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Hors-jeux: Un gros splash

Jean Dion   16 août 2004  Actualités sportives
Même le professeur Gazon n'aurait pu prévoir ça. On attend un duel* à fendre la mer Rouge entre les Américains et les Australiens au relais 4 X 100 m de natation style libre, et qui arrive de nulle part, laisse tout le monde dans les vagues de son sillage et siffle la médaille d'or? Kostas Kenteris, voilà qui. On le cherchait partout, il se terrait en apnée dans le douze pieds depuis jeudi, grâce à ses excellents poumons!

Mais non, c'est une petite blague. Pas terrible d'ailleurs, même si elle fut mijotée et peaufinée avec amour au cours des 48 dernières heures.

En fait, c'est l'Afrique du Sud qui s'est faufilée, avec un record du monde s'il vous plaît (3 min 13 sec 17). Vous ne saviez pas, n'est-ce pas, que la natation sud-africaine connaissait une telle effervescence? C'est parce que vous suivez trop le football canadien et le golf, mais je vous comprends. Quand on pense Afrique du Sud, on pense d'abord au rugby, aux Bafana Bafana, au cricket, au hockey sur gazon (pas le prof, l'autre sorte de gazon), à Johnny Clegg, à Nelson Mandela, à John Maxwell Coetzee et à Mgr Tutu. Mais devancer en même temps les nageurs des États-Unis et de l'Australie, dont Michael Phelps et Ian Thorpe? Voilà une surprise à laquelle on ne s'attendait vraiment pas, un gros splash quoi, contrairement aux surprises auxquelles on s'attend et qui étonnent lorsqu'elles ne se produisent pas.

En plus, les Américains, coiffés au fil par Pieter van den Hoogenband, décidément le nom le plus formidable de ces débuts de Jeux avec celui du cycliste danois Bo Hamburger, n'ont fait que troisièmes, et les Australiens sixièmes. C'est donc dire que Phelps ne gagnera pas huit médailles d'or (il en a remporté une samedi), mais ce n'est pas une raison pour que vous cessiez d'en entendre parler. Tenez, saviez-vous que le jeune prodige de 19 ans mesure 6 pieds 4 pouces, mais a le torse d'un gars qui fait 6 pieds 8 pouces? Tout à fait. Il a donc les jambes courtes pour un grand, et choisit ses pantalons dans l'étalage de longueur 32. Ajoutez des pieds chaussant du 14 et un bassin mince — si je ne me retenais pas, je dirais un bassin olympique, mais je me retiens —, le bassin étant le truc le plus difficile à faire flotter après le ciment précontraint, et vous obtenez du condensé de champion en piscine.

Et dire que tout cela ne fut pas suffisant pour mater la sud-africanité natatoire. Remarquez qu'il y a eu du flottement dans la composition du relais américain, aussi est-il possible que le mental n'y ait pas été.

On y reviendra quand même demain, après qu'à midi 45 tapant, Phelps, Thorpe, van den Hoogenband et un autre Australien, Grant Hackett, se seront expliqués en finale du 200 m libre. Après, promis, on passe au tir au pistolet à air comprimé.

(*Un duel entre équipes de quatre mettant aux prises huit personnes, il s'agit en fait d'un octel. Par ailleurs, un duel entre moins de 48 kg en haltérophilie constitue un minitel.)

***

À part ça, vous pensez qu'il aurait eu la prescience, le professeur Pelouse, d'annoncer que le Dream Team USA de basketball allait se faire varloper d'un bout à l'autre, même pas proche, par... Puerto Rico? 92-73, ce fut. À NBC qui présentait le match en direct, on a comme senti comme un genre de déconvenue.

C'était la première défaite des États dans un tournoi olympique depuis l'arrivée des pros de la NBA en 1992. Selon mes sources dissimulées dans la bouteille, ils sont gênés par le smog d'Athènes qui n'est pas aussi pur que celui de Los Angeles et de Detroit.

***

En fin de semaine, le réseau NBC a présenté une entrevue avec la présidente du comité organisateur des Jeux d'Athènes (ATHOC), Gianna Angelopoulos-Daskalaki, la madame de fer qui a pris le contrôle des opérations alors que le CIO s'inquiétait du taponnage dans les préparatifs et qui a dit «ça va faire, on va avoir de la visite, un peu de tenue, que diable».

Évidemment, vous connaissez nos amis d'outre-49e, gros biceps huilés, mais une petite crampe dans les tripes. Me déplace, mais jamais sans mon armure. Bob Costas a donc demandé à Gianna: vous êtes bien sûre, juré craché, que vous avez pris tous les moyens pour qu'on ne se fasse pas al-qaïder pendant cette quinzaine de trêve sacrée? Ce à quoi elle a répondu: «La sécurité est notre plus haute priorité.»

Or qu'apprenons-nous par ailleurs? Qu'un journaliste du Daily Mirror de Londres a réussi à se faire embaucher parmi le personnel des Jeux sans contrôle d'identité sérieux, que son passeport portant mention de séjours en Syrie, en Jordanie et en Iran n'a soulevé aucun soupçon, qu'il a placé trois fausses bombes aux alentours du stade olympique sans que celles-ci ne soient découvertes et qu'il est parvenu à franchir les contrôles de sécurité avec une fausse carte au nom de... Robert ben Laden.

Ce qui montre bien, n'est-ce pas messieurs dames, qu'il ne sert à rien d'avoir d'autre première priorité que la santé.

D'ailleurs, si l'ATHOC avait la santé comme première priorité, Kostas Kenteris et Ekaterini Thanou ne seraient pas en ce moment même en train de faire la queue à l'urgence après leur accident de moto et ils pourraient tranquillement passer leur test-pipi tant attendu.

J'ai joint Kenteris sur son cellulaire hier, et il a dit qu'il n'avait rien à cacher, tout comme il n'avait rien à cacher lorsqu'il a échappé un autre test à Chicago le mois dernier, mais que la situation se compliquait du fait que sa carte d'assurance-maladie porte à controverse puisque selon le journal qu'on lit, son nom s'écrit Kostas Kenteris, Costas Kenteris, Kostas Kenderis ou Costas Kenderis. Et Ekaterini se prénomme parfois Katerini ou Katerina ou Ekaterina.

Vous serez d'autre part intéressés d'apprendre que l'avocat de K. et T. a évoqué un complot de grande envergure, assurant que «100 personnes» les avaient vus quitter le voyage olympique pour aller chercher de la vitamine B 12 à la maison et que ces dernières avaient aussitôt téléphoné au CIO pour qu'ils soient pris en défaut.

(Soit dit en passant, Mme Angelopoulos-Daskalaki a organisé une petite réception à son domicile athénien, vendredi soir, après les cérémonies d'ouverture. À un moment donné, rapporte une dépêche de l'AFP, elle a fait partir une pièce pyrotechnique et le feu a pris dans une colline voisine. Les pompiers ont mis 25 minutes à l'éteindre, et aux USA, la couleur de l'alerte est passée à figue olivâtre.)

***

J'étais assis en position carpée, maniant la télécommande à cristaux en style épaule et jeté avec coefficient de difficulté 2,4 (vous devriez voir ça, la fluidité du geste, vous en brailleriez d'émotion), à regarder du plongeon synchronisé, lorsque je m'interpellai dans mon chlore intérieur: quelle vie, quand même, non pas faire du plongeon synchronisé, mais en regarder. Un samedi. D'août. Alors que la vie est si courte et que je ne parviendrai sans doute pas à finir Ulysse de James Joyce — c'est une allégorie celto-grecque — avant de crever.

Et je me dis aussi: hé, c'est pas casher ce truc-là. Me semble qu'il y en a qui feraient un flat-bouillon et qui obtiendraient une bonne note pareil, et vice-versa. Me semble que c'est un peu arrangé. J'eus de sales réminiscences, genre patin de fantaisie à Salt Lake avec Marie-Reine, je songeai ah non, on ne va pas avoir une conférence de presse de l'Ottavio Cinquanta du plongeon synchronisé.

C'est alors que j'obtins confirmation de mes soupçons. Annie Pelletier a dit: «La notoriété du plongeur vaut pour un petit peu.» Puis M. Quenneville a ajouté: «Tant mieux.»

Heu, perdon? Pourquoi tant mieux? On n'évalue pas ce qui se déroule devant nos yeux ébahis, mais si le gars ou la fille a été bon la semaine passée et s'il-elle a l'habitude de ne pas trop nous décevoir, et c'est tant mieux? Pourquoi on fait des Zeux jolympiques, d'abord? Pour avoir l'occasion de diffuser des capsules performance Volkswagen?

Un seul week-end olympique, et j'ai déjà perdu la moitié de mes douces illusions. Surtout qu'à un moment donné, il y a eu deux gars, les Britanniques Waterfield et Taylor si ma mémoire fonctionne toujours, qui ont fait de gros éclabous. Ils ont eu de mauvaises notes à l'exécution mais de bonnes au synchronisme. En somme, moins de points pour avoir mal plongé, mais plus de points pour avoir mal plongé en même temps.

***

Dans la série «Arrête-moi donc ça toi là là», la citation du jour revient à François Faucher, chef d'antenne du matin à la SRC: «Nous allons faire une courte interruption d'une heure pour permettre la diffusion de l'émission Le Jour du Seigneur.»

Bien que monothéiste comme célébration, loin du party des dieux de l'Olympe, c'était très bon.
 
 
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