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Hors-Jeux: L'autre jour j'ai pris de la drogue

Jean Dion   23 août 2004  Actualités sportives
Coiffé de rameaux d’olivier, le gymnaste canadien Kyle Shewfelt (au centre) savourait hier une double victoire. Le jeune athlète de 22 ans, originaire de Calgary, a non seulement remporté la première médaille d’or canadienne des Jeux olympiques
Photo : Agence France-Presse
Coiffé de rameaux d’olivier, le gymnaste canadien Kyle Shewfelt (au centre) savourait hier une double victoire. Le jeune athlète de 22 ans, originaire de Calgary, a non seulement remporté la première médaille d’or canadienne des Jeux olympiques
Si vous le voulez bien, mettons les point sur les i, les barres sur les t et les trémas sur «configuration musculaire ambiguë»: si le haut de torse du sprinter états-unien Shawn Crawford a été acquis en mangeant des brocolis vapeur, en buvant de la petite vache bleue et en se levant dès potron-jaquet pour aller faire du taï-chi au parc Lafontaine, alors la devanture de Pamela Anderson ne doit rien à la chirurgie de pointe et tout aux forces de la Nature. D'ailleurs, qu'il soit dit en passant que mademoiselle Anderson a joué un rôle non négligeable dans ces Jeux d'Athènes 2004.

Vous ne me croyez pas, bien sûr. Vous voyez dans cette allusion du sensationnalisme de bas étage destiné à appâter le lecteur qui affirme regarder le volleyball de plage féminin pour la beauté enchanteresse du sable. Si c'est le cas, vous avez tout faux. C'est qu'en réalité, au printemps dernier, Pamela était tranquillement assise chez elle à lire du Proust lorsqu'une amie lui offrit un billet pour un spectacle de gymnastique. Cette dame était la mère d'une amie de Mohini Bhardwaj, une gymnaste qui essayait d'amasser du fric pour se rendre aux qualifications américaines en juin. Or Mme Anderson fit mieux que de se procurer le ticket: elle remit un chèque de 25 000 $US à Bhardwaj. Qui se qualifia. Et qui remporta une médaille d'argent au concours par équipe mardi dernier. Devant Pamela qui était dans les estrades, du reste.

Cela vous scie, n'est-ce point? Vous devriez pourtant être habitués aux histoires incroyables pendant les Jeux olympiques. Tout y est incroyable. Il est d'ailleurs incroyable qu'on n'entende pas plus souvent le mot «incroyable» dans la bouche des commentateurs de la télévision, qui ne l'énoncent que toutes les 30 secondes.

Mais revenons à Crawford. Saviez-vous que des poitrails aussi impressionnants que le sien ont donné naissance à une expression du terroir? Il y a du monde au BALCO.

C'est pas fin, hein?

Hier, au 100 m remporté par son compatriote Justin Gatlin, Crawford a terminé au quatrième rang. Finir quatrième, c'est terrible. Ce n'est pas moi qui le dis, c'est Albert Jacquard, dans son récent essai Halte aux Jeux! où il prône grosso modo l'abolition de la notion de compétition dans l'olympisme parce que la compétition n'est pas une bonne chose et mène l'humanité à un cul-de-sac au lieu de favoriser la paix universelle. Je suis bien d'accord. Et j'ajouterai: on devrait aussi abolir l'humanité, comme ça il y aurait moins de guerres.

Jacquard écrit: «L'un des spectacles les plus désolants et les plus révélateurs de la structure mentale qui sous-tend les Jeux olympiques est celui des athlètes arrivés quatrièmes.

«La mine défaite, ils pleurent toutes les larmes de leur corps; il n'y a que trois places sur le podium, ils n'y ont donc pas droit. Ils se comportent comme s'ils étaient des vaincus alors qu'ils viennent le plus souvent de réaliser une performance magnifique. Ils ont parfois, profitant de la présence de meilleurs qu'eux à leur côté, dépassé leur record personnel. C'est là une véritable victoire; mais elle ne les console pas de se voir refuser l'accès au regard des caméras, de ne pas faire partie de ceux que l'on voit sur les photos et les écrans. Ils sont les meilleurs parmi les privés de gloire et cette place de premier d'une sous-catégorie a un goût détestable. Ils n'ont qu'un sentiment, celui de l'échec. Ils se sentent perdants. Inconsciemment, ils mettent en évidence que leur véritable objectif est la gloire et non l'exploit.»

En plus, si on abolissait la compétition, on abolirait les médailles, et le Canada aurait bien moins honte.

Et tant qu'à faire, on pourrait également abolir les capsules «OPA Avec nos athlètes» de Bell Téléphone qui nous montrent dix fois par jour que le ridicule se porte très bien merci.

***

L'un des trucs les plus marrants de l'olympisme consiste en les excuses que fournissent les athlètes qui se font pincer pour dopage.

Et Zeus et ses amis savent qu'il y en a, de la performance chimiquement assistée. Hier, c'était au tour de la lanceuse de poids russe Irina Korzhanenko, médaillée d'or à Olympie mercredi, d'apprendre qu'on avait trouvé du stanozolol dans son très fort intérieur. La même potion que Ben Johnson. De quoi souiller sérieusement le site ancestral de l'olympisme, et c'est dommage. Dans le temps, les athlètes se donnaient de petits avantages, mais l'exercice était combien plus bénin. Selon les exégètes de la chose, les sprinters prenaient des figues séchées, les coureurs de longue distance s'enivraient de graines de sésame, et lutteurs et boxeurs consommaient des champignons hallucinogènes, du bon vieux mushroom qui était disponible en ampoules buvables à la pharmacie.

On raconte par ailleurs que chez les Égyptiens, la mixture de prédilection était le gigot d'âne d'Abyssinie mijoté dans l'huile et parfumé aux pétales de rose. Quand même incroyable.

Les excuses: il y a Torri Edwards, la coureuse américaine que vous n'avez pas vue à Athènes parce qu'elle a été suspendue. Edwards a déclaré sans même rire qu'elle s'était rendue en République dominicaine il y a quelques semaines et y avait acheté des pastilles de glucide sans savoir qu'elles contenaient une substance interdite, la nikethamide. La nikethamide est ainsi nommée parce que cinq minutes après en avoir ingéré, le sujet dit immanquablement: «Swoosh que je suis frosté.»

Il y a aussi Leonidas Sampanis, l'haltérophile grec médaillé de bronze chez les 62 kg, qui s'est fait prendre la main dans l'éprouvette (les éprouvettes de l'escouade antidopage sont énormes). Son taux de testostérone était deux fois trop élevé pour être induit par la seule inébranlable volonté de donner son 110. Or son entraîneur a dit vous savez, la testostérone c'est endogène, c'est fabriqué par en dedans, comment donc savoir que mon protégé ne doit pas son étrange rapport moléculaire à une surexcitation tout à fait compréhensible à l'aube de soustraire à la loi de la gravité universelle une quantité phénoménale de fonte?

Toujours est-il que le Comité international olympique a sommé Sampanis de rendre illico sa médaille. J'espère qu'il n'était pas parti faire un tour de moto.

Il est donc tout à fait étonnant d'entendre un sportif qui, coincé, ne tourne pas autour du becher. Comme le Belge Filip Meirhaeghe, le champion du monde de vélo de montagne et médaillé d'argent en 2000 à Sydney que vous ne verrez pas non plus à Athènes parce qu'il a échoué à un test deux jours avant une compétition au mont Sainte-Anne en juin dernier. Interrogé à ce sujet, il a à peu près répondu: «J'ai pris de l'érythropoïétine.» On n'avait pas vu ça depuis Ringo Rinfret, «l'autre jour, j'ai pris de la drogue».

C'était tout à son honneur, si bien sûr on ne prend pas en compte le fait que Meirhaeghe a aussi déclaré que c'était la première fois de sa vie qu'il se laissait tenter par le démon des paradis artificiels. Or il avait été suspendu il y a quatre ans pour un taux d'hématocrite trop élevé.

Mais la vie est belle quand même.

***

Le secrétaire d'État américain Colin Powell assistera dimanche prochain aux cérémonies de clôture des Jeux de la XXVIIIe olympiade d'été. Selon mes sources camouflées dans les toilettes du Pentagone moderne, M. Powell y dira: «Bon, la trêve olympique est terminée, on peut maintenant recommencer à se battre en Irak. Comment, on n'a jamais arrêté? Ah bon, excusez. Je ne savais pas. Ces deux dernières semaines, j'étais terré dans un sous-sol blindé avec Dick Cheney à regarder notre équipe de basket se faire planter. J'en ai d'ailleurs ressenti choc et stupeur.»

***

Rien qu'à voir on voit bien, mais je le tiens quand même d'espions dissimulés dans les salles d'essayage du Tip Top du centre-ville d'Athènes: à force de fréquenter Don Cherry, Ron MacLean, le chef d'antenne de la CBC en après-midi, a fini par s'habiller comme lui.

***

Après la victoire à l'heptathlon de la Suédoise Carolina Kluft, on a pu entendre une bonne vieille toune du groupe Abba retentir dans le stade olympique d'Athènes. Cela ne peut évidemment que nous inciter à espérer que le Québec décrochera bientôt une médaille d'or. Avec un peu de chance, on aura droit à du Garou.

jdion@ledevoir.com
 
 
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