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Hors-jeu: Du vélo sans selle

Jean Dion   1 septembre 2005  Actualités sportives
Preuve que le progrès est une force irrépressible contre laquelle il serait formidablement vain de seulement commencer de penser à essayer de lutter, il y a quelques jours, à Philadelphie, a été inauguré le Temple de la renommée de la mascotte. Cela ne s'invente pas, tout comme cela tend à démontrer que l'humain ferait n'importe quoi pour tromper son ennui en attendant la Faucheuse.

Et, preuve que l'injustice représente un aléa incontournable de cette existence qui n'est qu'une vallée de larmes qui aussitôt gravie fait retomber le mythe de Sisyphe jusqu'au fond des choses (façon de parler), les premiers intronisés sont le San Diego Chicken, le Philly Phanatic et Go, le gorille des Suns de Phoenix, qui fut la première mascotte de la NBA. Injustice, messieurs dames: pas de Youppi!

Pas de Youppi!, ni d'ailleurs de Souki et de Badaboum. Comment, vous n'entretenez point de souvenir attendri de Souki? Remarquez, ce n'est pas très grave. Ç'aurait même pu perturber votre enfance par ailleurs heureuse. (Soit dit en passant, une longue et passionnée recherche sur la grande toile s'est révélée vaine. Aussi, si vous détenez un jpeg de Souki, vous me le faites parvenir, la photo sera publiée et votre nom mentionné en majuscules en caractères gras ici même dans cette page lue par des milliards de partisans déchaînés.)

Ce qui nous rappelle que si la mascotte en toutou est un pur produit des années 70, l'essence mascotte, elle, remonte à beaucoup plus loin. De fait, selon mes sources, la première mascotte sportive fut un banal être humain, en l'occurrence Charles Fijux, le fils du propriétaire de l'hôtel Fijux de Manhattan, 42, rue Murray, dans le secteur Tribeca. C'est là que, par une superbe journée de 1845, les membres du Knickerbocker Base Ball Club louèrent une salle pour 2 $ et se réunirent pour donner une constitution à l'équipe et formaliser les règles du jeu (entre autres, une balle frappée dans les airs au delà du champ intérieur était considérée comme fausse). L'année suivante, les Knickerbockers disputèrent le premier match de baseball officiel de l'histoire, au New Jersey.

Par ailleurs, veuillez noter pour vos archives que le mot «mascotte» est un emprunt au provençal mascoto, qui signifie «envoûtement, sortilège, ensorcellement au jeu», lui-même dérivé de masca, d'origine préromane (masque). «Le mot, nous susurre le Dictionnaire historique de la langue française de chez Robert, a été répandu en français par l'opérette d'Audran La Mascotte (1880) et désigne une personne, un objet, un animal considéré comme portant bonheur.»

Par ailleurs, sans qu'on sache pourquoi, une mascotte est aussi une sorte de génoise ronde recouverte de crème au moka. C'est bien pour dire.

***

Rien qu'à voir, on voit bien que la décennie 1870 fut constellée de considérable effervescence dans le merveilleux monde de l'activité sportive. Premier match de hockey de l'histoire (disputé à Montréal), premier match de football disputé au Canada à l'université McGill, avènement du baseball professionnel et création de la Ligue nationale, octroi d'un brevet pour le tennis et premier tournoi à Wimbledon, création de la Rugby Union.

Et, disions-nous pas plus tard qu'avant-hier, invention du support athlétique, baptisé jack strap en langue du terroir, dès 1874.

Or, demandais-je dans un essai de contribution à l'essor de la culture générale, pour quel sport fut spécifiquement créé le jack?

Vos réponses ont été nombreuses, indice de votre intérêt pour les choses importantes, et à part ça vous êtes une bande de petits rigolos. Plusieurs des courriels reçus seraient parfaitement impubliables dans une chronique qui, à l'instar de celle-ci, s'adresse à toute la famille et observe une saine retenue en tout.

(Soit dit en passant, le mot jack est un emprunt fait par quelqu'un qui était dur de la feuille du slang anglais jock, qui a désigné dans les siècles passés, entre multiples choses, tantôt l'action de connaître au sens biblique une madame, tantôt l'appareillage masculin requis pour ce faire. Le sens a dérivé aux XIXe-XXe siècles pour désigner un athlète tout en prenant une connotation péjorative laissant sous-entendre à demi-mots à peine couverts qu'autant le jock excelle sur le terrain, autant il ne dispose pas des ressources mentales nécessaires à l'invention du pain tranché.)

Donc, certains d'entre vous, qui se reconnaîtront et que je félicite publiquement ici parce que je dispose d'un peu de manque de temps pour répondre personnellement à tous, ont donné la bonne réponse. D'autres sont passés proches en faisant un lien entre le jack et le jockey et ont conclu avec les sports équestres.

En fait, c'est la Bike Athletic Company, une entreprise qui existe toujours, qui confectionna le support athlétique pour des raisons de vélocipède. À l'époque, rappelons-le, on n'en est pas encore au multibraquets en carbone de Lance Armstrong mais au bi, l'ancêtre de la bicyclette, composé d'une très grande roue à l'avant et d'une minuscule à l'arrière. (Le bi est bien connu des amateurs de Scrabble mais source de confusion pour les cruciverbistes qui le confondent avec le symbole chimique du bismuth.) Or le bi n'est pas toujours muni d'un siège et, lorsqu'il l'est, celui-ci demeure relativement rudimentaire.

Ayoye. Oui, ayoye, car à Boston en 1874, on organise fréquemment des courses de bi avec pas de siège. Debout, ou alors direct sur la barre de métal. Et, le parcours étant constitué de routes en, comment dire, pavé désuni, on jauge un peu d'ici la douleur induite dans la région. D'où l'idée de génie de Bike Athletic.

On terminera donc en se fredonnant Renaud, Ma chanson leur a pas plu (2), question de se détendre: «J'ai une chanson qui s'appelle / "Ell' f'sait du vélo sans selle" / On l'enregistre dès ce soir / Et demain t'es une rock star / On a fait effectiv'ment / Numéro un tout l'été / Et c'était tell'ment navrant / Que Libé a adoré / Alors pour les remercier / Je m'suis abonné, pas con / J'ai toujours besoin d'papier / Pour emballer mes poissons.»

Et vlan. En plus, il est abonné, le chanceux.
 
 
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