont tendance à se consacrer sur certains détails mdash; un tel a de bonnes mains, un autre est rapide, un autre encore possède une bonne vision du jeu mdash;, les femmes sont plutôt portées à voir le portrait d’ensemble. Elles seraient aussi de meilleures juges de la personnalité d’autrui et pourraient mieux prédire qui va parvenir à s’acclimater à un nouvel environnement où la pression est énorme.


Autre problème des hommes : ils affectionnent les risques, et sont souvent loués par leurs pairs justement parce qu’ils risquent, même si leur décision s’avère mauvaise au bout du compte. Du reste, le fait de prendre une décision l’emporte sur la nature de la décision elle-même. Et en groupe, les hommes montrent une propension à être d’accord entre eux. Les femmes, elles, seraient plus circonspectes, moins promptes à agir sur un coup de tête et plus enclines à exprimer une opinion dissidente. La force d’inertie de la tradition jouerait aussi un grand rôle : au sein du boys’club, on agit d’une telle manière parce que cela s’est toujours fait ainsi. Exactement le contraire du comportement de Billy Beane dans Moneyball.


De là à ce que les femmes investissent massivement les cercles sélects du sport professionnel masculin, il y a évidemment une marge. Mais Katie Blackburn, la vice-présidente des Bengals de Cincinnati (et fille du propriétaire Mike Brown), espère que ses deux filles suivront son propre exemple : « Quand on regarde comment tout le reste a évolué, on songe qu’un jour, il y aura des femmes pour s’occuper de football. Je n’en doute pas ; je m’y attends. » En attendant, à compter d’aujourd’hui à Manhattan, il y aura plein d’hommes pour se tromper.

 
 
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