Hors-jeu: De quoi être fier
Sur le court numéro 2, hier après-midi, par une humidité relative absolue, Fabiola Zuluaga, de Cucuta (Colombie), affrontait en ronde des 16 l'Espagnole Virginia Ruano Pascual, de Madrid et 66e au classement WTA, et je songeais à part moi-même que Fabiola est un fort joli prénom. Qui ne se marie pas nécessairement avec tous les patronymes — Fabiola Cadorette, par exemple, ça surprend au début —, mais poétique à souhait.
J'aurais d'ailleurs dû aller voir ce match, ça m'aurait évité un mouron d'enfer. Car j'ai plutôt choisi le court central, là où les vraies affaires se passent et qu'on peut admirer depuis la galerie de presse, dans le confort faussement douillet d'une climatisation qui ahane et crache en vain de dérisoires volutes de fraîcheur tiède — exactement comme dans les romans d'aventures du temps béni des colonies, où il y avait toujours un éventail qui brassait en vain l'air épais et, juste en dessous, un gars qui se demandait ce qu'il faisait là, au bout du monde, dans ce foutu bled pourri. Or les quelques moustiques balourds qui passaient par là avaient choisi ma fenêtre pour venir battre leurs ultimes battements d'ailes, et je me pris à redouter que je chopasse ainsi ce virus du Nil occidental de merde.
Question de bled, je me demandais tout de même si Fabiola aimait Montréal et venir jouer à Montréal, auquel cas (si oui) sa déclaration en ce sens serait la 835e de la semaine recueillie par les médias de chez nous. C'est rassurant, remarquez, toute cette affection publiquement exprimée. On doit réellement craindre qu'une fille de 19 ans qui joue au tennis professionnellement n'aime pas Montréal, quelque part. Quelque part.
Enfin, on aura le temps de questionner Fabiola sur le sujet, puisque son séjour montréalais s'est prolongé d'au moins une journée à la suite de sa victoire d'hier, 6-3 et 6-2, ainsi qu'affiché sur l'écran télé à usage interne. En quarts de finale, elle affrontera aujourd'hui la Française Amélie Mauresmo.
Mais ce match Zuluaga-Ruano Pascual n'aurait pas dû avoir lieu. (Remarquez qu'on disait la même chose de Sénégal-Turquie en quarts de finale de la Coupe du monde de foot, et pourtant. Or si on organise des compétitions de sport, c'est bien pour la beauté de l'imprévisible, non?) Dans cette case précise, les experts attendaient et les organisateurs espéraient Serena Williams et Anna Kournikova, et on ne les aurait pas mises sur le court numéro 2, ces deux-là, non monsieur dame. Mais le sort en a voulu autrement, comme ils disent aux nouvelles du sport quand ils se sentent la fibre lyrique: Williams a déclaré forfait après s'être déflaboxé — c'est un terme technique médical — le genou gauche, et Kournikova s'est fait montrer la porte de sortie au deuxième tour, portant à 121 le nombre de tournois en carrière qu'elle n'a pas gagnés, contre zéro.
Pour revenir au court central, il y avait Jennifer Capriati contre la Japonaise Ai Sugiyama. Capriati a gagné 6-1 et 7-5 après avoir été menée 2-5 dans le deuxième set (car si ç'avait été dans le premier set, elle n'aurait selon toute probabilité pas gagné 6-1), et voilà que s'ouvre une belle trace devant elle. Car depuis sa victoire aux Internationaux d'Australie, en janvier, elle n'a rien fait qui vaille, trouvant toujours une soeur Williams sur son chemin.
Et là, je le sais, vous vous dites sûrement qu'elle a regardé le tableau et, n'y voyant pas de soeur Williams, a pensé dans son Ford intérieur que voilà une excellente occasion d'aspirer aux grands honneurs et a mémorisé la liste de ses futures adversaires en élaborant des stratégies complexes, non?
Ben si c'est le cas, vous avez tout faux, encore.
«Je pense que de la façon que je joue, je dois juste jouer mon jeu et, vous savez, m'attendre à ce que mon adversaire joue à son mieux et, vous savez, je m'attends maintenant à ce que tout le monde joue très bien contre moi parce que c'est habituellement le cas, donc... », a-t-elle déclaré en conférence de presse. «Donc, vous n'aimez pas jeter un coup d'oeil au tableau pour voir quelles seront vos adversaires possibles?», s'est enquis un reporter. «Pas vraiment, non, j'essaie de pas», a répondu Capriati.
C'est logique puisque, depuis la victoire de Milon de Crotone au sprint lors des premiers Jeux olympiques antiques, on sait qu'y en aura pas de facile.
***
Serena partie, pourquoi ne pas profiter de l'occasion pour en parler un peu? Toujours aller à côté de l'essentiel, telle serait ma devise si je n'avais un attrait prononcé pour «Accordez-vous donc, c'est si beau l'accordéon» les jours pairs, et pour «Nous devons tous croire en quelque chose, je crois que je vais prendre un Singapour Sling» pendant les mois en «r».
C'est que la cadette des Williams fait cette semaine, quel heureux hasard, la page frontispice du magazine ESPN, dont je ne vous dévoile pas le code de mon abonnement qui vient à échéance en mai prochain. On y découvre tout plein de choses intéressantes, par exemple qu'elle veut apprendre plusieurs langues, d'abord maîtriser parfaitement le français, puis se mettre à l'italien, à l'allemand, à l'espagnol et au russe.
On demande aussi à Serena si elle pourrait cacher quelque chose à sa soeur Venus qui la connaît si bien, en lui organisant par exemple un party-surprise d'anniversaire. «Je suis Témoin de Jehovah. Nous ne célébrons pas les anniversaires», répond-elle.
Et elle confie qu'elle veut se lancer en affaires à la fin de sa carrière, en créant notamment sa propre entreprise de design de mode. «Question de design, lorsque vous disputez un match, vous arrive-t-il de regarder votre adversaire et de songer qu'elle paraîtrait mieux si vous aviez dessiné ses vêtements?», interroge le reporter. «Oh oui. Il y a des gens qui éprouvent vraiment des difficultés à ce chapitre», répond-elle.
Wow. Elle a du front, la madame. Si vous avez vu son survêtement vert lime pouvant causer la cécité qu'elle arborait mardi — «vert vibrant», selon le site ouèbe des Internationaux du Canada —, vous vous êtes sûrement dit, vous aussi, qu'il est des goûts et des couleurs qui se discutent.
Toutefois, il n'est pas écrit dans l'article que Serena aime Montréal.
Mais elle nous l'a dit en personne, ha ha.
De quoi être fier.
jdion@ledevoir.com
J'aurais d'ailleurs dû aller voir ce match, ça m'aurait évité un mouron d'enfer. Car j'ai plutôt choisi le court central, là où les vraies affaires se passent et qu'on peut admirer depuis la galerie de presse, dans le confort faussement douillet d'une climatisation qui ahane et crache en vain de dérisoires volutes de fraîcheur tiède — exactement comme dans les romans d'aventures du temps béni des colonies, où il y avait toujours un éventail qui brassait en vain l'air épais et, juste en dessous, un gars qui se demandait ce qu'il faisait là, au bout du monde, dans ce foutu bled pourri. Or les quelques moustiques balourds qui passaient par là avaient choisi ma fenêtre pour venir battre leurs ultimes battements d'ailes, et je me pris à redouter que je chopasse ainsi ce virus du Nil occidental de merde.
Question de bled, je me demandais tout de même si Fabiola aimait Montréal et venir jouer à Montréal, auquel cas (si oui) sa déclaration en ce sens serait la 835e de la semaine recueillie par les médias de chez nous. C'est rassurant, remarquez, toute cette affection publiquement exprimée. On doit réellement craindre qu'une fille de 19 ans qui joue au tennis professionnellement n'aime pas Montréal, quelque part. Quelque part.
Enfin, on aura le temps de questionner Fabiola sur le sujet, puisque son séjour montréalais s'est prolongé d'au moins une journée à la suite de sa victoire d'hier, 6-3 et 6-2, ainsi qu'affiché sur l'écran télé à usage interne. En quarts de finale, elle affrontera aujourd'hui la Française Amélie Mauresmo.
Mais ce match Zuluaga-Ruano Pascual n'aurait pas dû avoir lieu. (Remarquez qu'on disait la même chose de Sénégal-Turquie en quarts de finale de la Coupe du monde de foot, et pourtant. Or si on organise des compétitions de sport, c'est bien pour la beauté de l'imprévisible, non?) Dans cette case précise, les experts attendaient et les organisateurs espéraient Serena Williams et Anna Kournikova, et on ne les aurait pas mises sur le court numéro 2, ces deux-là, non monsieur dame. Mais le sort en a voulu autrement, comme ils disent aux nouvelles du sport quand ils se sentent la fibre lyrique: Williams a déclaré forfait après s'être déflaboxé — c'est un terme technique médical — le genou gauche, et Kournikova s'est fait montrer la porte de sortie au deuxième tour, portant à 121 le nombre de tournois en carrière qu'elle n'a pas gagnés, contre zéro.
Pour revenir au court central, il y avait Jennifer Capriati contre la Japonaise Ai Sugiyama. Capriati a gagné 6-1 et 7-5 après avoir été menée 2-5 dans le deuxième set (car si ç'avait été dans le premier set, elle n'aurait selon toute probabilité pas gagné 6-1), et voilà que s'ouvre une belle trace devant elle. Car depuis sa victoire aux Internationaux d'Australie, en janvier, elle n'a rien fait qui vaille, trouvant toujours une soeur Williams sur son chemin.
Et là, je le sais, vous vous dites sûrement qu'elle a regardé le tableau et, n'y voyant pas de soeur Williams, a pensé dans son Ford intérieur que voilà une excellente occasion d'aspirer aux grands honneurs et a mémorisé la liste de ses futures adversaires en élaborant des stratégies complexes, non?
Ben si c'est le cas, vous avez tout faux, encore.
«Je pense que de la façon que je joue, je dois juste jouer mon jeu et, vous savez, m'attendre à ce que mon adversaire joue à son mieux et, vous savez, je m'attends maintenant à ce que tout le monde joue très bien contre moi parce que c'est habituellement le cas, donc... », a-t-elle déclaré en conférence de presse. «Donc, vous n'aimez pas jeter un coup d'oeil au tableau pour voir quelles seront vos adversaires possibles?», s'est enquis un reporter. «Pas vraiment, non, j'essaie de pas», a répondu Capriati.
C'est logique puisque, depuis la victoire de Milon de Crotone au sprint lors des premiers Jeux olympiques antiques, on sait qu'y en aura pas de facile.
***
Serena partie, pourquoi ne pas profiter de l'occasion pour en parler un peu? Toujours aller à côté de l'essentiel, telle serait ma devise si je n'avais un attrait prononcé pour «Accordez-vous donc, c'est si beau l'accordéon» les jours pairs, et pour «Nous devons tous croire en quelque chose, je crois que je vais prendre un Singapour Sling» pendant les mois en «r».
C'est que la cadette des Williams fait cette semaine, quel heureux hasard, la page frontispice du magazine ESPN, dont je ne vous dévoile pas le code de mon abonnement qui vient à échéance en mai prochain. On y découvre tout plein de choses intéressantes, par exemple qu'elle veut apprendre plusieurs langues, d'abord maîtriser parfaitement le français, puis se mettre à l'italien, à l'allemand, à l'espagnol et au russe.
On demande aussi à Serena si elle pourrait cacher quelque chose à sa soeur Venus qui la connaît si bien, en lui organisant par exemple un party-surprise d'anniversaire. «Je suis Témoin de Jehovah. Nous ne célébrons pas les anniversaires», répond-elle.
Et elle confie qu'elle veut se lancer en affaires à la fin de sa carrière, en créant notamment sa propre entreprise de design de mode. «Question de design, lorsque vous disputez un match, vous arrive-t-il de regarder votre adversaire et de songer qu'elle paraîtrait mieux si vous aviez dessiné ses vêtements?», interroge le reporter. «Oh oui. Il y a des gens qui éprouvent vraiment des difficultés à ce chapitre», répond-elle.
Wow. Elle a du front, la madame. Si vous avez vu son survêtement vert lime pouvant causer la cécité qu'elle arborait mardi — «vert vibrant», selon le site ouèbe des Internationaux du Canada —, vous vous êtes sûrement dit, vous aussi, qu'il est des goûts et des couleurs qui se discutent.
Toutefois, il n'est pas écrit dans l'article que Serena aime Montréal.
Mais elle nous l'a dit en personne, ha ha.
De quoi être fier.
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