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C'est du sport! - L'absence de football

Jean Dion   24 janvier 2012  Football
Le 29 décembre 1982, Paul «Bear» Bryant, le mythique entraîneur-chef de l'équipe de football de l'Université de l'Alabama pendant un quart de siècle, annonçait sa retraite. À 69 ans, il se faisait vieux et ses joueurs, disait-il, méritaient un meilleur coach que lui. Qu'allez-vous faire maintenant? lui avait-on demandé au terme de son dernier match. «Probablement crever dans une semaine», avait-il répondu.

Ça n'avait pas duré tellement plus longtemps. Le 26 janvier 1983, Bryant succombait à un infarctus.

On raconte que Joe Paterno songeait souvent à cette triste histoire. Lui-même ne s'imaginait pas survivre à l'absence de football, raison pour laquelle il était toujours en poste en novembre dernier, aux commandes à Penn State depuis 1966, membre de l'équipe d'entraîneurs depuis 1950. À 85 ans, le mot «retraite» était exclu de son vocabulaire. Il était le seul maître à bord, légende littéralement statufiée de son vivant aux abords du stade de 106 000 places où il travaillait. 409 victoires en carrière, un record absolu.

Paterno était semble-t-il éternel. Plus grand que nature, mais habitant une petite maison, son nom dans le bottin téléphonique de State College, la petite ville universitaire en plein centre de la Pennsylvanie. Un homme, pour reprendre une belle expression, extraordinairement ordinaire. Et insaisissable.

C'était jusqu'à ce que le ciel tombe sur sa tête et celle de quelques autres. Début novembre, un grand jury a rendu public un rapport d'enquête dévastateur contre Jerry Sandusky, qui fut pendant trois décennies l'un des principaux adjoints de Paterno. Quarante chefs d'accusation d'agression sexuelle sur plusieurs jeunes garçons sur une période de 15 ans. Sandusky, qui avait créé dans les années 1970 une fondation venant en aide aux jeunes en difficulté (présumément pour rencontrer ses victimes), nie tout.

En 2002, un autre assistant de Paterno aurait pris Sandusky en flagrant délit dans les douches de l'équipe. Il en a fait part à son patron, qui a lui-même informé ses supérieurs. Mais l'affaire en est restée là. Personne n'a poussé l'investigation plus loin. Personne n'a appelé la police.

Quelques jours après le rapport du grand jury, le vénérable JoePa a été limogé, et d'autres dirigeants de Penn State ont aussi été congédiés ou ont démissionné. Les zones d'ombre dans ce sinistre dossier demeurent nombreuses, genre qui a dit quoi à qui, et qui a fait quoi, et qui a compris quoi. Mais il s'agit du plus lourd scandale de l'histoire du sport universitaire aux États-Unis, et on en aura pour des mois sinon des années à en entendre parler. Détails scabreux à l'avenant.

Paterno a confié qu'il regrettait, avec le recul, de ne pas en avoir fait davantage. Son licenciement a créé une intense polémique: on ne déboulonne pas une icône comme ça, peu importe ses torts.

Quelques semaines après son renvoi, Joe Paterno a appris qu'il souffrait d'un cancer du poumon. Il est mort dimanche, mais c'est probablement moins la biologie qui a eu raison de lui que les événements. Pour des raisons fort différentes de celles de Bear Bryant, il n'aura pas survécu à l'absence de football.
 
 
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