C'est du sport! - Trop de monde
Les dernières minutes du Super Bowl XLVI furent épiques, pas de doute à entretenir à ce sujet. L'improbable passe à Mario Manningham qui a sorti les Giants du trou. Le touché que les Patriots ont délibérément accordé pour se donner le temps de répliquer et qu'Ahmad Bradshaw s'est montré incapable de ne pas marquer. La tentative désespérée des Pats de remonter le terrain, qui échoue sur deux je-vous-salue-Marie ultimes. Et dans toute cette effervescence, un truc étrange que peu ont remarqué.
Il reste 17 secondes de jeu et les Pats ont un 2e essai et 10 à leur ligne de 44. Tom Brady tente une longue passe sur le flanc droit en direction de l'ailier rapproché Aaron Hernandez. Mais celui-ci est couvert par deux joueurs des Giants et la passe est incomplète. Mouchoir sur le jeu: New York avait 12 hommes sur le terrain.
Punition de 5 verges donc, et reprise de l'essai. Mais 8 secondes se sont écoulées au cadran, que les Patriots ne reverront jamais. Il n'en reste que 9. Or à ce stade de la joute, le temps est infiniment plus précieux qu'un jeu supplémentaire ou que 5 petites verges.
De là à penser que les Giants aient pu volontairement se placer en situation de surnombre, il n'y a qu'un pas. Cela diminue de manière notable la possibilité d'une passe complétée, et ces 5 verges sont insignifiantes. Ce serait le genre de Tom Coughlin d'agir ainsi...
On sait que ce ne fut pas le cas. Sur la séquence, on voit bien que le 12e joueur n'est pas un demi défensif supplémentaire, mais l'ailier Justin Tuck, qui court vers la ligne de touche avec son casque à la main mais ne réussit pas à se rendre avant la mise en jeu. Un bête problème de communication, inacceptable dans les circonstances, mais juste ça, bête. D'ailleurs, si Coughlin avait vraiment voulu jouer ce jeu, il aurait envoyé 13 joueurs, ou 14, ou 15, et il aurait remis ça la fois suivante...
On raconte que cette tactique, déloyale mais légale, faisait partie du livre de jeux de Buddy Ryan, l'ancien coach des Eagles: avec une avance à protéger en fin de match et l'adversaire à la porte des buts, déployer 14 joueurs. L'attaque aura bien du mal à marquer, et chaque punition n'entraînera qu'une remise à la moitié de la distance initiale. Répéter le stratagème jusqu'à ce qu'il ne reste de temps que pour un jeu, revenir alors à 11 et espérer que la défense tiendra le coup.
Les Giants n'ont donc pas sciemment contourné l'esprit des règlements. Mais ils pourraient avoir donné à d'autres l'idée de le faire, même s'ils s'attiraient l'opprobre. Parce qu'il y a un trou dans les règles, et que le monde ne peut guère continuer tant que pareille faille existera.
La suggestion est donc la suivante: dans les 30 dernières secondes ou la dernière minute d'une demie, lors d'une punition pour avoir eu trop de joueurs sur le terrain — et, tant qu'à y être, toutes les punitions défensives —, l'équipe à l'attaque devrait avoir la prérogative de la refuser et de voir le temps écoulé remis au tableau. La perspective pour la défense d'offrir des jeux gratuits à l'adversaire serait totalement dissuasive.
C'était l'intervention technique sérieuse du jour. Je vous remercie de votre inattention.
Il reste 17 secondes de jeu et les Pats ont un 2e essai et 10 à leur ligne de 44. Tom Brady tente une longue passe sur le flanc droit en direction de l'ailier rapproché Aaron Hernandez. Mais celui-ci est couvert par deux joueurs des Giants et la passe est incomplète. Mouchoir sur le jeu: New York avait 12 hommes sur le terrain.
Punition de 5 verges donc, et reprise de l'essai. Mais 8 secondes se sont écoulées au cadran, que les Patriots ne reverront jamais. Il n'en reste que 9. Or à ce stade de la joute, le temps est infiniment plus précieux qu'un jeu supplémentaire ou que 5 petites verges.
De là à penser que les Giants aient pu volontairement se placer en situation de surnombre, il n'y a qu'un pas. Cela diminue de manière notable la possibilité d'une passe complétée, et ces 5 verges sont insignifiantes. Ce serait le genre de Tom Coughlin d'agir ainsi...
On sait que ce ne fut pas le cas. Sur la séquence, on voit bien que le 12e joueur n'est pas un demi défensif supplémentaire, mais l'ailier Justin Tuck, qui court vers la ligne de touche avec son casque à la main mais ne réussit pas à se rendre avant la mise en jeu. Un bête problème de communication, inacceptable dans les circonstances, mais juste ça, bête. D'ailleurs, si Coughlin avait vraiment voulu jouer ce jeu, il aurait envoyé 13 joueurs, ou 14, ou 15, et il aurait remis ça la fois suivante...
On raconte que cette tactique, déloyale mais légale, faisait partie du livre de jeux de Buddy Ryan, l'ancien coach des Eagles: avec une avance à protéger en fin de match et l'adversaire à la porte des buts, déployer 14 joueurs. L'attaque aura bien du mal à marquer, et chaque punition n'entraînera qu'une remise à la moitié de la distance initiale. Répéter le stratagème jusqu'à ce qu'il ne reste de temps que pour un jeu, revenir alors à 11 et espérer que la défense tiendra le coup.
Les Giants n'ont donc pas sciemment contourné l'esprit des règlements. Mais ils pourraient avoir donné à d'autres l'idée de le faire, même s'ils s'attiraient l'opprobre. Parce qu'il y a un trou dans les règles, et que le monde ne peut guère continuer tant que pareille faille existera.
La suggestion est donc la suivante: dans les 30 dernières secondes ou la dernière minute d'une demie, lors d'une punition pour avoir eu trop de joueurs sur le terrain — et, tant qu'à y être, toutes les punitions défensives —, l'équipe à l'attaque devrait avoir la prérogative de la refuser et de voir le temps écoulé remis au tableau. La perspective pour la défense d'offrir des jeux gratuits à l'adversaire serait totalement dissuasive.
C'était l'intervention technique sérieuse du jour. Je vous remercie de votre inattention.
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

